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« Pour Juppé, le premier round a été réussi »

Cyril Courson et Julien Peres

Cyril Courson et Julien Peres

Anciens collaborateurs parlementaires, férus de marketing, de numérique et de nouvelles technologies, Cyril Courson et Julien Peres ont co-fondé l’Agence Wefluence à la rentrée 2014. Ils accompagnent aujourd’hui élus, collectivités, institutions publiques et entreprises dans la définition et mise en oeuvre de leur stratégie de communication digitale.

Passionnés aussi bien par la communication de campagne que par la communication publique, ils scrutent en permanence les dernières innovations en la matière des start-up, en France comme à l’étranger.

Chaque mois, ils décryptent l’actualité de la communication politique pour La Peniche.  

Selon un récent sondage, Nicolas Sarkozy ne fait plus la course en tête chez les sympathisants de droite en vue de la primaire: le président de l’UMP s’est effondré de 27 points parmi les sympathisants de la droite, passant de 52 % à 25 %. Ou est-ce que le bât blesse en terme de communication politique pour Nicolas Sarkozy ? 

Cyril Courson : Sa communication est  parasitée par plusieurs éléments. D’un point de vue général, depuis son élection à la tête de l’UMP, il ne bénéficie plus entièrement de l’effet positif de sa stature d’ancien président qui lui conférait une aura bien supérieure à ses concurrents. En tant que président de l’UMP, il est aujourd’hui considéré, à juste titre, comme un chef d’opposition.  

Il a été très présent dans les médias ces dernières semaines, ce qui provoque un effet de saturation et par conséquent son audience diminue tout comme le poids de sa parole. La défaite de l’UMP à l’élection législative partielle dans le Doubs ainsi que le cafouillage sur la consigne de vote au second tour contribuent à écorcher son image. Son retour dans les bonnes grâces des français passera par une victoire nette aux prochaines élections départementales et régionales, par sa capacité à proposer un projet ambitieux pour la France et par la maitrise de son image. Ce dernier point implique une prise de hauteur, qui passe par une réduction de sa présence médiatique.

« L’ancien président est asphyxié politiquement, son problème est avant tout un problème de positionnement au sein de sa famille. »

Julien Peres : L’ancien président est asphyxié politiquement, son problème est avant tout un problème de positionnement au sein de sa famille. Il a mis un terme à la ligne « Buisson » perdant l’électorat de la droite de la droite, et se retrouve désormais cerné au centre droit par Alain Juppé et Bruno Le maire. Il n’a donc plus de stratégie audible car il manque de fond et communique sur des artefacts.

On a pu voir l’illustration de cette faiblesse de l’élection législative partielle dans Doubs. En cherchant à faire OPA sur ce qui sortirait du bureau politique pour se présenter comme le rassembleur de la droite, il a tout simplement oublié de prendre une position nette là ou Alain Juppé, NKM ou encore Laurent Wauquiez se sont exprimés clairement. On en a retenu qu’une seule chose : « Je n’ai pas d’idée, pas de message, mais je vais tenter de vous synthétiser parce que je suis le leader ». Plus aussi charismatique, il entre dans un problème inhérent aux chefs de partis qui ne sont plus des figures tutélaires, à savoir comment se démarquer tout en rassemblant… Sa communication va devoir être désormais chirurgicale.

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A l’inverse, l’homme fort du moment, c’est Alain Juppé qui fait un sans faute et qui est favori des sondages en vue de la primaire. L’ancien premier ministre s’exprime rarement, pèse ses mots et privilégie des déplacements en province sans journalistes. Le meilleur communicant, c’est celui qui communique le moins ? 

Cyril Courson: Deux écoles s’opposent sur cette question : celle qui prône l’omniprésence médiatique pour ne pas abandonner le terrain à ses concurrents et imprimer son message auprès de son audience; et celle qui repose sur la suscitation du désir provoquée par la rareté de la parole. Alain Juppé a clairement fait le choix de la maitrise de sa parole, accompagnée d’une stratégie de différenciation par rapport à son principal rival Nicolas Sarkozy. 

Dans le cadre d’une primaire ouverte, Alain Juppé est conscient qu’il doit rassembler très largement s’il veut avoir des chances de l’emporter. Lors de ces sorties médiatiques, ses messages s’adressent donc aux électeurs de la droite modérée, aux centristes et aux déçus du hollandisme. 

« Alain Juppé se donne une image nouvelle. Qui aurait cru qu’ à 69 ans il allait commencer une carrière de communicant ! »

Julien Peres : Alain Juppé se donne une image nouvelle. Qui aurait cru qu’ à 69 ans il allait commencer une carrière de communicant ! Si il ne peut pas encore trop s’exposer encore sur son programme, il n’en a pas moins travaillé la forme de manière intelligente et par petites touches. Il incarne pour l’instant la figure paternelle mais se sert minutieusement de la presse et du web pour se repositionner.

Deux couvertures ont fait parler d’elles fin 2014 : celle des Inrockuptibles et celle de GQ tant elles dissonaient avec l’ancienne image du maire de Bordeaux. Modéré, expérimenté, chiraquien, mais pas has-been : le premier round a été réussi.  Il amorce désormais depuis fin janvier la longue route vers la primaire 2016 avec des premières entrevues de fond. La longue interview qu’il a donnée au Figaro magazine ou à Sud-Ouest en sont l’illustration, et a laissé entrevoir une esquisse de programme. 

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Bruno Le Maire, Laurent Wauquiez, François Baroin, Xavier Bertrand, NKM : tous les quadras de l’UMP sont aussi dans les starting-blocks pour 2016. A votre avis, parmi eux, qui est le meilleur communicant ?  

Cyril Courson : Parmi les 4 personnalités citées, Bruno Le Maire et NKM se détachent du lot. Le 1er a gagné en notoriété grâce à sa forte médiatisation et sa campagne réussie basée sur le renouvellement de génération lors de l’élection pour la présidence de l’UMP.

La seconde est entrée dans une nouvelle dimension suite à sa campagne moderne et digitale pour la mairie de Paris en 2014 et plus récemment  avec sa nomination à la vice-présidence de l’UMP. Elle apparait comme une personnalité politique singulière à droite, qui n’hésite pas à s’opposer à son parti sur certains sujets comme la position à adopter vis-à-vis du FN ou encore le mariage pour tous et utilise aussi bien les médias traditionnels que les réseaux sociaux, notamment Twitter, pour faire passer ses messages.

« Elle apparait comme une personnalité politique singulière à droite, qui n’hésite pas à s’opposer à son parti sur certains sujets comme la position à adopter vis-à-vis du FN »

À l’affût du buzz, l’ancienne ministre de l’Ecologie a été capable de manière culotté de proposer à Anne Hidalgo d’organiser une virée nocturnes avec journalistes de Fox News dans les quartiers incriminés par CNN (suite au reportage sur les « no-go zones »), pour les faire changer d’avis, plutôt que de les poursuivre en justice.

Julien Peres : Laurent Wauquiez a une stratégie politique osée : il tente de reprendre l’ancien socle électoral de Nicolas Sarkozy. Sa communication s’appuie en grande partie sur les médias traditionnels, et elle semble avoir eu un écho auprès du grand public : nul n’ignore qu’il est désormais à la droite de la droite, c’est le seul qui est associé aujourd’hui parmi les 4 cités à des marqueurs forts ! Il aura suffit de 2 ou 3 sujets clivants pour que le message passe. En revanche, si il a trouvé une stratégie globale et que ses prises de position semblent désormais connues, il manque cruellement d’espace médiatique, et ne s’impose plus comme le chouchou des médias qu’il avait été lorsqu’il fut jeune trentenaire.

À contrario, sur le web, c’est Bruno Le Maire qui se démarque à droite. Il est le seul à faire pour l’instant des questions/réponses en direct de façon régulière sur twitter, et est actif sur des réseaux sociaux moins usuels tel que « Vine », là ou d’autres ne se contentent que d’être présents. Son problème reste en revanche sa consensualité, en ne prenant pas de positions risquées, il ne se démarque pas de ses concurrents à droite et occupe le même espace qu’Alain Juppé ou NKM.

Screenshot 2015-04-11 at 16.23.44Dans la même catégorie : « Comment les juppéistes préparent la primaire à Sciences Po«   Dans les journaux, dans les radios, sur les plateaux, il est partout. Depuis la rentrée, ce que les médias ont baptisé la « Juppémania » envahit les rédactions et les conversations. Phénomène de mode ou réel élan politique, le nom de l’ancien premier ministre est sur toutes les lèvres. Et à SciencesPo aussi … Lire la suite.

  • Alain Juppé : je suis assez d’accord sur le fait qu’il pratique « la rareté de la parole » et qu’il ne sature pas l’espace médiatique, loin s’en faut! « Modéré, expérimenté, chiraquien, mais pas has-been  » et surtout ne briguant qu’un quinquennat ce qui pourrait à terme calmer les ardeurs frénétiques des présidentiables déjà sur les starting-bocks tout en les incitant à faire de vrais choix politiques plutôt qu’à vendre des programmes…