Et après ?

Pascal Thibaut, l’histoire d’un correspondant outre-Rhin

__ Pascal Thibaut en quatre dates:

  • 1986: Intégration à Sciences Po
  • 1988: Intégration au CFJ
  • 1990: Installation à Berlin en tant que pigiste
  • 1997: Devient le correspondant à Berlin pour RFI

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Depuis la fin de ses études secondaires, Pascal Thibaut le savait : plus tard il serait journaliste. Après une année de licence en droit à Dijon, il entre à Sciences Po avec l’idée de ne faire qu’y passer. Sa véritable ambition ? Poursuivre ses études dans une École de journalisme. Il intègre ainsi le prestigieux CFJ (Centre de formation des journalistes) en 1988 après deux années passées à étudier la « Politique économique et sociale » à Sciences Po. A cette époque, pas question de master de journalisme, les masters eux-mêmes n’existaient pas. Sciences Po durait alors trois ans, deux dans le cas où une année à l’université avait été suivie auparavant.

Thibaut-phoenix__1_.jpgEn 1990, son diplôme en poche, Pascal Thibaut s’installe à Berlin un an à peine après la chute du mur, alors que l’Allemagne est en pleine réunification. Pourquoi ce choix « Il y avait une part de hasard. Et peut-être quelque chose d’un peu plus prévisible ». Explications. Durant l’été 1990, Pascal Thibaut travaille pour la Croix au service étranger. Guidé par un ami, il remporte peu après le prix de journalisme Jacques Julliard, réussite qui s’accompagne d’une bourse confortable pour partir en Allemagne. Baigné dans un environnement franco-allemand pendant son enfance, Pascal Thibaut avait déjà noué des liens étroits avec l’Allemagne lors de multiples échanges et n’hésite pas longtemps. Parfaitement germanophone, avide d’assister de plus près au rapprochement Est-Ouest à l’œuvre en Allemagne, il porte son choix sur Berlin, véritable « laboratoire de la réunification ». Il s’envole donc pour la capitale allemande avec l’idée d’y passer un an. Vingt-deux ans plus tard, il y vit toujours.

Malgré tout, la métropole culturelle allemande semble ne jamais l’avoir lassé. En arrivant à Berlin en 1990, Pascal Thibaut est un journaliste indépendant, déterminé à se démarquer de la foule des pigistes parisiens qu’il vient de laisser derrière lui. A Paris, les multiples démarches engagées n’avaient abouti qu’à peu de résultats. A Berlin, Pascal Thibaut ne tarde pas à se faire sa place en tant que correspondant pour La Croix, le correspondant germanophone du journal étant situé à Bonn. Depuis la nouvelle capitale allemande, il suit et commente l’évolution de l’ex-RDA pour la presse française. De rencontres en rencontres, il se fait alors des contacts, se construit des repères, au point qu’au terme de son année de bourse, dans la capitale allemande, il décide d’y rester. Quelque temps plus tard, en 1997, il décroche un contrat chez RFI en tant que correspondant à Berlin, contrat régulièrement renouvelé. Après avoir travaillé au sein de la rédaction allemande pendant plus de sept ans, il remplace un collègue parti à la retraite en 2004, au sein de la rédaction française cette fois. Sa mission ? Suivre l’actualité allemande à la loupe et coordonner les pigistes. Si RFI lui fournit l’essentiel de son activité professionnelle, Pascal Thibaut a également écrit pour Le Monde Diplomatique, ou plus récemment pour la Croix en tant que correspondant allemand. Cependant, ces missions auprès d’autres maisons de presse demeurent rares. Parfois, il intervient pour la télévision allemande, endossant le rôle du « Français qui donne son avis sur la vie allemande » ou sur l’actualité brûlante française.

Sciences Po, eu égard aux deux années dans la prestigieuse école de journalisme du CFJ et de toutes ces années passées à l’étranger, pourrait presque apparaître comme un détail. Mais à la question de l’influence qu’a eu Science Po sur son parcours professionnel, Pascal Thibaut évoque d’emblée l’importance des connaissances acquises durant ces deux années. Sciences Po a eu un rôle. D’abord parce que la section «Politique économique et sociale », consacrée aux sciences sociales, m’a permis de recevoir une formation large et diversifiée, particulièrement utile pour travailler en tant que journaliste ». L’école, à travers l’organisation de séminaires sur l’Allemagne, a également contribué à consolider ses connaissances sur un pays qui l’intéressait. Par-dessus tout, Sciences Po, c’est l’acquisition d’une capacité à travailler vite, à s’organiser, à assimiler tout un ensemble de connaissances qu’il faut ensuite assembler, synthétiser, restituer, de façon à en tirer selon son expression la « substantifique moelle », une compétence évidemment indispensable à un journaliste.

Son meilleur souvenir au sein de l’école ? Il lui faut quelques efforts pour le faire remonter à la surface : « Ce n’est certainement pas très original, mais il y avait le jeudi soir une sorte de conférence sur l’actualité faite par Alfred Grosser (ndlr: politologue, sociologue et historien français d’origine allemande), qui donnait son grain de sel sur l’actualité ». Le souvenir de cet homme charismatique, professeur émérite, reste ancré dans la mémoire de Pascal Thibaut, déjà friand d’actualité et passionné par l’Allemagne.

Dans tous les esprits, journalisme rime avec aventures, prise de risques, rencontres et péripéties. Qu’en est-il de Pascal Thibaut ? Notre journaliste se remémore des rencontres marquantes. Au début, c’était certainement plus spectaculaire, plus … turbulent, même si ce n’est pas le mot exact ». Un exemple ? Une rencontre « quasiment conspirative » avec un responsable de l’ex-droite néo-nazie allemande qui avait coupé les ponts avec le parti, désormais pourchassé par ses anciens collègues qui « voulaient sa peau ». Ou encore un reportage pour Canal +, en caméra cachée, dans un repère néo-nazi: « Autant dire que nous n’étions pas vraiment à notre aise… Mais il ne fallait pas le montrer! ». Enfin, le souvenir d’un trajet en voiture le soir, avec un ami « pour ne pas être seul », afin de se rendre dans un centre de demandeurs d’asile, entouré par des habitants carrément xénophobes. __ Quant aux qualités essentielles pour devenir journaliste, Pascal Thibaut évoque tout d’abord la patience et l’importance d’être flexible. Mais il le reconnaît, les plus belles qualités ne suffisent pas toujours. « Il faut accepter les années de vache maigre. On pense souvent aux grands noms du journalisme aux comptes bien garnis. Mais les premières années sont des années de galère ». L’éternel refrain d’un univers journalistique saturé ne manque pas de faire son retour: « Autrefois, il y avait plus de perspectives professionnelles ». Certes. Cependant, Pascal Thibaut ne s’en tient pas là. Bondir sur les opportunités, faire preuve d’ouverture d’esprit, tels sont ses mots d’ordre. Si une occasion inédite se présente, si un intérêt particulier pour un pays se manifeste, il ne faut pas laisser passer sa chance. Aujourd’hui, l’internationalisation de Sciences Po ouvre des perspectives uniques pour partir travailler à l’étranger. Pascal Thibaut est formel, une carrière professionnelle à l’étranger apporte une plus-value non négligeable, qui intéresse fortement les rédactions et les médias audio-visuels qui s’adressent à un public par-delà les frontières__. La connaissance pratique du terrain et la maîtrise d’une langue étrangère constituent un avantage évident par rapport à la foule de pigistes « sur la place de Paris »: « Partir à l’étranger est une façon de se démarquer par rapport aux milliers d’autres ».

Et Pascal Thibaut, étudiant à Sciences Po, ça donnait quoi ? « Sans avoir le mot juste, et l’expression est encore trop flatteuse, j’étais sûrement un étudiant… un peu trop dans ses bouquins. ». Un « rat de bibliothèque » ? Un « étudiant studieux », si vous préférez.

Bon ben … On y retourne ?

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