Vie du campus

Pas touche à la méritocratie ! Billet de (mauvaise) humeur sur la question des quotas d’étudiants boursiers dans les grandes écoles

sarkozy2_0.jpgAvant qu’on me couvre d’opprobre pour mes positions affreusement réactionnaires (que je préfère, soit dit en passant, à l’angélisme ambiant lorsqu’on parle de mobilité sociale) je voudrais émettre quelques remarques liminaires.

1. Je suis entré à Sciences Po sur concours.

2. Je n’ai pas fréquenté de classe préparatoire et je ne viens même pas d’un lycée français. Un professeur, à six mois du bac, m’a conseillé de tenter ma chance : j’ai bûché la philo (habitué que j’étais à l’approche historiciste et non à celle essentialiste qu’on enseigne dans les écoles françaises), l’Histoire de France que je n’avais plus étudié depuis le collège. Ce qui prouve qu’avec de la volonté, rien n’est impossible.

3. Je ne suis pas « fils de ». Ma mère n’est pas avocate d’affaires et il n’y a jamais eu de gouvernante à la maison. J’ai grandi en banlieue avec un père patron d’une boîte de 3 salariés et une mère aide à domicile, puis secrétaire.

Ceci étant posé, je vais essayer d’être clair. L’imposition de quotas de boursiers dans les grandes écoles, imposition que notre cher président appelle de ses voeux malgré ses démentis véhéments (voir l’article du Parisien ici), est une mise à mort pure et simple du système méritocratique républicain.

Pourquoi ? Parce que quoi qu’en pense une certaine catégorie de monomaniaques, le concours reste et demeure le moyen de sélection le moins biaisé socialement. Je ne dis pas que c’est la panacée : évidemment un bachelier sorti de Louis le Grand et de prépa Lakanal aura plus de chances que l’élève moyen de Pont-à-Mousson ou Sotteville-lès-Rouen. N’empêche. Il existe des moyens de corriger ces biais (les syndicats étudiants y travaillent, me paraît-il) tout en conservant un système d’admissions égalitaire.

Les quotas, ensuite – parce que c’est bien de quotas dont il s’agit – sont d’une manière générale une absurdité. Allez, hop ! 1/3 de garçons de boucherie hallal à Polytechnique et 1/4 d’ex-séminaristes à Normale. A la trappe, le mérite ! Exit, l’excellence ! Raus, le bachotage et la même angoisse pour tous devant une copie à Arcueil ! Et bien moi, je dis non. N’oublions pas que le système de sélection républicain a permis à de nombreux fils d’ouvriers méritants, dans les dernières décennies, d’avoir accès à une éducation supérieure de qualité. Ce fut le cas de mon grand-père maternel, ingénieur dans le génie pétrolier et pourtant fils de paysans de la Bretagne profonde.

Permettez-moi ensuite (c’est la partie alarmiste du billet) de me montrer peu optimiste quant à l’état de l’instruction publique en France . En sept ans, notre pays a perdu neuf places (neuf!) dans le classement OCDE des performances scolaires malgré le fait que le budget alloué à l’instruction soit parmi les plus élevés d’Europe. La situation est aujourd’hui la suivante : un primaire et un secondaire médiocres – sauf dans quelques îlots bourgeois ou ruraux – et des différences toujours plus creusées entre les bons et les mauvais, entre les aisés et les prolos.

Si ce gouvernement (et ce n’est pas une attaque ad personam) est vraiment intéressé par la réussite du système éducatif français, il devrait commencer par se soucier sérieusement du niveau lamentable de ses collégiens et lycéens, au lieu de crier haro sur les sempiternelles inégalités sociales. Les classes modestes n’ont pas besoin des passe-droits tant appréciés par M. Sarkozy – passe-droits que je trouve pour ma part offensants. La société toute entière, par contre, a besoin d’une instruction de qualité, et non de l’habituelle démagogie panem et circenses qui, franchement, ne prend plus.

Illustration : tribune de Genève

Pour la réplique, lire l’article de « Moa »

  • Romain

    En effet, les deux réformes ne sont pas incompatibles. Au contraire, elles devraient être complémentaires pour être efficaces. Même si je reste convaincu du fait qu’il y ait des priorités à établir.

    Ceci étant dit, je m’efface au profit de la tribune proposée par « moa » en réponse à ce billet, non sans remercier toutes les personnes qui ont pris la peine de commenter.

  • Babastiz

    Je l’ai lu.
    Mais tu n’as pas répondu à ma question. En quoi élargir la base sociales des grandes écoles est incompatible avec une réforme de l’université ou de l’enseignement secondaire ?
    Le gouvernement doit faire son boulot, mais les grandes écoles peuvent décider seules de se réformer.
    Pour moi les deux réformes peuvent se mener de front.

  • Romain

    J’attends la validation (!) d’un commentaire où je fournis un autre lien.

    Et le lien est explicité dans l’article. Tu l’as lu? Il ne s’agit pas d’une réforme pour le plaisir de réformer, ni d’une opposition entre les deux choses. L’auteur défend l’idée selon laquelle un des moyens de sortir de la crise de la mobilité sociale est de redonner à l’université sa juste valeur. Une université excellente, avec des débouchés intéressants, permettrait de redistribuer les talents, remettrait en question le monopole des grandes écoles et injecterait de l’égalité dans le système éducatif.

    Mais non, on a décidé de laisser l’université sombrer armes et bagages. D’où, en partie, l’augmentation des candidats à l’entrée des GE et la haine qu’on nous voue en tant que derniers bastions de la réaction en France.

  • debo

    signez ici:

    http://www.mesopinions.com/Contre-l

    ou sur mesopinions dans la catégorie social

  • Babastiz

    Je ne vois pas en quoi réformer l’université française est en opposition avec le fait d’élargir la base sociale des grandes écoles.

  • Romain
  • Romain

    http://www.lemonde.fr/opinions/arti

    Un billet intéressant sur le site du Monde qui explique pourquoi la politique des quotas est, de facto, un constat d’échec.

  • Romain

    Babastiz,

    nous sommes d’accord, je pense que tu as mal lu. En effet j’ai écrit :

    « Que les lacunes viennent du milieu social, j’en conviens. J’ajouterai qu’elles sont aggravées par la ghettoïsation, la séparation des couches sociales en France bien plus qu’ailleurs. Séparation bien moins patente il y a quelques décennies ».

    J’ai dit que la séparation était bien MOINS prononcée il y a vingt-trente ans, ce qui revient à dire qu’elle l’est plus aujourd’hui.

    Par ailleurs je ne refuse pas du tout d’accepter les réformes ; je dis que ce n’est pas par là qu’il faut commencer mais qu’il est nécessaire de s’attaquer aux bases avant d’entreprendre des changements – par ailleurs superficiels – dans le supérieur.

  • Babastiz

    Internat, mais bien sûr. À l’heure ou le gouvernement fustige les dépenses de l’éducation nationale, on va envoyer tout le monde en internat. Et j’ose à peine imaginer ce que donnerai mon lycée de ZEP en internat… Si on généralise l’internat, il y aura discrimination par le secteur ou par l’argent. Les mêmes personnes se retrouveront et le problème sera le même. Ça n’est donc pas une solution.
    Qu’il y ait un papier conservateur dans La Croix n’est certes pas étonnant. L’école de la République, ça a été déjà dit, est loin d’être égalitaire ne serait-ce que par sa sectorisation. Il faut la changer, et je ne vois pas pourquoi, tant que ces mesures ne sont pas prises, Descoings ne tenterait pas de changer les choses à son niveau.
    Pour affirmer que les séparations sociales sont bien moins patentes qu’il y a quelques décennies, je pense qu’il faut ne pas avoir vécu dans les vraies « banlieues ». Je n’ai pas le comparatif, mais je sais que le fossé actuel est bien assez grand pour qu’on s’en préoccupe sérieusement. Et malheureusement, la plupart des immigrés de troisième génération ( dénomination horrible, d’être encore considéré comme immigré après trois générations… ) ne passent pas la barre du BEP et développent une haine contre la France qui est difficilement imaginable.
    Voilà pourquoi il faut aller les chercher, les revaloriser, leur redonner espoir. Et créer des passerelles entre les classes sociales par ces élites « issues de la diversité ». Pour leur redonner espoir en leur pays et leur redonner le goût d’apprendre, le goût de la réussite scolaire et sociale. Nous sommes d’accord pour dire qu’il y a un problème dans le primaire et le secondaire, mais je ne comprend pas pourquoi tu refuses d’accepter des réformes qui tentent de changer ces graves problèmes sociaux en attendant que le gouvernement se décide à faire quelque chose.

  • Romain

    Je remercie la fouine de Trappes pour avoir relancé la discussion de façon construite et argumentée (même si je m’en prends plein la gueule, ô joie, pour mes phrases trop lyriques – c’est une autre chose qu’on me reproche depuis le collège, que veux-tu, voilà pourquoi je suis en 2ème année à ScPo et pas en khâgne où on m’aurait massacré).

    Je veux répondre sur un seul point : à ma connaissance, les wannabee-polytechniciens de PQPM peuvent intégrer une prépa en internat. Ca peut sembler extrême, mais pourquoi pas ?

    Tu pointes du doigt, à juste titre, la difficulté d’assumer sa propre valeur dans certains milieux/quartiers/cercles d’amis. En internat, au moins, on est sur un pied d’égalité, une certaine fraternité s’établit entre les étudiants et les résultats obtenus sont spectaculaires.

    Quant à ta remarque sur le français, on est à Sciences Po, pas en école d’ingé où en physique. Il me semble évident que la maîtrise de la langue a une importance fondamentale.

    Que les lacunes viennent du milieu social, j’en conviens. J’ajouterai qu’elles sont aggravées par la ghettoïsation, la séparation des couches sociales en France bien plus qu’ailleurs. Séparation bien moins patente il y a quelques décennies. Ma famille paternelle est arrivée en France il y a quarante-cinq ans : même si les parents ne parlaient qu’Italien, et malgré le racisme ambiant – croyez-moi, j’ai des anecdotes halluciantes à cet égard – l’école républicaine a suffi à la réussite des enfants. Les cousins de mon père sont cadre et professeur d’université. Il sont pourtant des immigrés de seconde génération.

    Donc oui, Alex, l’effondrement du niveau des exigences au primaire et au secondaire est parmi les principales causes de non-mixité.

    A ce sujet, je vous conseille de lire La Croix d’hier, il y a un très bon papier qui défend cette thèse.

  • Alex

    Il est difficile d’intervenir, vous menez votre discussion de bout en bout, et reprendre un par un vos arguments ne ferait rien avancer. Cela partirait dans tous les sens. Alors je rebondirai sur ce qui m’a le plus choqué, dans un commentaire de « mistermartoon »

    « D’ailleurs, quiconque a un temps soi peu fréquenté les élèves issus de CEP sait pertinemment qu’ils sont bien peu, pour ne pas dire quasi inexistant, à revendiquer leur mode de sélection. »

    C’est quoi cette généralité que tu nous balances ? As-tu mené une étude sur les procédures d’admissions des étudiants en CEP ?
    Pour ceux de ta connaissance qui ne « revendiquent pas » le mode de procédure, on peut s’interroger sur la pertinence de « revendiquer » une admission plutôt qu’une autre, pour sûr que lorsque l’on gratifie outre mesure le concours d’un côté, que l’on parle des « feignasses MTB » et des « Zepards » de l’autre, ça n’engage pas à clamer haut et fort que l’on a été admis via une procédure CEP.

    Comme Babastiz je pense que c’est principalement une question d’égo, un orgueil mal placé.

    Lorsque tous les étudiants sauront faire preuve d’ouverture d’esprit, ce genre de considérations pusillanimes ne trouveront plus leur place dans un débat censé porter sur la véritable méritocratie, pas sur illusion manipulée pour blâmer « l’homogénéité sociale » que tu expliques par un « effondrement du niveau des exigences ».

  • La Fouine de Trappes

    Tout ça pour dire que dans l’immédiat, étant donné le fait que certains enfants évoluent dans un environnement qui les désavantagent par rapport à d’autres pour l’accès aux GE, il paraît plus pertinent de ne pas les pénaliser en procédant d’une manière similaire à celle de Sciences Po, c’est-à-dire en les invitant à faire leurs preuves dans leur propre école.
    Ne nous leurrons pas. Je le reconnais sans peine : les étudiants issus des CEP n’ont pas les idées les plus brillantes qu’il soit. Personne n’a jamais été impressionné par leur finesse d’esprit (pas moi en tout cas). Je le sais puisque j’en fais partie, de ces derniers des derniers dont la médiocrité est telle qu’elle décrédibilise les discours sur l’intégration des classes populaires dans les grandes écoles… « si c’est pour arriver à ça… ». D’ailleurs, Romain a bien raison de dire que les étudiants de Sciences Po sont hypocrites lorsqu’ils louent les bienfaits de cette passerelle pour les enfants des milieux défavorisés : un tabou instauré par R. Descoings (merci à vous, au fait) les empêche d’être cohérents avec eux-mêmes et d’admettre que les CEP sont loin de correspondre à leur vision d’un système scolaire juste.

    Alors, croyez-le ou non, je ne défends pas les CEP parce que j’en viens, mais parce qu’au fil des mois passés à Sciences Po, j’ai été convaincu de leur intérêt : les élèves des milieux défavorisés ont des qualités que d’autres modes de recrutement n’aurait pas amenées jusqu’à l’IEP parisienne, ce que sait pertinemment R. Descoings. Moins habitués au baratinage, ils jouent moins sur les beaux mots pour éblouir et dissimuler le vide qui se cache derrière leurs propos. Exemple : ce ne sont pas eux qui produiraient une petite phrase dangereusement efficace mais creuse, type « Allez, hop ! 1/3 de garçons de boucherie hallal à Polytechnique et 1/4 d’ex-séminaristes à Normale. » Je les trouve aussi plus terre-à-terre, plus intéressés par les cultures non-occidentales, plus spontanés/francs/directs, plus au courant de certaines réalités sociales, etc.. En définitive, les CEP, au même titre que la procédure internationale, permettent d’apporter du sang frais, des idées nouvelles, des conceptions du monde diversifiées. Et si avant d’intégrer l’école, ils sont plus ignorants que la moyenne, la qualité de l’enseignement, qui ne compte pas baisser, va faire disparaître les disparités.

    Pour conclure, Babastiz, je te mets 18/20 (à Sciences Po, un 20 ne passe pas) pour la pertinence et l’originalité de ton discours. Peu d’étudiants te suivront, ça n’en reste pas moins brillant, et ça n’a rien de bien-pensant (détrompe-toi Romain, tu crois que jeter des cailloux sur R. Descoings c’est échapper à la bien-pensance, mais que mettre derrière ce terme quand tout le monde s’amuse à attaquer notre cher directeur et ses idées révolutionnaires ?). car défendre sincèrement les CEP, c’est se faire l’avocat du diable quand la grande majorité des étudiants estiment que le concours « normal » est une bonne chose. D’ailleurs, et je vais dormir, contrairement aux idées reçues et à ce que pense l’ami Bayrou, les milieux défavorisés ne sont pas les premiers à applaudir les programmes style CEP car ils ont aussi assimilé la notion de mérite, telle que la France semble la concevoir. Style GE.

  • La Fouine de Trappes

    Petite précision sur les CEP : le chiffre donné de 15-18% d’admis est obtenu par le ratio nombre d’admis/nombre d’élèves qui présentent un dossier de presse lors de l’admissibilité. Or, parmi ces gens, certains vont redoubler ou obtenir le bac au rattrapage, le niveau est donc très hétérogène à ce stade (de la compétition).
    Mais il suffit d’assister à un de ces interrogatoires qu’on a subi pour savoir que notre place à Sciences Po, on ne l’a pas eu gratos, et des filles qui pleuraient le jour des résultats, j’en ai vu plus d’une. Pas étonnant vu le travail qu’elles ont dû fournir et l’espoir qu’a suscité l’idée d’intégrer une école hautement plus prestigieuse que tout ce dont elles pouvaient rêver.

    Mais, ô miracle, je fais partie de ces rares étudiants de Sciences Po qui ont aussi connu le programme « Une grande école : Pourquoi pas moi ? » joliment raccourci en PQPM (et non UGEPPM).
    Et avant de critiquer l’initiative de l’ESSEC pour son insuffisance, qui a été reprise par de nombreuses grandes écoles, je tiens à te contredire, Romain, sur un détail : ce n’est pas PQPM qui a abouti aux 10% d’élèves boursiers dans les GE, ils y étaient déjà sans ce genre de programme. Mais, comme Babastiz, je pense que la population des GE n’est pas à l’image de la société et qu’il faut y remédier.
    Passons. PQPM, qui veut tout comme Sciences Po contribuer à l’augmentation de ce chiffre inacceptable, propose des moyens totalement opposés aux CEP : intervenir essentiellement durant les années lycée sur de bons élèves d’établissements ZEP volontaires pour pallier leurs lacunes, notamment en leur apportant des éléments de culture classique, du réseau social, et autres choses utiles (savoir écrire une lettre de motivation, connaître les filières vraiment adaptées à notre profil, etc.). Si sur le papier ça paraît génial, en pratique… c’est bien mais pas les résultats ne sont pas forcément à la hauteur du projet. Comment l’expliquer ? Par le public ciblé même.

    Romain, tu penses que ton milieu ne t’a pas aidé à atteindre Sciences Po. C’est possible, mais au moins il ne t’a nullement freiné vers la voie de la réussite. On ne peut pas en dire autant des enfants dont les parents sont immigrés et qui vivent dans la « banlieue » (au sens « Boulogne, Aubervilliers, Garges-lès-Gonesse », pas la petite commune tranquille du 77 ni la ville bourgeoise du 92). Let’s have a look :
    – Les parents ne maîtrisent pas parfaitement la langue française, ce qui contraint les enfants à se diriger vers les enseignants… mais aussi les autres enfants. Or, à l’adolescence, l’emploi d’un français à peu correct peut susciter l’étonnement, quand ce n’est pas de moqueries : j’en ai fait les frais lorsque, malgré moi (!), je commençai sous l’effet des livres et des devoirs écrits à m’exprimer dans un registre courant (« anticonstitutionnellement ! » me répondait-on gaiement). Alors on se retrouver à ponctuer nos conversations de « wesh » et autres expressions laides mais créatives. Difficile ensuite de se défaire complètement d’une manière de parler qui fait partie de notre identité. Or, on connaît l’importance de maîtriser la langue française. On écoutera davantage celui donnera à son propos une belle apparence que celui débitera ses arguments, aussi valables qu’ils soient, sans fioritures qu’il croyait vaines. Reconnaissons le retard des étudiants admis par les conventions ZEP à rattraper pour s’approprier l’art d’être crédible en ouvrant la bouche (la rhétorique).
    – Dans un tel milieu, la « débrouillardise » est valorisée, donc on se détourne plus facilement de l’école. Pour caricaturer, on peut avoir réussi en ouvrant un grec, ou en reprenant la TPE du père, etc.. Ça implique aussi que, plus qu’ailleurs, il est mal vu d’être sérieux en cours, l’étiquette d’intello en a effrayé plus d’un, et des petites crâneuses préfèrent aller en BEP que de ne pas se faire remarquer par des « avertissements de conduite » et atteindre une Seconde générale (véridique). Pour faire un lien avec PQPM, le temps qu’ils y consacrent (3h tous les samedis + quelques sorties culturelles) leur paraissent conséquent, et c’est presque un maximum. Or, lors des séances de tutorat, ils ne vont pas retenir tout ce qu’ils ont appris (ils ne sont pas interrogés dessus non plus !). Par ailleurs, ils sont poussés à se cultiver par eux-mêmes, mais rien ne les y contraint. Certes, PQPM a appris à ces élèves l’intérêt de le faire (et c’est un très bon point), mais une fois rentrés chez eux, ils ne sont plus là pour travailler, oh ça non. Ce n’est que vers la Première ou la Terminale (filières générales) que les lycéens se rendent compte de certaines choses, mais déjà ils ont beaucoup de retard par rapport aux autres. Et il faut se rendre compte d’une chose : même si tu viens d’une famille pauvre, le fait d’être avec des élèves brillants te pousse à faire des efforts pour être comme eux. Dans un lycée comme celui où j’étais (71% de réussite au bac), rien ne te tire vers le haut, entouré d’élèves très moyens et peu motivés. Heureusement que j’ai eu de bons profs ! (si si, il y en a dans les lycées paumés)

  • mouche

    Légo ?

  • Romain

    Foutre, la discussion atteint des sommets jusque-là inexplorés.

    Il suffit de relire mon commentaire : je ne dis pas que les Grecs étaient adeptes de la sodomie entre eux, mais que les sophistes passaient leur vie à « enculer des mouches », ce dont je suis accusé. A bon entendeur.

    A part ça, quelqu’un a-t-il quelque chose de constructif à dire?

  • J.J.

    Faux, Romain!

    Quand wikipédia re-fonctionnera tu apprendras que oui les grecs étaient pédés, mais sans pénétration.

    Socrate ne pourra plus servir de justification morale à tes pulsions sodomites!

  • Mouche

    Merci Romain de me baigner de ton savoir wikipédia est en panne

  • Romain

    Tu trouves que c’est une discussion d’enculeurs de mouches ? Je m’en désole.

    Et tu peux pas savoir à quel point on peut prendre son pied avec un diptère. De dangereux criminels Grecs (ethnie par ailleurs connue pour ses propensions pédérastes), se faisant appeler sophistes, passaient même leur vie à ça…

  • Mouche

    Deux mouches (qui préfèrent garder l’anonymat) du 7e arrondissement de Paris ont porté plainte contre les personnes de « Romain » et « Babastiz » pour sodomie aggravée et répétée.

  • Babastiz

    L’incident est clos.
    J’ai pourtant répondu point par point à tout ce qui était énoncé. Et sur le point 5, j’ai dit
    « Je parle de SciencesPo parce que finalement, j’ai l’impression que le problème se pose plus là qu’ailleurs. En effet, il y a déjà une bonne représentativité sociale dans les classes préparatoire, et là je pense qu’attendre un peu ne fera pas de mal, ça devrait se traduire dans les grandes écoles qui ne sont pas post-bac.
    Quand au problème de la culture classique, c’est une tendance générale observée, comme celle qui dicte toutes les réformes. Bien sûr, tout le monde ne rentre pas dans le moule, mais la majorité si, sans pousser les choses à l’extrême comme tu le fais. Tu es partant pour faire du porte-à-porte pour aller vérifier si tout le monde respecte bien les critères ?
    Ah et au fait, si « Le nombre d’élèves issus de milieux modestes a BAISSE dans toutes les GE(sauf à ScPo). » et que les concours n’ont pas changé ( sauf à ScPo), c’est bien qu’il y a un problème de détermination sociale, non ? »

  • Romain

    Je suis désolé si j’ai paru condescendant, ce n’était pas mon intention. Simplement, cela fait partie de mon style d’écriture. On me l’a déjà reproché.

    Sur le fond cependant, je ne vois pas de réponse satisfaisante, notamment par rapport à ce que je disais au point 5.

  • Babastiz

    « La précipitation est mauvaise conseillère en politique », je trouve qu’il y a beaucoup de conseils dans ton discours pour quelqu’un qui prétend argumenter, monsieur est ministre, professeur ?
    Tout d’abord, je le répète même si ça a l’air de te poser problème, je suis tout à fait d’accord avec le fait qu’il faille réformer l’enseignement primaire et secondaire mais comme tu le dis, Rome ne s’est pas faite en un jour. Alors en attendant au lieu de rester les bras croisés à regarder les choses se faire ( ou pas ) autant agir, quitte à prendre des mesures provisoires.

    Et oui, je vais paraître ridicule en faisant intervenir les bons sentiments mais une fois n’est pas coutume, il faut le faire parce que c’est bien. Parce que la façade républicaine n’a jamais, quoi qu’on en dise, réellement donné sa chance à tous ceux qui le pouvaient ( tu veux t’amuser à comparer les origines sociales des énarques ? ) et parce que, oui je suis réformiste, il faut changer les choses. Et dans l’intérêt de la France et de la République française, nous avons tout intérêt à récupérer les cerveaux là ou ils sont, vite et partout, ça nous évitera la fracture sociale qui elle, ne peut pas attendre.
    En parlant de République, la caractéristique principale de la République française et d’avoir toujours sût se tourner vers un avenir commun, liberté, égalité, fraternité. Liberté : celle de tenter sa chance. Égalité : l’égalité entre les capacités intellectuelles et non entre les valeurs culturelles, la vraie égalité c’est d’être capable de reconnaître que quelqu’un a la même valeur que nous. Même les CEP, désolé pour ton égo. Et la fraternité, c’est celle d’être capable d’accepter les autres alors même qu’ils n’ont pas eu le même parcours que toi, et qu’ils sont entré par un moyen tout aussi gratifiant. Ah et tu sais, tu n’est pas le seul à avoir un parcours atypique pour être entré à SciencesPo, alors retient ton mépris.
    Le programme « Une grande école, pourquoi pas moi » existe depuis 8 ans à l’ESSEC et les résultats sont loin d’être satisfaisant. Je pense que même sans être pressé, on peut convenir de l’efficacité relative du système.
    Je parle de SciencesPo parce que finalement, j’ai l’impression que le problème se pose plus là qu’ailleurs. En effet, il y a déjà une bonne représentativité sociale dans les classes préparatoire, et là je pense qu’attendre un peu ne fera pas de mal, ça devrait se traduire dans les grandes écoles qui ne sont pas post-bac.
    Quand au problème de la culture classique, c’est une tendance générale observée, comme celle qui dicte toutes les réformes. Bien sûr, tout le monde ne rentre pas dans le moule, mais la majorité si, sans pousser les choses à l’extrême comme tu le fais. Tu es partant pour faire du porte-à-porte pour aller vérifier si tout le monde est aussi intelligent que toi ?
    Ah et au fait, si « Le nombre d’élèves issus de milieux modestes a BAISSE dans toutes les GE(sauf à ScPo). » et que les concours n’ont pas changé ( sauf à ScPo), c’est bien qu’il y a un problème de détermination sociale, non ?
    Le blocage ne sera pas voté par les associations étudiantes puisque l’UNEF est majoritaire et qu’elle soutient la CEP, il faudra que tu bloques ailleurs qu’à SciencesPo. Quand aux « vrais » Républicains, faites comme vos aînés et regardez vers l’avenir.

  • Romain

    Cher Babastiz,

    malheureusement on ne peut pas monopoliser le forum, mais je vais te répondre parce que tes arguments sont ceux de la bien-pensance, et ce sur toute la ligne.

    Je me sens courageux aujourd’hui, allons-y gaiement.

    1. « Tu ne m’as pas prouvé que c’était faux ». Ben si, justement : ma recommandation est d’agir d’abord là où il y en a réellement besoin (dans le primaire et le secondaire) et ensuite travailler à la mobilité sociale. Mais non : comme tout le camp progressiste, il te faut tout tout de suite, hic et nunc pour étaler ma « culture classique » (revoir le passage sur MON éducation).

    2. « Nous sommes une grande école, etc. » – dans le billet je parlais surtout de l’ENSEMBLE des Grandes écoles, pour élargir l’horizon à autre chose que la péniche et le petit-hall. Soit dit en passant, ce n’est pas en répétant les choses à l’envi que tu vas convaincre tes interlocuteurs. Où sont tes arguments? Il faut le faire parce que c’est bien?

    3. « Recruter des gens de façon différente » est contraire à l’esprit de la République. Point. Alors soit on ne me fait plus chier avec les principes républicains à toutes les sauces, et 1789 par ci et liberté-égalité-fraternité par là, soit on est cohérents (ce que je propose) et on respecte l’ensemble des valeurs caractéristiques de notre Nation.

    4. Le passage suivant ne fait que confirmer ce que je disais avant : quelle impatience ! Tout, tout de suite ! C’est l’UMPS qui te finance? Dommage qu’on ait oublié l’idée de réforme structurelle dans ce pays.

    5. « Avant Descoings ». Ah oui, pardon, l’omni-directeur. Le croisé des misérables. L’ami de la diversité à tous les étages et comme principe premier d’une politique gestionnelle toute entière (ne voyez pas là-dedans ce qu’il n’y a pas, j’ai omis que mon père n’était pas français dans le billet). Franchement, serais-tu stipendié par la direction? J’ai déjà dit, et je le répète, que ce n’est pas QUE de Sciences Po dont il s’agit. Il y a des endroits où ce genre de politique n’est tout simplement pas applicable : Normale Supérieure, par exemple. Je vois mal un agrégé de Lettres Classiques avec un déficit de culture et qui n’a jamais fait de Latin… Sans oublier que la culture (à laquelle tout le monde devrait avoir accès dans un système idéal) est un discriminant naturel à égalité de compétences académiques. En plus, ton raisonnement suppose que :

    a) TOUS les étudiants issus de milieux modestes accusent des lacunes dans le domaine culturel et classique
    b) TOUS les étudiants issus d’autres milieux connaissent Eschyle et Platon, La Boétie et Sartre sur le bout des doigts.

    Excuse-moi, il me semble que tu vas un peu vite.

    6. Ah, mon cher, là c’est toi qui te trompes. Le nombre d’élèves issus de milieux modestes a BAISSE dans toutes les GE(sauf à ScPo).

    7. Sur l’échec d’UGEPPM : comment peux-tu affirmer les choses d’une façon aussi péremptoire? Déjà, il n’y a que l’X qui soit concerné (et n’est pas polytechnicien qui veut, donc même si le programme débouche sur UNE seule admission c’est déjà énorme) et 10% c’est un début. Rome ne s’est pas faite en un jour. Mais il m’a semblé percevoir chez toi une certaine, comment dire, hâte. Un rappel: la précipitation est mauvaise conseillère en politique.

    Et pour conclure – je ne vais pas remâcher les arguments déjà avancés ad libitum – je fais de cette question une question de principe. Et je suis près à aller jusqu’à la manifestation, au blocage s’il le faut, parce que je crois que comme ça on va droit dans le mur. Et parce que l’immense majorité des réactions qui me sont parvenues vont dans la direction que je soutiens et que soutiennent les vrais républicains.

  • Babastiz

    Bien sûr que nous le dénonçons, puisque c’est là le coeur même de la polémique et qu’il est inadmissible de penser qu’une personne qui est en ZEP et qui ne l’a pas choisi se retrouve alors pénalisé par son milieu social. Tu crois que l’argent rend plus intelligent ?
    La sélection est aussi dure pour les CEP que par le concours, seule la présence de la culture classique diffère, et c’est pour cela que le concours est une voie d’accès difficile pour qui ne l’a pas, et on ne récupère pas en un été de prépa ce que d’autres ont acquis en 18 ans d’éducation. Voilà pourquoi un moyen de sélection alternatif est nécessaire pour récupérer les meilleurs éléments là ou ils sont.

  • THUI

    ce qui est étonnant dans le discours de Descoings and Co, c’est leur ardente faculté à dénoncer les gens qui mettent avant l’argument « les ZEP n’ont pas le niveau et vont faire baisser le niveau ».

    Descoings de s’indigner : comment osez vous dire une chose pareille ! quel mépris de classe ! grands dieux ! quelle discrimination ! ils ont le même niveau ! c’est une richesse de notre pays !

    Dans ce cas, si chaque lycéen de zep qui dépasse les 15 de moyenne est un Descartes en puissance, pourquoi lui aménager une voie d’entrée spécifique ?

  • Babastiz

    ( désolé pour les deux commentaires, petit bug de mon navigateur )

  • Babastiz

    J’utilise le terme d’élite parce que c’est un fait social, les élites intellectuelles existent, pourquoi le nier ?
    Quand au fait qu’il FAILLE que la population des grandes écoles SOIT à l’image de celle de la société française, je le maintient, pas au pourcentage près, mais approximativement il n’y a pas de raison que ça ne soit pas le cas, il y a des personnes intelligentes dans toutes les couches sociales. Et j’attends avec beaucoup de curiosité la personne qui arrivera à me démontrer qu’il est normal que les population favorisées soient plus présentes, et surtout que cela soit justifié.

    Ensuite, je ne pense pas que les étudiants en lettres soient tous « incapables d’aligner trois mots », qu’il faille élever le niveau de nos facultés, je suis tout à fait d’accord. Mais finalement, le fait que l’on se « renvoie la balle », tu ne m’as pas prouvé que c’était faux. Je pense qu’il est utile de donner l’exemple, nous sommes une grande école, autant tirer les autres vers le haut en leur montrant que recruter les gens de façon différente ne fait pas baisser le niveau général.
    Quand aux 3/4 des bacheliers général, je n’ai pas l’impression que les 3/4 de mes amis bacheliers soient des crétins patentés, ou alors j’en suis un moi même. Et tant qu’il y a une sélection à l’entrée des grandes écoles, ça sera toujours les meilleur qui seront pris, je ne vois donc pas de problème de ce côté là.
    Et, je le répète encore une fois parce que ça n’a pas l’air d’être bien saisi, la CEP ne fait pas baisser le niveau. J’en ai assez d’entendre cela, « on nivelle par le bas ». Quels préjugés… Pour vous, une sélection adaptée à un niveau culturel différent de la culture classique est nécessairement plus facile ? Je trouve cette réflexion pertinente de la part de quelqu’un qui se gargarise avec l’égalitarisme républicain. Il faut arrêter de se voiler la face, nous ne payons pas les mêmes impôts, selon les revenus les enfants ne fréquentent pas du tout les mêmes écoles et on veut faire un concours adapté au seul milieu culturel et financier ( et là aussi je pèse mes mots ) des plus favorisés ? Là est la vraie hypocrisie, il faut autre moyen pour repérer les cerveaux des classes populaires qu’une sélection sur une culture classique qu’ils n’ont pas, autant la faire tant que l’enseignement secondaire ne sera pas réformé.
    Quand à l’argument des fils d’ouvriers il y a 25 ou 30 ans, il n’est même pas recevable, retourne voir tes statistiques, il n’y en avait pas. Avant Descoings, il y avait 90% des élèves de SciencesPo qui sortaient d’un milieu favorisé, il y en a maintenant nettement moins et le niveau n’a pas baissé. La CEP n’est pas un passe-droit. Et le programme « Une grande école, pourquoi pas moi ? » ne fonctionne pas, la preuve, il y a à peine 10% de boursiers en moyenne dans les grandes écoles. Le retard de tout une éducation avec de la culture classique est trop lourd à rattraper, c’est prouvé sociologiquement, ça s’appelle la détermination par le milieu social. Il faut donc comprendre simplement que si on a pas reçu de culture classique, c’est pas pour ça qu’on est plus idiot qu’un autre, mais par contre on est fortement handicapé pour le concours.
    Je ne parle pas de quotas, mais je pense que l’on peut réellement essayer de tendre vers plus de représentation sociale.

    Et enfin, il ne faut pas prendre le problème à l’envers. Si les élèves issus de CEP ne le revendiquent pas, c’est pas parce qu’il ont un problème avec ça, c’est parce que vous leur créez des problèmes avec ça. Vous les stigmatisez sans raisons puisque, vous le reconnaissez, ils sont très bon voir excellents. C’est donc que la CEP est un aussi bon moyen de sélection que le concours, qui ne donne pas de places au rabais. C’est donc bien la preuve qu’il est possible de diversifier les modes de sélections sans donner de passe-droit ( puisque le taux de pris par CEP est le même que celui par concours en terme de %age, alors qu’il est bien plus élevé pour les mentions très bien qui sont prises à 30% ).

  • Babastiz

    J’utilise le terme d’élite parce que c’est un fait social, les élites intellectuelles existent, pourquoi le nier ?
    Quand au fait qu’il FAILLE que la population des grandes écoles SOIT à l’image de celle de la société française, je le maintient, pas au pourcentage près, mais approximativement il n’y a pas de raison que ça ne soit pas le cas, il y a des personnes intelligentes dans toutes les couches sociales. Et j’attends avec beaucoup de curiosité la personne qui arrivera à me démontrer qu’il est normal que les population favorisées soient plus présentes, et surtout que cela soit justifié.

    Ensuite, je ne pense pas que les étudiants en lettres soient tous « incapables d’aligner trois mots », qu’il faille élever le niveau de nos facultés, je suis tout à fait d’accord. Mais finalement, le fait que l’on se « renvoie la balle », tu ne m’as pas prouvé que c’était faux. Je pense qu’il est utile de donner l’exemple, nous sommes une grande école, autant tirer les autres vers le haut en leur montrant que recruter les gens de façon différente ne fait pas baisser le niveau général.
    Quand aux 3/4 des bacheliers général, je n’ai pas l’impression que les 3/4 de mes amis bacheliers soient des crétins patentés, ou alors j’en suis un moi même. Et tant qu’il y a une sélection à l’entrée des grandes écoles, ça sera toujours les meilleur qui seront pris, je ne vois donc pas de problème de ce côté là.
    Et, je le répète encore une fois parce que ça n’a pas l’air d’être bien saisi, la CEP ne fait pas baisser le niveau. J’en ai assez d’entendre cela, « on nivelle par le bas ». Quels préjugés… Pour vous, une sélection adaptée à un niveau culturel différent de la culture classique est nécessairement plus facile ? Je trouve cette réflexion pertinente de la part de quelqu’un qui se gargarise avec l’égalitarisme républicain. Il faut arrêter de se voiler la face, nous ne payons pas les mêmes impôts, selon les revenus les enfants ne fréquentent pas du tout les mêmes écoles et on veut faire un concours adapté au seul milieu culturel et financier ( et là aussi je pèse mes mots ) des plus favorisés ? Là est la vraie hypocrisie, il faut autre moyen pour repérer les cerveaux des classes populaires qu’une sélection sur une culture classique qu’ils n’ont pas, autant la faire tant que l’enseignement secondaire ne sera pas réformé.
    Quand à l’argument des fils d’ouvriers il y a 25 ou 30 ans, il n’est même pas recevable, retourne voir tes statistiques, il n’y en avait pas. Avant Descoings, il y avait 90% des élèves de SciencesPo qui sortaient d’un milieu favorisé, il y en a maintenant nettement moins et le niveau n’a pas baissé. La CEP n’est pas un passe-droit. Et le programme « Une grande école, pourquoi pas moi ? » ne fonctionne pas, la preuve, il y a à peine 10% de boursiers en moyenne dans les grandes écoles. Le retard de tout une éducation avec de la culture classique est trop lourd à rattraper, c’est prouvé sociologiquement, ça s’appelle la détermination par le milieu social. Il faut donc comprendre simplement que si on a pas reçu de culture classique, c’est pas pour ça qu’on est plus idiot qu’un autre, mais par contre on est fortement handicapé pour le concours.
    Je ne parle pas de quotas, mais je pense que l’on peut réellement essayer de tendre vers plus de représentation sociale.

    Et enfin, il ne faut pas prendre le problème à l’envers. Si les élèves issus de CEP ne le revendiquent pas, c’est pas parce qu’il ont un problème avec ça, c’est parce que vous leur créez des problèmes avec ça. Vous les stigmatisez sans raisons puisque, vous le reconnaissez, ils sont très bon voir excellents. C’est donc que la CEP est un aussi bon moyen de sélection que le concours, qui ne donne pas de places au rabais. C’est donc bien la preuve qu’il est possible de diversifier les modes de sélections sans donner de passe-droit ( puisque le taux de pris par CEP est le même que celui par concours en terme de %age, alors qu’il est bien plus élevé pour les mentions très bien qui sont prises à 30% ).

  • mistermartoon

    Pour compléter ce que dit Romain sur les CEP, oui les élèves de Sciences Po sont majoritairement critique sur les CEP (mais en cachette pour ne pas choquer la bien-pensance). D’ailleurs, quiconque a un temps soi peu fréquenté les élèves issus de CEP sait pertinemment qu’ils sont bien peu, pour ne pas dire quasi inexistant, à revendiquer leur mode de sélection. Car même eux ont conscience d’avoir eu recours à un passe-droit et refusent que cela leur sert d’étiquette pendant toute leur scolarité. Etiquetage d’autant plus injuste qu’il stigmatiserait inutilement une partie de ces élèves au niveau très bon voir excellent qui auraient sûrement brillamment obtenu le concours s’il l’avaient passé comme tout le monde.

    La solution pour remettre à niveau les élèves défavorisés existent déjà. Elle s’appelle « Une grande école, pourquoi pas moi ? », les Classes Préparatoires aux Etudes Supérieures, la préparation sur Internet de la Documentation Française, etc…

  • pat

    Pas si polémique que ca finalement !
    te rejoins a fond sur « une grande ecole , pourqupi pas moi» et les prepas gratuites.
    Les quotas, je n’ai jamais été pour , ni concernant la mixité sociale, ni concernant la parité homme femme, ni la discrimination positive. Il me semble que le principe de quotas revient sur un principe de droit essentiel qui est le principe d’égalité …
    Et un systeme dont on voit ailleurs dans le monde, qu’il a de grosses limites (cf en Afrique du sud).
    J’ajoute par ailleurs, que ton parcours est exemplaire. et doit donner de l’espoir a tous. Yes , you did it !

  • Romain

    Je vais répondre point par point à Babastiz.

    C’est très louable de vouloir démocratiser l’enseignent. Tout le monde est d’accord là-dessus. Tu utilises toi-même le termes d’élites (que je n’ai jamais employé dans le billet, me paraît-il) ce qui indique que tu es favorable à leur pérennité.

    1. »Ce qu’on entend par quotas… ». Moi, ce que j’entends, c’est la signification du mot, qui a une valeur précise. Tu le dis d’ailleurs toi-même : il FAUT que la population SOIT… C’est un impératif catégorique. Pas de discussion possible ? Pas de conditionnel ? Alors tout le monde est d’accord ? Ce n’est pas ce que j’appelle un débat d’idée.

    2. « Mais au lieu de se revoyer éternellement la balle… ». C’est à la fois juste et erroné. Juste, parce que chaque niveau d’instruction se défausse, depuis trente ans, sur le niveau suivant, avec les résultats que l’on sait. Des étudiants en lettres incapables d »aligner trois mots, je trouve ça préoccuant, pardon.

    3. Et d’ailleurs, l’argument est inconsistant : un gouvernement, lorsqu’il aborde les problèmes par secteur, doit agir par ordre de priorités. Inutile d’oeuvrer pour la mobilité sociale si les 3/4 des élèves bacheliers (et je pèse mes mots, chiffres à l’appui) sont des crétins patentés. Le niveau des GE ne pourra que baisser.

    4. La conséquence LOGIQUE de ceci – peut-être n’ai-je pas été assez clair dans le billet – est JUSTEMENT que c’estau primaire et secondaire, dans un système républicain comme le nôtre, de combler les éventuelles lacunes culturelles créées par la différence de milieu social. Ce que tu prônes, Babastiz, porte un nom : LE NIVELLEMENT PAR LE BAS. C’est-à-dire que pour une raison X ou Y on aligne le niveau des concours sur les plus faibles (chose qu’on vient de faire pour les concors administratifs) et cela entraîne une baisse généralisée du standard.

    5. « ADAPTER LA SELECTION AU MILIEU CULTUREL DE L’INDIVIDU NE ME PARAIT PAS IMPENSABLE ». Là, c’est du délire qualifié. C’est tout simplement injuste. Pour tout le monde : comme je l’ai dit, et je le répète, les enfants d’ouvriers il y a vingt-cinq ou trente ans n’avaient pas besoin de passe-droits. Le passe-droit est quelque chose qui te suit toute ta vie.

    Je rejoins donc la position de nombreux syndicats qui proposent la mise en place de prépas gratuites. Il faudrait prendre exemple sur le programme « une grande école, pourquoi pas moi? » et l’étendre à l’ensemble des membres de la CGE (conférence des GE). Cela consiste à recruter les meilleurs éléments issus de milieux défavorisés et à les faire suivre une prépa très encadrée. Le retard (s’il existe) est vite comblé et les élèves sont prêts à passer le même concours que tout le mode ce qui, si tu permets, EST AUTREMENT PLUS GRATIFIANT.

    Une dernière chose : les GE aujourd’hui sont loin d’être des bastions réactionnaires. Mais elles risquent de le devenir si on impose manu militari l’abaissement du niveau à des fins démagogiques. Voir ScPo : tout le monde applaudit l’initiative CEP, mais j’ai parlé avec BEAUCOUP de personnes à ce sujet et un bon 80% est très critique et hypocrite sur ce sujet.

  • Babastiz

    Le terme de quotas est intervenu dans un débat qui est alors devenu de la pure démagogie, tout le monde appelle à grand cris notre République.
    Ce qu’on entend par quotas, c’est le fait qu’il faut que la population des grandes écoles soit à l’image de la population française, ce qui n’est, vous le reconnaîtrez, réellement pas le cas.
    On peut crier sur l’enseignement secondaire qui a les défauts qu’il a, mais au lieu de se renvoyer éternellement la balle, pourquoi ne pas agir à notre niveau ?
    Entendons-nous bien, les jeunes issus des milieux ouvriers ou du bas de la classe moyenne ne sont pas moins intelligents que ceux des milieux favorisés, ils ont seulement un déficit de culture classique dût justement à leur milieu et qu’une prépa hors de leurs moyens ne suffit pas à leur donner. Dans l’intérêt de la France, du renouvellement de ses élites et de la possibilité d’élévation sociale que nous chérissons, il me paraît évident qu’il faut aller chercher ces cerveaux, et comme le concours pétri de culture classique ne leur convient pas, il faut un mode de sélection adapté.
    Ceux qui se sont penché un peu sur les CEP pourrons admettre que la sélection est très difficile, et pas plus facile que le concours, quoi qu’on en dise. Cela permet de recruter les meilleurs jeunes issus de populations le plus souvent plus défavorisées que celles des beaux quartiers.
    Il est donc essentiel d’agir au niveau de l’enseignement secondaire, mais pour l’instant, je pense qu’il est aussi possible d’agir à notre niveau. Adapter la sélection au milieu culturel de l’individu ne me parait pas impensable. Ce qui est important, c’est que la difficulté du mode de sélection soit homogène.

  • Pol_K

    Bien joué R….

    Je réfléchissais justement, récemment, à l’opportunité de créer des classes d’excellence dans les lycées (et dès la fin du collège ?), ou quelque chose qui y ressemble du moins.

    C’est une solution, au fond, que je n’aime pas. Mais quand je vois l’accélération dramatique du processus que tu décris, suite à l’abolition de la carte scolaire (qui était certes très hypocrite, mais néanmoins respectée par une bonne partie des gens), je me dis qu’elle est préférable à l’enracinement de l’échec et de l’exclusion de principe dans certains quartiers, certaines villes, et parfois dans de plus grandes zones encore..

    http://www.modem-scpo.fr/post/2010/

  • mistermartoon

    Je tiens non seulement à féliciter l’auteur de ce texte pour son admission « dans les règles » à Sciences Po mais en plus pour la finesse de son analyse sur la politique démagogique du chiffre que constituent les quotas.

    L’homogénéité sociale que l’on retrouve aujourd’hui dans les grandes écoles est effectivement dû à l’effondrement du niveau des exigences de l’école de la République au niveau primaire et secondaire; et non pas au conservatisme fantasmé des grandes écoles. La véritable égalité des chances passe par une école donnant accès à une culture conséquente par sa quantité et surtout sa qualité; et non pas par une politique de discrimination envers ceux qui se bougent les fesses pour arriver à leur fin.

    Les défenseurs des quotas sont les idiots utiles du gouvernement actuel qui préfère une solution palliative de court terme plutôt qu’une réforme structurelle de long terme. Il faut dire que les réformes à long terme ne sont pas très payantes sur le plan électoral.