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Simon Hervé, extravagant vainqueur du Prix Philippe Seguin

Il est là où on ne l’attend pas. Pictavien à Paris, amateur d’huîtres dans une cafétéria, Simon Hervé n’est qu’ambiguïtés dans un discours rondement mené. Vainqueur du prix Philippe Seguin 2016, celui qui enflamma Boutmy de ses paroles survoltées continue de se livrer élégamment pour La Péniche.

© Yann Schreiber

« C’est un honneur d’être un ovni »

Simon mène la danse tout en ayant l’air ailleurs. C’est son grand atout. Avoir les pensées qui vont loin, devancer son interlocuteur, être dans un autre monde tout en s’ancrant dans votre regard pour mieux vous captiver. Dans la mesure où ils sont plusieurs à peupler son esprit, comment s’étonner qu’il soit sur tous les fronts ? Admettant être parfois « schizophrène », Simon se délecte de quolibets qui le rendent unique. « C’est un honneur d’être un ovni, rien de plus beau », affirme-t-il dans le plus grand calme.

Simon est côté de la plaque, et surprend en tombant toujours juste. Il fascina aisément le jury par sa nonchalance étonnamment pertinente. Le rêveur refuse le conformisme et vous invite à « suivre votre intuition ». « Tout le monde ayant envie de se lâcher devrait le faire ». Il ne rentre pas dans le cadre et préfère sortir des sillons creusés par ses prédécesseurs. « Tu es un siffleur, un danseur, un orateur », déclara Bertrand Périer lors de la reprise. Simon crée son propre modèle de l’éloquence, couronnée d’un chapeau noir sitôt sorti ; preuve de sa sobriété en dehors de la scène.

« Ca a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. Rien. » L.-F. Céline, Voyage au bout de la nuit

© Yann Schreiber

L’orateur recouvre un esprit faussement mégalo, avançant « qu’en matière de modestie, je n’ai peur de personne ». Simon l’extravagant est en réalité d’une grande simplicité, et a pour premiers mots concernant sa victoire « ça fait bizarre ». L’expérience lui parait « effrayante ». Ecrire son discours a été un « voyage au bout de la nuit », comme si Céline la hantait autant que son sujet, « ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. Rien. » Ce taiseux déclamait en effet « j’étais pas fait pour ça, j’étais pas un beau parleur moi » tout en enjôlant Boutmy. De nouveau ambivalent, pour pallier « le regard des autres » et « demeurer convaincu de ma place en finale », Simon revêt ses habits de lumières comme son assurance travaillée. L’important, avance-t-il, « c’est de rester moi-même », ainsi a-t-il pris « son silence à deux mains » pour affirmer sa singularité.

 

Un poète sous le costume ?

Avant de les déclamer, Simon était plus doué pour coucher les mots sur le papier « tel un Robin des voix dont il manque la corde vocale », le gagnant possède un indéniable talent d’écriture. Raphaël Charpentier salue d’ailleurs sa plume pendant la reprise. « Il y avait une poésie dans ce discours », sorte d’enchaînement d’images et de sonorités rythmées telles « chapeau de paille-paille-paille, paillasson-son-son, mais en version pléiade ». Fauve n’a qu’à bien se tenir. Adepte de la beauté des mots, il nous offrit quelques perles de traits d’esprit : « le silence n’est beau que s’il est volontaire, le silence n’est beau que s’il exprime la volonté de se taire », « le blanc est synonyme d’engagement, c’est la couleur de la robe de la mariée, c’est la nuit blanche du chevalier, c’est la couleur de l’argent de Platini, de Cahuzac et de Balkany », pour conclure « vous m’avez laissé parler comme une lettre à la poste et j’ai récupéré tous les timbres de vos voix « .

© Yann Schreiber

Une vie après le prix ?

Ne voyez cependant pas dans le gagnant un auteur au-dessus du commun des sciencespistes, alors qu’il ne fait que cultiver son cynisme. Pince sans-rire, Simon ne se prend pas au sérieux tout en le demeurant. Il feint d’être admiratif de son trophée qui « n’a pas de prix, c’est une valeur inestimable, je vais donc le mettre dans mes toilettes, sur le lavabo précisément ». De la même manière qu’il mime son dédain envers la capitale, arguant que « Poitiers c’est beaucoup plus grand, il y a au moins 150 élèves », tout un s’attristant de « l’amphithéâtre plus petit à Paris, même si ça offre une proximité agréable ». Gageons qu’il sortira avec encore plus de panache de cet interlude parisien, déployant son éloquence pour « sortir avec des filles, séduire, mentir, inventer des histoires à dormir debout, puis assis, puis dans leur lit. »

Le gagnant ne se repose pas sur ses lauriers : entre deux éclats de rire qui nous disent « il faut que j’arrête de dire des conneries », le poète nous dévoile son avenir. Plume de l’Elysée ? Siffloteur de renom ? Dompteur de foules ? Son était d’esprit carpe diem l’incite à ne rien considérer comme acquis, à « toujours travailler », car « on verra si j’arrive à préserver ça et à trouver ma voie ». Après avoir remporté le prix Philippe Seguin, Simon s’envole pour l’Argentine l’année prochaine, pour « étudier un peu », beaucoup « apprendre à parler espagnol », afin de rajouter une autre langue à la sienne déjà bien déliée et douée.