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Octobre Rose 2018 : Un mois pas si mo-rose

Depuis début octobre, de nouvelles affiches ont fait leur apparition en Péniche dans le cadre de l’opération Octobre rose. Une trentaine de science-pistes ont accepté que des photos de leur poitrine soient affichées pour soutenir une cause, celle de la lutte contre le cancer du sein. Pour en apprendre un peu plus, nous sommes allé.e.s à la rencontre de l’association Cheer-Up qui est à l’origine de cette campagne à Sciences Po. Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’Octobre rose ?

Octobre rose est une campagne de sensibilisation et de communication qui a lieu tous les ans depuis 1994 en France. Elle vise à récolter des fonds pour la recherche contre le cancer du sein et à sensibiliser contre ce dernier.  Durant cette campagne, de nombreux événements sont organisés tels que des courses à pied, des conférences, des projections de films, des ateliers de dépistage ou des collectes de soutien-gorge (d’ailleurs, si vous le souhaitez, n’hésitez pas à donner vos anciens soutien-gorge à Cheer-Up dans le cadre de la collecte Pink Bra cette semaine !). Par ailleurs, c’est aussi l’occasion de transmettre des informations aux aidants qui soutiennent les personnes touchées par un cancer du sein.

Laissons maintenant la parole à la team de Cheer-Up qui a gentiment accepté de répondre à nos questions.

  • Combien de temps avez-vous mis pour préparer la campagne à Sciences Po ?

CU : « Nous avons mis environ 2 semaines à préparer la campagne ! Cela est allé de la recherche de volontaires, à celle de slogans forts mais sobres, à la création des designs en accord avec la pudeur et le rapport au corps personnel de chaque participant.e, jusqu’au contact avec l’administration à laquelle nous avons envoyé l’intégralité de la campagne pour être certain.e.s que Sciences Po ne nous censurerait pas. Ça constituait l’une de nos principales inquiétudes : est-ce que l’école elle-même, se voulant pourtant progressiste, allait rentrer dans cette logique « sexualisante » de la société pour des tétons non floutés ? Finalement, iels se sont montré.e.s très ouvert.e.s et ont vraiment encouragé notre campagne ».

  • Depuis combien d’années la campagne se fait à Sciences Po ?

CU : « La campagne se fait depuis depuis l’existence de Cheer Up à Sciences Po, c’est-à-dire 4 ans ! Mais cette année, nous voulions vraiment lui donner une ampleur particulièrement forte, pour que notre message ait un puissant impact ! Mobiliser des volontaires issu.e.s de Sciences Po, était particulièrement symbolique pour nous de la force de la mobilisation collective interne à l’école. Notre but était de montrer la beauté de la mobilisation collective et celle du corps féminin, qui mérite et est en droit d’être protégé et prévenu des maladies qui peuvent l’atteindre. Ce corps qu’il est temps d’arrêter de sexualiser ! L’un des slogans de l’opération est « Montrer ses seins, c’est sauver sa vie », et c’est exactement le sens de la campagne : le dépistage sauve des vies ! »

  • Quelles sont les réactions des gens par rapport à la campagne ?

CU : « Nous sommes vraiment étonné.e.s et très reconnaissant.e.s de l’extraordinaire bienveillance qu’on a reçue face à cette campagne ! Nous l’avons véritablement voulue belle, élégante, courageuse, et totalement dénuée d’une quelconque érotisation ou sexualisation des corps. On espère vraiment avoir transmis ces impressions.

Au tout départ, en placardant nos affiches en aussi grand nombre, on était quand même parcouru d’un doute sur son accueil, mais on voulait le faire coûte que coûte ! Finalement, ce sont les appariteurs qui nous ont directement rassuré. Évidemment, apercevoir de loin des étudiant.e.s placarder des affiches de seins nus interroge, mais une fois la cause expliquée, ils nous ont tout de suite montré leur soutien en saluant le courage des volontaires du shooting ! Au niveau des étudiant.e.s, nous n’avons eu que des réactions bienveillantes, et énormément d’encouragements, de petites phrases chaleureuses glissées çà et là en péniche, des personnes qui s’arrêtaient pour venir s’informer, nous féliciter de vive-voix et nous encourager. Ce qui est sûr, c’est que la campagne a interpellé. Bien sûr, il y a eu d’autres types de réactions que l’on comprend, des personnes qui ont par exemple pu nous dire qu’elles se sentaient un peu voyeuses, ou qu’iels n’osaient pas forcément s’attarder sur les affiches par peur d’être vu.e.s comme « celui/celle qui mate ». Mais nous n’avons reçu aucune critique.

Ces réactions extrêmement positives ont été un vrai soulagement par rapport aux espérances qu’on avait projeté sur l’impact de la campagne. D’autant plus que parmi les volontaires anonymes, certaines avaient peur de réactions malveillantes, la confiance qu’elles nous ont accordé a donc pris tout son sens ! »

  • Trouvez-vous que suffisamment de personnes se sentent concernées par celles-ci ?

CU : « Cheer Up s’attaque à une cause qui fait consensus. Pourtant, cela n’empêche pas que le manque d’information soit bien présent. On se dit, et nous les premiers, que ça n’arrive qu’aux autres, qu’on est jeunes, qu’on a le temps avant de subir ce que la vie nous réserve peut-être. Mais les statistiques sont parlantes. Une femme sur huit risque de développer un cancer du sein au cours de sa vie. Et ce sont trop peu de femmes qui répondent aux courriers appelant à se faire dépister. Le cancer du sein ne touche pas non plus que les femmes mais aussi les hommes, dans 1% des cas, une minorité que nous avons voulu représenter dans notre campagne, sans pour autant évincer les femmes de la cause (en les faisant apparaître très rarement). Elle touche majoritairement les femmes de plus de 50 ans, mais pas seulement, puisque presque 10% des cancers du sein sont diagnostiqués chez des femmes de moins de 40 ans. C’était donc important pour nous de montrer que la jeune génération, nous « les futurs vieux et vieilles », nous sentons concerné.e.s et nous mobilisons pour ça. »

  • Avez-vous eu des difficultés à trouver des volontaires pour le shooting ?

CU : « Au contraire, on ne se serait jamais attendu à ça, mais ça a été incroyablement plus facile que ce à quoi on s’attendait ! La mobilisation a été hallucinante ! Par bouche à oreille, nous avons eu un grand nombre d’étudiants, hommes et femmes, nous envoyant des messages pour se porter volontaires. Près d’une quarantaine d’étudiant.e.s se sont porté.e.s volontaires et pour des raisons d’organisation, une trentaine ont participé à notre campagne. On en est vraiment hyper reconnaissant.e.s. Ça nous a énormément touché de sentir que la cause mobilisait Sciences Po, et par là, notre génération ! Ce qui nous a aussi beaucoup touché, c’est le fait que les volontaires amènent d’elles-mêmes l’idée de ne pas cacher leurs seins de leurs mains. Bien sûr, chacun a posé selon sa pudeur personnelle et son rapport au corps, et il n’y a pas de manière de poser plus courageuse que d’autres, mais jamais nous aurions pu imaginer une mobilisation aussi libre et courageuse. »

  • Quelle a été votre réaction lors de la suppression de la page Facebook de l’association ?

CU : « Très honnêtement, on s’attendait à la possible demande de suppression de notre post mais pas de manière automatique. On s’était dit, que pour être censurée, la publication devrait être signalée, et que, les abonnés de notre page connaissant notre cause, les risques n’étaient peut-être pas si grands. On a voulu tenter, car symboliquement, y parvenir aurait été pour nous une grande victoire ! Mais la censure a été automatique. Quelques instants après la publication, la page a été fermée au public, puis supprimée dans la nuit sans nous en informer, après pourtant avoir fait appel de la décision de la fermeture au public de la page. C’est cet aspect soudain et cette rapidité de la suppression qui nous ont pris de cours et nous ont paru brutaux. On se sentait surtout coupables pour les bureaux précédents d’avoir perdu la trace de toutes leurs réalisations, pour tous ces abonné.e.s qu’il nous semblait impossible de regagner en si grand nombre. On se disait surtout que notre cause perdait une visibilité précieuse, et durement gagnée en 4 ans.  On a pensé aux organismes de recherche et aux jeunes que l’on accompagne, et pour qui on récolte des fonds. Finalement, on était juste face à l’absurdité des algorithmes de Facebook mis au service de la sexualisation systématique du corps de la femme, avec cette plateforme froide de boutons « aide » prévus pour chaque situation sauf celle-là, et l’absence totale de mails ou de numéros valides. Ca nous a tout simplement paru absurde et aberrant que le système froid et implacable de Facebook puisse faire disparaître subitement une communauté et les traces de 4 années de travail.

Nous sommes enfin et surtout très reconnaissant.e.s de la manière dont Sciences Po nous a aidé à reformer une communauté autour de notre nouvelle page. Le soutien autour de notre campagne a dépassé toutes nos espérances et tout Cheer Up remercie les science-pistes pour cet incroyable soutien ! On remercie aussi énormément Hugo Travers qui nous a proposé de relayer l’information sur son compte Twitter, ce qui nous a été d’une grande aide. »

Un très grand merci à l’association Cheer-Up qui a accepté de répondre à nos questions et en particulier à Océane Folscheid !

Charlotte Canizo