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Rocard et Larrouturou pour Nouvelle Donne : « Le sens de l’histoire, c’est travailler moins et vivre mieux »

Michel Rocard, ancien Premier Ministre, et Pierre Larrouturou, économiste et co-président de Nouvelle Donne, étaient à Sciences Po ce lundi 15 février à l’invitation de l’antenne sciencespiste de ce parti politique de gauche fondé fin 2013. Au menu ? L’idée de réduire le temps de travail afin de lutter contre le chômage.

© Ulysse Bellier

Une brève histoire du capitalisme

C’est par un long récit du capitalisme depuis ses origines que Michel Rocard introduit le sujet. Tel un cours d’histoire économique – nous sommes dans un amphi – l’ancien Premier ministre socialiste commence par la naissance du marché en Chine il y a 2000 ans pour terminer par la machine a vapeur. « Nous vivons maintenant 140 à 150 fois mieux depuis 7 ou 8 générations », rapporte-il. « Ça s’appelle le capitalisme » et c’est pour lui « un succès historique absolument prodigieux », s’enthousiasme-t-il. Cependant, il fait le constat qu’aujourd’hui, « on ne sait si c’est la fin [du capitalisme] mais ça y ressemble beaucoup ».

En cause ? L’absence d’un nouveau moteur. Hier le chemin de fer puis la voiture, tiraient la consommation donc la production. Or, d’une part la demande chute – le taux d’équipement est à son plafond – et d’autre part les robots remplacent peu à peu le travail humain peu qualifié. « Le capitalisme n’a plus de raison de fournir du travail », souligne Michel Rocard. Avant de conclure par la baisse continue du nombre d’heures travaillées, de 3000 heures par ans environ au début du XXe siècle à 1700 aujourd’hui.

 

Renoncer à la croissance

Dans la foulée, Pierre Larrouturou oppose la possibilité d’un « chaos », d’une « sortie de route » de l’humanité et l’existence de solutions pour nous mener vers un « droit au bonheur ». Pour y parvenir, il faudrait renoncer à la croissance considère l’économiste de Nouvelle Donne. A l’en croire, le Japon, dont la croissance est morne, prouve l’inefficacité des mesures de relance. Cela ne l’empêche pas de proposer, quelques minutes plus tard, une éventuelle reprise de l’activité grâce à l’investissement dans le logement.

Pierre Larrouturou dénonce une certaine « binarité » du marché du travail. D’un côté, il y aurait des personnes travaillant à temps plein, avec une moyenne de 39 heures par semaine et de l’autre des chômeurs ne travaillant absolument pas. Ce raisonnement manichéen tend pourtant à oublier tous les précaires. Erreur à laquelle Michel Rocard échappe, insistant sur cette précarité, un « fléau plus grand » que le chômage.

© Ulysse Bellier

La réduction du temps de travail comme solution ?

Pour eux, la solution passe par la réduction du temps de travail. Il faut, nous dit l’ancien Premier Ministre, passer à la semaine de 28 ou 29 heures. Larrouturou préfère parler de la semaine de 4 jours. Tous deux cependant s’inscrivent dans la logique d’une baisse continue du temps de travail. « Le sens de l’histoire, ce n’est pas de travailler plus pour gagner plus », insistent-ils. « Le sens de l’histoire, c’est travailler moins et vivre mieux » déclare le co-président de Nouvelle Donne. Soit. Quant à son application concrète, les détails se font attendre. Les graphiques édifiants s’enchaînent, mais le temps ne leur permet pas de développer leur propos. Ils précisent simplement que « les 35 heures [en France] ont tout bloqué ».

L’amphi loin d’être plein. Si les étudiants sont nombreux, il y a quelques externes (depuis les attentats, Sciences Po limite à 20 % les externes dans les conférences des associations étudiantes). Parmi eux, des adhérents de Nouvelle Donne bien sûr, tel ce groupe de cinquantenaire venus des Yvelines. Ils déplorent que le parti ne soit « pas très ouvrier ». Un autre, plus jeune, vient du comité des 17 et 18ème arrondissements de Paris. Mais il y a également cette femme non-encartée d’une cinquantaine d’année, en vacances à Paris, venue avec une amie qui est elle adhérente.

 

Monétarisme, dernière croyance du capitalisme

« Nous n’avons pas la potion magique », répètent Michel Rocard et Pierre Larrouturou. Pour l’ex Premier Ministre, « nous vivons une crise de la pensée » qui nous empêche de pouvoir expliquer ce qui nous arrive. « Tout est fait pour que l’on ne comprenne plus », précise le président de Nouvelle Donne. Selon lui, le problème d’ensemble est que « toute l’économie est désorganisée ». Par conséquent, la dernière « croyance » du capitalisme, le monétarisme – il refuse de parler de néo ou d’ultra-libéralisme – est en fin de course. La réduction du temps de travail semble être la solution. Comment ? Pierre Larrouturou conclue ainsi : « c’est à nous d’agir ! »