27ème degré

Provinciaux de toutes les contrées, unissez-vous !

C’est officiel, vous avez quitté votre ville pour Paris. Paris la capitale, la ville des amoureux, la « plus belle ville de monde » pour certains. Que cela vous fasse rêver ou non, vous allez devoir y vivre. Oui, je ne vous apprends rien (patientez un peu, ça viendra). Bienheureux que vous êtes, d’avoir quitté ces vastes contrées arides et hostiles communément appelées ici – et avec une pointe de mépris – la Province ! Que vous soyez de Nantes ou de Marseille, de Clohars-Carnoët ou d’Eguisheim, vous ne faites plus partie que d’un seul peuple élu, celui des provinciaux sur le chemin du parisianisme. La Péniche vous fait vivre cette transition en douceur en vous faisant découvrir les « joies » de la capitale.

Un dessin d'Albane Miressou-Got

Un dessin d’Albane Miressou-Got

 

Métro, Sciences Po, dodo

Si vous avez le temps de lire cet article, avez-vous déjà expérimenté le magnifique rythme de vie parisien ? Rares sont ceux qui ont un appartement d’où vous pouvez aller à pied au 27 rue Saint-Guillaume, et si vous connaissez ces êtres supérieurs, faites-en vos meilleurs amis. Sinon, nous souhaitons la bienvenue à nos nouveaux compagnons d’infortune au sein du métro ou du RER. Quelles magnifiques inventions, pensez-vous naïvement ! Vous pouvez vous déplacer facilement, rapidement et partout, renchérissez-vous !

Ça, c’est la théorie. Je vous l’accorde, il y a des bouches de métro presque partout, et ça fonctionne généralement bien. A l’exception des colis suspects à répétitions, des « incidents techniques » mystérieux, des travaux qui vous font faire des détours, de la ligne 13 (qui est une raison à elle toute seule), des individus trop alcoolisés qui vous insultent sans motif, des concerts improvisés plus ou moins réussis…Comment ? Ça fait beaucoup ? Voyez le bon côté des choses, vous aurez l’occasion de râler tel un vrai parisien. Les trajets en métro sont une composante essentielle de la vie de tout bon habitant de la capitale, alors armez-vous de courage, d’écouteurs et de gel hydro-alcoolique pour explorer chacune des lignes que vous apprendrez à aimer (un jour).

 

L’individu parisien pour les nuls

Autant vous prévenir : les parisiens râlent et font la gueule tout le temps. Ils ne sont pas aimables. Ils ne cherchent pas à vous aider. Que de clichés, tentez-vous de vous rassurer ! Quelle innocence, pense la rédactrice aguerrie. Tendez donc l’oreille : malgré de rares exceptions, ils ouvrent la bouche pour se plaindre. La météo, la circulation, les gens immobiles dans la file de gauche de l’escalator (bon, je leur concède, sur ce point ils ont raison)… la liste des prétextes au discours plaintif est infinie.

Là aussi, je brise le mythe de la bonté humaine : les parisiens ne vous aideront pas dans les escaliers du métro avec votre valise qui pèse une tonne, même sous vos grimaces de fatigues. D’ailleurs, évitez tout signe trop expressif, comme cette étrange chose qu’est le « sourire ». Dans le métro, vous risquez de vous voir assailli de regards témoignant leur incompréhension et vous serez au mieux considéré niais, au pire idiot. Nous vous le rappelons en effet que le parisien est un individu hautain qui pense qu’il vaut mieux que les autres cultures, n’essayez pas d’importer vos habitudes joviales de provinciaux. Certes, le parisien a quand même du cœur ; quelques amis, mais surtout le PSG du Qatar comme famille. Si vous n’avez toujours pas saisi dans quel bourbier vous étiez, laissez-les vous le rappeler : ICI C’EST… PARIS !

 

« I need a dollar, dollar, dollar it’s what I need »

Point positif: vous êtes seul, vous allez pouvoir gérer votre vie comme vous l’entendez, par-fait. Sauf qu’il faut que vous gériez aussi votre budget. A la base, vous pensiez que c’était facile. Mais ça, c’était avant d’avoir fait une crise de nerfs en cours de microéconomie et pleuré devant le prix des pâtes, aka votre nouvelle source de survie. Vous le saviez, mais vous le réalisez : à Paris les prix sont élevés. Première chose que vous avez déjà du remarquer, les loyers. Vous pensiez pouvoir vous payer un studio sympathique pas trop loin de ScPo mais, en effet, c’était une douce utopie. Seconde chose plus chère à Paris, tout. Les courses, le ticket de métro (de la RATP, voire de l’esthéticienne), les soirées… N’ayez crainte, les happy hours sont là, avec leurs coktails à 12,50€. Keep calm and save money.

 

Confession d’une accro du shopping

Vous aimez faire les magasins ? Ce point est lié avec le précédent, si vous arrivez à gérer votre budget – malgré cette soudaine hausse de prix non liée à l’inflation mais à votre déménagement – vous pourrez vous faire plaisir. L’avantage à Paris c’est qu’il y a tout ce que vous voulez en termes de magasins. TOUT et plus encore. Vous trouverez des boutiques qui n’existent pas dans votre ville, des petites échoppes extra avec le petit pull dont vous rêviez, mais que vous n’avez jamais trouvé nulle part. Ici, vous le trouverez. Vous adorerez surtout Paris pour pouvoir vous la péter en revenant dans votre ville d’origine, d’un air faussement surpris : « oh, ça ? Je l’ai acheté dans une boutique à Paris. Non, non, elle n’existe pas ici désolée »

 

« Sciences Po Paris je t’aime, j’encule les provinciaux… »

Il y a pleins d’avantages à être dans cette ville, et qui plus est avec le statut d’étudiant à Sciences Po Paris. Beaucoup de gens importants se trouvent ici et Sciences Po vous donne l’occasion de les côtoyer plutôt très facilement. Conférences, invitations dans vos cours magistraux, partenariats, les occasions ne manquent pas. Parfois même vous croiserez des caméras TV déambuler dans les couloirs.

Vous pourrez aussi côtoyer l’Apple Store, que nous appelons parfois bibliothèque, jusque tard le soir et faire croire aux gens que vous travaillez derrière votre MacBook. Nous savons bien qu’en réalité, vous procrastinez sur Facebook ou lisez studieusement La Péniche (comme tout le monde, non ?). Autre point, et pas des moindres, en étudiant à Sciences Po Paris vous pourrez participer à des soirées dans des lieux inoubliables spécialement privatisés pour nous (vos snap stories en témoigneront). Bateaux, lofts avec piscine,…non, en effet il n’y avait pas ça dans votre ville d’origine.

Finalement, vous commencerez à aimer de plus en plus l’air pollué de Paris que tant de poète ont loué. Bientôt, vous prendrez l’air refrogné des parisiens, tout en vous gardant le droit de les critiquer. Pour clore l’année, je suis déjà persuadée que vous vous époumonerez sur les chants du CRIT (cf. le titre), faisant la part belle à l’insulte du provincial.

 

En somme, le tableau effrayant du départ correspond à vos premières appréhensions et surprises. Mais, tout comme dans cet article, votre sentiment premier s’améliorera au fil du temps. Soyez-en assuré d’expérience : vous pourrez avoir une vie bien sympathique tout en faisant croire que vous pouvez devenir Président de la République, et c’est ça qu’on aime.