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Mais qui sont les jeunes pousses de la politique sciencepiste ? (1/2)

Ils sont jeunes, ils sont en première année à Sciences Po et déjà engagés dans une des nombreuses sections politiques de l’école. Têtes d’affiche politiques de la promo 2019, vous les avez forcément vus en péniche, tracter, tenir une table, discuter, et tout laisse à penser que vous les verrez encore pendant quelques années. Voici la première série de nos portraits des jeunes pousses de la politique sciencepiste.

Omar Ben Abderahmen (UMP)

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Omar Ben Abderahmen. Photographie : Capucine Personnic.

Etais-tu engagé avant d’entrer à Sciences Po?

J’ai été engagé à l’UMP un an avant d’entrer à Sciences Po, je militais dans mon département, dans ma ville du Puy en Velay en Haute Loire.

Quels ont été les temps forts de ton année ?

Déja l’entrée à Sciences Po : moi je viens d’un lycée en milieu rural, j’étais complètement surpris par le melting pot extraordinaire qu’il y a ici.  

Au niveau politique, j’ai eu de nombreux moments forts : le grand moment politique de mon année, c’est quand j’ai été reçu, avec l’association Touche pas à ma bourse, je la mérite, dont je suis un des principaux responsables, par Nicolas Sarkozy. C’était vraiment un grand honneur d’être reçu par l’ancien président de la République, que je soutiens en plus dans la période actuelle : c’était un vrai moment fort.

Quelques mots sur les syndicales?

Un syndicat permet de souder les liens. C’est ça que j’aime en politique, que ce soit à l’UMP Sciences Po ou à l’UNI Sciences Po, c’est que l’on est vraiment une vrai famille. Quand quelqu’un a un problème il peut compter sur les autres et vice versa. La politique c’est aussi ça.

Qu’est ce que ça fait d’être de droite dans une école de gauche?

Et bien au début ça fait un peu bizarre. Surtout qu’ici c’est la vrai gauche quand même, je dis pas tous, mais beaucoup sont de la vraie gauche. Après ça te motive, ça te pousse sans cesse à chercher de nouveaux arguments, à convaincre toujours, et d’un point de vue intellectuel c’est très intéressant. Et puis au moins, on ne s’ennuie pas. Il y a  tout le temps des choses à faire quand on est de droite à Sciences Po.

D’autant que Sciences Po n’est pas non plus sectaire : l’UMP Sciences Po est la première association politique de l’école, la première association reconnue, et l’UMP Sciences Po a fait vraiment un très bon travail, un travail de fond. Donc je pense qu’être à droite Sciences Po ce n’est pas la même chose en 1968 qu’en 2015.

Quels sont tes projets au sein de la section UMP pour l’année prochaine?

Développer le pôle formation à l’UMP Sciences Po, qui n’est peut être pas assez travaillé et pourquoi pas une visite de l’Assemblée nationale, d’autres associations le font, je pense que c’est une bonne chose pour faire venir les étudiants de 1A.

Omar Ben Abderahmen avec Nicolas Sarkozy

Omar Ben Abderahmen avec Nicolas Sarkozy

Quelles sont les qualités importantes selon toi pour faire de la politique?

Avoir des capacités intellectuelles, être capable de réfléchir, ne pas être sectaire, aller à la rencontre des gens. Et la deuxième chose c’est la passion, la foi d’être sur le terrain, de tracter. Le tractage c’est la base, je ne conçois pas la politique sans être un peu sur le terrain. C’est bien de faire Sciences Po, l’ENA et d’être parachuté, mais moi c’est à l’opposé de ma conception de la politique. La politique c’est d’abord les tripes, il y a la raison, les capacités, mais c’est d’abord les tripes. Si on a envie, on peut tout faire.

Quels sont les trois mots que tu choisirais pour décrire tes valeurs?

Le terrain, le mérite et l’honnêteté.

Tu comptes rejoindre le bureau l’année prochaine ?

Ce n’est pas moi qui décide. Et moi je ne fais pas de la politique forcément pour les places. Mais je pense que le système de renouvellement du bureau de l’UMP est très bien, c’est un système qui récompense les 1A selon une seule chose : le mérite. Si le bureau me juge apte à être vice-président, bien évidemment j’accepterai cela, avec plaisir, pour agir. Mais s’il ne me propose pas je ne serai pas forcement déçu, je continuerai à militer dans tous les cas. Je ne pense pas à ça matin midi et soir.

Tu ne penses pas à ça en te rasant?

(rires) Certainement pas ! Si on s’engage en politique, c’est aussi pour ne pas ressembler aux anciens !

Lucile Bourre (MJS)

Lucile Bourre

Photographie : Capucine Personnic.

 

Parle-moi de ton parcours, étais-tu engagée avant de rentrer à Sciences Po par exemple?

Oui j’étais engagée avant d’entrer à Sciences Po, je suis entrée au MJS en juin 2012, lorsque j’étais en seconde, donc assez tôt. (…) J’ai d’abord milité pour la campagne des législatives avant d’aller à l’université d’été. Puis j’ai coordonné mon équipe dans le 7ème et et le 15ème arrondissement, j’ai été coordinatrice d’équipe pendant trois mois et maintenant je suis au collectif fédéral à Paris. 

Pourquoi avoir choisi le MJS?

Si je suis au MJS et pas au PS ou dans un autre parti , c’est que précisément pour moi, le mouvement, comme il n’a pas de visées électorales, a pour but de réfléchir et de proposer un projet de société et des idées alternatives. C’est plus ce format là qui me plaît justement, le fait de ne pas être une machine à gagner des élections que tu réactives quand tu es en campagne. Je préfère la perspective qui consiste à travailler son argumentation politique, à porter un projet sur le long terme. 

Qu’est-ce que tu penses de la vie politique sciencepiste ?

Le problème de cette école, c’est qu’il faut la repolitiser. J’ai l’impression que lorsque je m’adresse à des sciences pistes, je tombe souvent sur des gens qui n’ont pas pris le temps de la réflexion politique.

Quelles sont selon toi les qualités à avoir pour militer et pour “faire de la politique”? 

Je sais pas si c’est une qualité, mais je pense qu’il faut être un minimum idéaliste, surtout quand tu es jeune. Les vieux viendront toujours te dire “ce que tu veux faire c’est pas réaliste, ça n’arrivera jamais” et je pense que nous en tant que militants, en particulier en tant que jeunes, c’est une qualité pour nous de pouvoir penser en dehors du modèle des adultes, des politiques, de pouvoir leur proposer des choses alternatives auxquelles ils n’auraient pas forcement pensé par eux-mêmes. 

Quels sont les trois mots que tu choisirais pour représenter ce en quoi tu crois? 

Egalité, justice, avenir. 

Pourquoi militer, pourquoi faire de la politique, surtout aussi tôt, et penses-tu continuer après Sciences Po? 

J’ai commencé tôt parce que j’ai besoin d’exprimer mes convictions, j’ai besoin d’en parler, j’ai besoin de convaincre les gens. Quand j’ai commencé  je ne pouvais pas aller voter, donc je suis dit que j’allais envoyer les autres voter à ma place.

Maintenant je continue parce que je pense que j’ai affiné mon raisonnement politique et je pense que la politique, une fois que tu y es entré, c’est très compliqué d’en sortir. Même si je  ne veux pas forcément en faire ton métier, je pense que j’aurais énormément de mal à m’arrêter de militer simplement parce que c’est un peu comme tout : au début tu le fais en dehors de tes cours, en dehors de tes hobbys, quand t’as le temps. Ensuite ça devient ton hobby. Et après ça devient tes cours. 

Christine Samandel (UDI)

Christine Samandel. Photographie : Capucine Personnic.

Christine Samandel. Photographie : Capucine Personnic.

Est-ce que tu étais déjà politiquement engagée avant d’entrer à Sciences Po ?

Le problème c’est qu’en Corse, l’UDI est inexistante, donc je me suis encartée en juin dernier seulement, même si auparavant je suivais ça avec beaucoup d’attention, j’allais aux meetings quand je venais à Paris. Mais c’était compliqué car pour moi l’engagement politique ne peut pas se baser que sur l’envoi de messages par internet, il faut vraiment avoir une expérience de militantisme. (…) Quoiqu’il en soit je savais qu’en venant à Paris l’année suivante, je m’investirai pour l’UDI.

Tu milites pour l’UDI mais aussi pour le MET, pourquoi avoir fait ce choix?

Déjà, je rappelle je rappelle que l’UNI-MET à Sciences Po était historiquement centriste puisque c’est Pierre Bornand qui a dirigé le syndicat il y a quelques années. Et puis je connaissais Léo Castellote, responsable de l’Uni Met Sciences Po, avec qui on ne se rejoint pas sur toutes nos idées politiques, loin de là, c’est pour ça qu’il est à l’UMP et moi à l’UDI. On est vraiment assez opposés sur de nombreuses questions. Mais je rejoins sa conception de la méritocratie et j’apprécie cette forme de militantisme syndical qu’on ne retrouve pas dans les partis, mais plus dans les organisations comme l’UNI-MET ou l’UNEF. 

Bien entendu, je ne rejoins pas du tout le programme national de l’UNI, mais sur des questions étudiantes spécifiques à Sciences Po je pense que l’on peut additionner nos différences. La méritocratie et le programme que l’on a défendu sont des points qui me correspondent totalement. 

Jean Christophe Lagarde aux côtés de Marine Denis, présidente de l'UDI Sciences Po et Christine Samandel, responsable du pôle Conférences.

Jean Christophe Lagarde aux côtés de Marine Denis, présidente de l’UDI Sciences Po et Christine Samandel, responsable du pôle Conférences

Quel est ton rôle au sein de la section et quels sont tes projets?

Cette année j’ai géré le pôle conférence : lorsque les membres du COMEX avaient un invité, c’est moi qui m’occupait du choix des thèmes, de la logistique, des descriptifs, mais je travaillais aussi avec le pôle communication. Et puis au fur et à mesure de l’année la présidente Marine Denis m’a fait de plus en plus confiance, et m’a permis de travailler sur d’autres projets, (…) notamment un micro trottoir en novembre avec Antoine Gastinel, le trésorier de l’Udi Sciences Po. Je pense que c’est important de toucher un petit peu à tout. 

Pour l’année prochaine, je suis candidate à la présidence de la section. Présider une section politique en deuxième année, c’est un challenge. Mais je ne manque pas d’expérience. Je ne serai pas présidente pour un poste, pour un titre, pour être déconnectée de la base militante. Si je suis présidente, je dirigerai la section de manière collégiale, en contact permanent avec les militants, en ayant en permanence à l’esprit la volonté de créer une dynamique de groupe et une synergie collective. Je veux que l’UDI Sciences Po devienne une vraie association de sciences-pistes mobilisés, soudés, avec un véritable esprit de groupe, avec une dynamique interne où chacun se sente libre de porter ses projets !

Quelles sont selon toi les qualités à avoir pour faire de la politique?

L’engagement à toute épreuve, le respect des autres et l’honnêteté . Ce n’est pas forcement ce que l’on observe en politique, mais l’honnêteté est fondamentale pour moi. Ensuite on voit qui est méritant, disons que pour une section par exemple, ce n’est pas ceux qui font des coups bas qui gagnent toujours. Il y a un bilan qui permet d’avoir une légitimité. Mais avant tout, pour s’engager il faut être passionné : que l’on soit en politique ou dans le milieu associatif, le plus important, c’est d’être passionné, de pouvoir aller au fond des choses. Si on a ça, on peut créer une dynamique et générer chez les autres le même élan. 

Séraphin Elie (PS)

Photographie : Capucine Personnic

Photographie : Capucine Personnic

Etais-tu engagé avant d’entrer à Sciences Po?

Non je n’étais pas vraiment engagé avant d’entrer à Sciences Po : j’avais un peu milité lors des municipales pour une liste de rassemblement de la gauche PS-EELV-PCF sur laquelle mon père était présent. Mais je suis bien le premier de la famille à avoir franchi l’étape de l’adhésion à un parti lors de mon entrée à Sciences Po !

Quel est ton rôle au sein de la section Jean Zay ?

Au premier semestre, j’ai fait beaucoup de tenue de table en Péniche, puis un membre de la section a quitté le bureau pour aller militer dans une section d’arrondissement donc j’ai eu l’occasion de rentrer au bureau où je suis aujourd’hui responsable de la mobilisation.

J’ai notamment coordonné la campagne des départementales durant laquelle nous sommes allés militer dans le 93 pour soutenir une ancienne élève de Sciences Po, conseillère régionale et candidate au conseil départemental de Villetaneuse. Elle a été élue et est aujourd’hui vice-présidente du conseil départemental.

Quels sont tes projets pour l’année à venir ? Est-ce que tu souhaites ramener plus de monde aux évènements ? 

Oui! Nous avons vraiment des difficultés à faire venir du monde, c’est une situation que l’on retrouve dans beaucoup de partis. L’UMP y arrive encore car ils arrivent à avoir des noms sur leurs évènements. Nous on a essayé de privilégier les débats de fond, sans forcément inviter des personnalités, afin de ne pas annihiler le débat avec les invités. Notre débat sur la formation professionnelle n’a pas forcément eu un grand succès mais il était passionnant.

C’est paradoxal d’avoir du mal à mobiliser alors que Sciences Po est une école de gauche !

Je pense que nous avons beaucoup de sympathisants et les scores de l’UNEF montrent que l’école est plutôt à gauche. Mais on a un peu de mal à déplacer les gens pour nos évènements. Sans doute parce qu’il y a beaucoup d’associations de gauche, ce qui complique les choses pour mobiliser.

Nos adhérents sont aussi très impliqués dans d’autres associations comme Terra Nova,l’Unef, Plug’n Play ou Open Diplomacy. Et puis le fait que nous soyons un parti gouvernemental jouent aussi en notre défaveur, mais cela tourne: j’imagine qu’il y a trois ans l’UMP avait davantage de mal à mobiliser qu’aujourd’hui ! 

Quelles sont les qualités importantes selon toi pour s’impliquer en politique ?

Pour être militant, il faut savoir travailler en équipe, remplir son rôle et savoir déléguer, on ne peut jamais tout faire. Il faut aussi être toujours sympathique et croire en ce que l’on fait. Il ne faut pas agir par pur opportunisme.

Quel candidat pour 2017 pour le PS ?

Pour le PS je pense que Martine Aubry serait une bonne candidate, elle parviendrait à rassembler le parti, c’est une figure nationale. Mais elle n’a pas su s’imposer en vue du Congrès donc cela me semble compliqué.

Pourquoi t’être engagé au PS ?

Même si j’ai des déceptions, je crois sincèrement aux valeurs du PS et à l’équilibre entre capitalisme libéral et régulation excessive. Mais je ne suis pas fermé aux autres partis : l’union de la gauche est indispensable. La journée des gauches était à ce titre tout à fait intéressante : on était pas d’accord sur tout, mais on peut se ressembler sur des convictions.

Quels sont les trois mots que tu choisirais pour décrire tes valeurs?

La politique, l’Europe, l’avenir. 

  • Luc

    « Qu’est ce que ça fait d’être de droite dans une école de gauche?
    Et bien au début ça fait un peu bizarre. Surtout qu’ici c’est la vrai gauche quand même, je dis pas tous, mais beaucoup sont de la vraie gauche. »
    Tellement cliché comme question ! C’est quoi la vraie gauche aujourd’hui ?

    • Arnaud Bernet

      C’est justement l’intérêt Luc 😉 Voir comment l’autre réagit à cette question, en la contestant ou en l’invalidant dans un premier temps, puis en tentant d’y répondre sérieusement, en faisant même parfois un petit détour par une tentative de définition de ce qu’est la gauche : voilà ce qu’apporte cette question