Vie du campus

Parlons sans langue de bois

Sciences politiques et « ouverture sur l’international ». Voilà les deux notions auxquelles on associe généralement Sciences Po. Mais s’il est clair qu’en matière de politique, l’IEP n’a pas volé sa réputation, en revanche les cours de langues qu’il propose sont loin de tenir toutes leurs promesses. Pour preuve, s’il y avait bien une chose sur laquelle UNEF et UNI-MET s’accordaient pendant la campagne 2014 pour les élections au Conseil de Direction et à la Commission Paritaire de Sciences Po, c’était sur leur volonté de réformer les cours de langues.

Chartes des langues

Les chartes des langues, ou le self-service linguistique.

Chartes des langues et système de paliers : une organisation à revoir

Et pour cause, dès l’inscription aux cours, un premier obstacle se présente aux aspirants polyglottes du 27, rue Saint-Guillaume : « l’accès à la troisième langue est réservé aux étudiants ayant validé un niveau 5 dans une langue et suivi une autre langue en niveau 4 pendant au moins un semestre ». Mais où donc est passée « l’ouverture à l’international » dans tout cela ? Hélas, elle a succombé, victime collatérale de la lutte que mène Sciences Po contre le « tourisme linguistique ». Pourtant, c’est justement avec l’impression de débarquer, comme des touristes, en terre inconnue, que les étudiants de Sciences Po découvrent en 1ère année les chartes censées les aider à s’inscrire seuls dans le bon niveau de langue. Ces chartes, l’UNI-MET en a proposé la refonte. En fait, c’est tout le principe qui serait à revoir car, on en conviendra, l’autoévaluation n’est pas ce qu’il y a de plus objectif : les grands timides se sous estiment ; les « challengers », eux, misent d’emblée sur le plus haut niveau. Quant aux étudiants les moins motivés, ils peuvent tout à fait céder à la tentation du confort, et choisir de s’inscrire en niveau 2, quand bien même ils auraient atteint un niveau plus élevé à la fin du lycée. En résumé, dans la pratique, la division en paliers se révèle très artificielle. Aussi, même si le but n’est pas, bien sûr, d’opérer un classement entre des étudiants « bons » en langues et d’autres qui seraient « mauvais », Sciences Po n’aurait pas à rougir de proposer des cours de langues bien plus riches et intensifs à ses étudiants – notamment en niveau 4. Les enseignements, qui sont actuellement dispensés à l’IEP par des professeurs souvent vacataires et (peu) payés pour assurer deux ou quatre heures de cours par semaine, font en effet pâle figure face aux cours des classes préparatoires. Le programme qu’ils proposent aux étudiants ? Écouter passivement les exposés, revues de presse et autres exercices que présentent les Sciences Pistes de leur conférence. Constater, entre deux interrogations de grammaire, que la leçon censée avoir été apprise la semaine précédente est passée aux oubliettes à la fin du week-end.

La préparation à l’IELTS : une tragédie indigne de Shakespeare ?

LIELTS Opening doors, creating opportunitiese constat est sévère, mais la même critique vaut d’ailleurs pour les cours d’anglais en e-learning (supposés, rappelons-le, pouvoir remplacer un cours en présentiel !). Or, la valeur pédagogique de ces cours en e-learning reste largement à démontrer car, ce n’est un scoop pour personne, nombreux sont les étudiants qui savent déjouer la vigilance du logiciel retors et qui n’hésitent pas à tricher pour obtenir les meilleurs scores. Flemmards les étudiants de Sciences Po ? D’après un sondage réalisé sur Internet par l’UNEF fin 2013 auprès des étudiants de Collège Universitaire et de Master, les Sciences pistes souffriraient surtout d’un manque d’entraînement. Sur près de 1000 répondants au sondage, 56% estimaient avoir reçu une mauvaise préparation à l’IELTS à Sciences Po. Il n’y a là rien d’étonnant puisque chacun des professeurs choisit librement d’entraîner ou non ses étudiants pour les épreuves. Pour apporter un début de réponse à ce problème, l’UNI-MET souhaite « rendre plus accessible l’information sur les tutorats du labo des langues ». Il est vrai qu’en toute franchise, on ne peut qu’inciter les étudiants à courir au 306 du 56 rue des Saints-Pères pour réviser une fois pour toute, avec l’aide d’un professeur, les différents points de grammaire qui leur donnent du fil à retordre. Mais parallèlement, même si l’obtention de l’IELTS ne doit pas devenir l’alpha et l’oméga des cours d’anglais, il serait utile d’harmoniser d’emblée les conférences au niveau de la préparation à l’IELTS, notamment parce que les étudiants doivent tous payer 175€ pour s’inscrire à l’examen, Sciences Po remboursant uniquement l’IELTS des étudiants de Master. L’UNEF, qui s’insurge régulièrement contre cela, propose d’ailleurs « la mise en place d’un système à coût nul pour Sciences Po. Chaque étudiant aurait un droit de tirage » et pourrait, comme aujourd’hui, se faire rembourser une fois son IELTS au cours de sa scolarité, mais il choisirait à quel moment.

Des formats de cours inadaptés

Sciences Po La Péniche

Sciences Po, une école vraiment internationale ?

La liste des doléances pourrait encore s’allonger. Effectivement, le format des cours de langues est lui aussi sujet à débat. Ainsi, d’après le même sondage UNEF que celui cité précédemment, 60% des étudiants préféreraient que les cours de langues ne durent que 1h-1h30 au lieu de 2h. À l’opposé, plusieurs professeurs notent que les étudiants ne sont véritablement impliqués dans le cours qu’à l’issue du premier quart d’heure environ et qu’il serait donc dommage de réduire le format des séances. De même, plusieurs étudiants voudraient bénéficier d’un plus grand nombre d’heures de cours de langues par semaine, notamment pour l’étude des langues orientales – tel cet étudiant qui s’est résolu à « stagner au niveau 2 plutôt que de passer en 3 » afin de ne pas réduire de moitié son nombre d’heures d’arabe. Curieuse logique en effet que celle de Sciences Po : l’acquisition d’un bon niveau en langues dispenserait de s’entraîner régulièrement avec un professeur. Dans l’idéal, il est certain que les séances devraient être plus nombreuses et aussi plus régulières. Pourquoi ne pas passer à trois voire quatre heures d’anglais par semaine par exemple ? Surtout, pourquoi ne pas augmenter le nombre d’heures de cours en LV2 puisque c’est en LV2 que les constats de régression sont les plus amers ? Certes, dans la pratique, des problèmes d’organisation se posent nécessairement car l’augmentation du nombre d’heures ou simplement la fragmentation du bloc de 2h sont peu compatibles avec l’emploi du temps de nombreux étudiants – surtout celui des étudiants en double cursus. Pourtant, s’il faisait un petit effort, l’IEP pourrait sans nul doute réussir à résoudre ce « casse-tête chinois ».

Devenu un poncif dans le programme de tout syndicat étudiant qui se respecte à l’IEP, le sempiternel débat sur la réforme des cours de langues est loin d’être résolu. Espérons cependant qu’il le sera de manière démocratique puisque comme on l’a dit, en matière de politique, Sciences Po a une réputation à tenir.