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L’éloquence a la langue bien pendue

A Sciences Po, depuis l’année dernière, deux associations se revendiquent gardiennes de l’éloquence : Révolte-Toi et Sciences Polémiques. Lundi 7 Septembre, le « club de débat de Sciences Po » tenait sa première permanence. Le lendemain, « l’association de débat et d’éloquence » inaugurait l’année. Deux soirées différentes, durant lesquelles arguments et joutes oratoires s’enchaînaient selon des méthodes et un format opposés. Que retenir de la rentrée des orateurs ? La Péniche ouvre la voie à l’éloquence.

 

Révolte-toi aux Tuileries

Le 10 Août 1792, les révolutionnaires français se révoltaient aux Tuileries, symbole de l’exécutif. Deux cent vingt-trois ans plus tard, les sciencespistes s’y rendaient pour scander « Révolte-toi ». Le contexte a changé, tout comme les révoltés, et leurs motivations d’ailleurs. Ainsi, le club de débat de Sciences Po organisait sa première conférence sur le thème suivant : « Ce gouvernement rétablirait les maisons closes ».

Comme chacun des débats, le sujet est donné à tous les participants lorsqu’ils arrivent et seuls les volontaires participent. Deux équipes en contradiction se constituent ainsi, l’une jouant souvent le rôle du gouvernement et l’autre celui de l’opposition. L’association propose également pendant le temps de préparation des orateurs, des exercices de prise de parole en public.

« Environ soixante dix personnes étaient présentes et seuls des premières années ont débattu » – Maxime Thuriot, coprésident de l’association.

Lundi 7 septembre, aux Tuileries. © Révolte Toi

Le débat entre les deux équipes a tout d’un vrai face à face. Chacun semble avoir ses soutiens et  l’ambiance électrique de l’Assemblée Nationale s’y ressentirait presque. Les spectateurs étant considérés comme les députés, l’objectif pour chaque équipe est simple : les convaincre. Ces permanences, particulièrement appréciées des étudiants se répéteront hebdomadairement, le lundi de 19h à 21h.

Mais Révolte-toi SciencesPo n’a pas qu’une corde à sa voix. L’association participera également aux chocs entre universités via des événements comme La coupe de France de débat qu’elle espère remporter cette année voire même le championnat du monde.

D’autres projets au sein de Sciences Po sont en cours : « Nous avons déposé un projet à l’administration et aux associations permanentes pour formuler le souhait de participer aux triplétades d’art oratoire. Nous attendons la réponse ». Et en attendant l’éventuel débarquement des révoltés dans la compétition des premières années, ces derniers ont lancé « adopte un coach » permettant de mettre en relation des étudiants souhaitant s’améliorer en prise de parole en publique et des étudiants coachs.

« Sciences Polémiques propose des débats basés sur des discours alors que nous, ce sont des débats à l’anglaise, avec un temps limité de préparation. Nous sommes différents mais totalement complémentaires. Il n’y a pas de choix à faire entre les deux associations », précise Maxime Thuriot.

Et cela tombe bien, car nous n’en avons justement pas fait ! Mardi 8 Septembre, La Péniche est allée voir si « les nouvelles du Front » étaient bonnes.

 

« A Sciences Polémiques, c’est l’année de la libre expression »

Pierre Chellet, nouveau président de Sciences Polémiques et remplaçant de Pierre-Noël Clauzade, a de l’ambition pour son association : « SPK est basé sur la libre discussion et nous voulons mettre en place un débat sous une forme assez libre où chacun peut prendre la parole. C’est l’année de la libre expression ».

Une liberté d’expression qui se veut atteindre tout le monde. Un des objectifs de l’association cette année est en effet de s’étendre sur les campus délocalisés et de monter une compétition à Reims, où chaque campus enverra une délégation. « Paris n’est pas assez intégré au mini-CRIT et ça me paraissait essentiel qu’on créé quelque chose de fédérateur. L’idée c’est d’être ensemble » précise le président.

En attendant, le vivre ensemble avait lieu dans l’amphi Caquot ce mardi 8 Septembre pour le premier débat de l’année. Le sujet, polémique d’actualité, était « FN : Les nouvelles du front sont-elles bonnes ? ».

« Ce sujet est un peu trop vendeur. Beaucoup de gens sont venus car le sujet portait sur le FN et cela est hypocrite : on dit qu’on haït le FN alors qu’on joue leur jeu puisqu’on parle d’eux » s’exclame Pierre-Baptiste un étudiant en 1ère année, pendant le débat.

Puis une membre de l’association démarre son discours par l’affirmatif. Les nouvelles du front sont bonnes : « A tous ceux qui disent qu’il y a de l’eau dans le gaz, Jean-Marie vous répondra qu’il n’y avait pas de gaz ».

C’est ensuite au tour d’un étudiant de scander le contraire ; son discours prenant la forme d’une lettre de Jean-Marie Le Pen à sa fille Marine : « Bientôt, je ne serai plus qu’un détail de l’histoire. Je voulais juste faire chier le monde et toi tu veux gagner les élections. (…) Même les arabes votent pour nous maintenant »en rajoutant en guise d’adieux « Je tire une croix, pour une fois non gammée, sur la politique. Marine, ironie du sort, c’est moi qui termine déporté ».

Nathan Michel « Supporteriez-vous d’entendre votre fille vous dire que vous êtes raciste, homophobe ou antisémite alors même que c’est ce que vous lui avez enseigné toute son enfance ? Aimeriez-vous voir toutes vos idées partir en fumée ? » © Sciences Polémiques

La science politique s’en mêle. La question centrale devient : qui sont les électeurs du FN ? Des réflexions sur l’opportunisme et notre situation de sciences piste s’intègrent au gré d’enrichissantes interventions. En bref, le sujet est vite dépassé.

 

Les orateurs ont bel et bien fait leur rentrée. Fortes de formes complémentaires de débat, de joutes oratoires, et confrontations, nos deux associations d’éloquence nous préparent une année riche en jeux de mots. Alors, plus que jamais, profitez-en, et exprimez-vous.