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Pierre Gattaz à Sciences Po : « Libéral, ce n’est pas un gros mot »

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Pierre Gattaz en conférence à Sciences Po, le 31 janvier 2017 (Crédits : Carmen Geffriaud)

Pierre Gattaz de retour à Sciences Po. Deux ans après sa visite à l’incubateur de start-ups, le président du Medef a répondu hier soir à l’invitation de 27 Investment Club, association d’investissement de Sciences Po créée à la rentrée 2016. « Pierre Gattaz est un acteur incontournable du paysage économique français (…). Naturellement, 27 Investment Club s’est tourné vers ce personnage à cheval entre le secteur privé et public », explique le président de l’association, Romain Renard.

Péniche entièrement évacuée avant l’événement, camions de police garés rue Saint-Guillaume, retransmission vidéo de la conférence refusée à 27 Investment Club et La Péniche… Cet événement de rentrée était en effet placé sous haute surveillance.

Les étudiants venus assister à la conférence sont finalement entrés dans le calme. Ni banderole, ni blocus n’ont empêché Pierre Gattaz de s’asseoir à la tribune de l’amphi Boutmy, vers 19h45.

« Je suis libéral car j’aime la liberté » 

Accueilli par Romain Renard, président du 27 Investment Club, Pierre Gattaz a vu son portrait dressé avec ironie et force allitérations par le 4A Nicolas Sironneau : « Des yeux rieurs, un visage sympathique, une entreprise à 300 millions de chiffre d’affaires par an (il est PDG du groupe Radiall, NDLR)… Tout chez vous incarne la légèreté et la douceur. Jusqu’à ce petit détail qui me plaît : sourire ravageur ravi d’aviser mes désirs ravagés. » Le président du Medef a souri…et applaudi.

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Pierre Gattaz pendant le discours de Nicolas Sironneau (Crédits : Carmen Geffriaud)

Il s’est ensuite expliqué sur l’adjectif « libéral » qui lui est souvent attribué : « Je suis toujours très gêné quand on me dit que je suis un « libéral. » Pour moi ce n’est pas un gros mot. Je suis libéral car j’aime la liberté. » Selon Pierre Gattaz, « libéral est neutre dans tous les pays du monde, mais il a une connotation en France », ajoutant plus tard : « l’ultra-libéral, ce n’est pas ma « cup of tea ».

Interrogé par un étudiant du public sur les conditions de vie des salariés, Pierre Gattaz a indiqué : « Une entreprise qui maltraite ses salariés, ça ne marche pas. Quand vous avez des salairés, il faut qu’ils soient le plus heureux possible. » Sur l’environnement, il a affirmé : « il faut arrêter de polluer. Les solutions propres viennent des entreprises. Les entreprises ont la plupart des solutions aux problèmes de demain », invitant le parterre d’étudiants à « leur faire confiance ».

« Le problème numéro un de la France, c’est le chômage de masse » 

Le président du Medef a rappelé son objectif principal : le plein-emploi. « Le problème numéro un de la France, c’est le chômage de masse. » Interrogé sur les « perdants de la mondialisation » par Martin Chellet, en 4A, et Irina Kratz, en 5A, Pierre Gattaz a dit vouloir « que la France reprenne confiance en elle. »

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Pierre Gattaz à la tribune de l’amphithéâtre Emile Boutmy (Crédits : Carmen Geffriaud)

« Le plein-emploi, ça passe par la croissance. En France, il y a des quartiers qui se désertent, des entreprises qui partent, des populations qui se sentent abandonnées. » Avant d’esquisser un plan d’action aux allures de programme politique : « Le Medef travaille pour mettre de l’emploi dans les territoires : fibre-optique, télétravail, entreprenariat… On essaie de redynamiser nos territoires. »

Pierre Gattaz a assumé le fait d’avoir « accompagné » le « Pacte de responsabilité » de François Hollande, dispositif de baisses de cotisations patronales et de réductions fiscales pour les entreprises. « Dans les cinq dernières années, on a vu un virage entreprenarial de la part d’un gouvernement socialiste. J’ai applaudi Manuel Valls quand il a dit « j’aime l’entreprise ». » Mais le président du Medef a rapidement tempéré son discours : « La politique économique de la gauche au pouvoir manque de cohérence. » Et de citer le « compte personnel de prévention de la pénibilité« , un « dispositif ubuesque, inapplicable » selon le « patron des patrons ».

« Le programme de Fillon correspond à nos attentes. Après, il faut l’expliquer » 

A moins de trois mois de la présidentielle, Pierre Gattaz a refusé de livrer sa « préférence » pour un candidat : « Je ne vois pas de rêve, je ne vois pas de vision dans les programmes. » Avant d’ajouter : « le programme de François Fillon correspond à nos attentes. Après, il faut l’expliquer. » 

Le président du Medef « attend une cohérence dans le programme » du candidat Emmanuel Macron, auquel il reconnaît des qualités : « c’est quelqu’un de très agréable et de très intelligent, que j’apprécie par ailleurs. » 

Mais la proposition du revenu universel de Benoît Hamon n’a pas sa faveur (« c’est un discours de résignation terrible »), ni les programmes économiques de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, « absurdes et dangereux pour la France ». Hier soir à Sciences Po, Pierre Gattaz était presque en campagne.

Après la conférence, Pierre Gattaz à répondu aux questions de La Péniche en direct sur Facebook.