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La réforme de la procédure d’admission en master en question(s)

Alors que La Péniche s’est intéressée pour vous l’année dernière à la refonte du premier cycle de Sciences Po, l’école a annoncé le 20 juin dernier un nouveau changement, cette fois-ci au niveau des masters, dont la procédure externe d’admission est réformée à compter de l’année 2017-2018. Les étudiant.e.s souhaitant intégrer l’IEP de Paris en master pour la rentrée 2018 sont donc directement concernés. 

Anne Lesegretain, directrice de la Direction des Admissions et Farzad Khodabandehlou, chargé de mission responsable de la procédure française d’entrée en master, ont accordé un entretien à La Péniche afin de mieux comprendre ce changement et ses enjeux. Nous les remercions pour leur disponibilité et leur éclairage.

Au coeur de la réforme : la double-évaluation du dossier

Très concrètement, que va changer cette réforme pour les candidats ?

Plus que le processus d’admission dans son ensemble, c’est en fait la première phase, celle de l’admissibilité, qui est bouleversée. En effet, pour la trentaine de masters compris au sein des sept écoles de Sciences Po, l’épreuve écrite que constituait la note de synthèse est supprimée. C’est donc sur le dossier uniquement que sera désormais fondée l’admissibilité. Madame Lesegretain explique que si « l’évaluation du dossier était d’ores et déjà constitutive de la phase d’admissibilité, son appréciation est aujourd’hui renforcée, d’où l’intérêt de la double appréciation ». En effet, le dossier du candidat sera examiné par deux évaluateurs afin de garantir l’évaluation « la plus précise et la plus exigeante possible ».

Mais qu’examineront les évaluateurs dans ce dossier ?

L’excellence du parcours universitaire du candidat bien sûr, mais aussi la « richesse de son parcours » et l’ « adéquation entre son projet professionnel et la formation ». La Direction des Admissions souligne en effet la place qu’accorde Sciences Po, au-delà de l’excellence académique à « la maturité du projet, aux passions concrètes et engagements divers, aux perspectives d’avenir et au projet professionnel qui s’est affiné, au-delà de la curiosité et de l’appétence pour les matières dans la mesure où les candidats s’engagent dans un parcours professionnalisant ».

« Le dossier devra aussi comporter une copie rédigée par le candidat au cours de son cursus. »

De plus, pour permettre l’évaluation des compétences rédactionnelles du candidat malgré l’absence d’une épreuve écrite, le dossier devra aussi comporter une copie rédigée par le candidat au cours de son cursus. Cependant, Anne Lesegretain explique que cette copie est « un élément parmi d’autres dont l’importance ne doit pas en être exagérée ». Il s’agit plus d’un élément qui vient en appui du dossier pour témoigner de l’attention qu’accorde Sciences Po à la rédaction et comme appui de la richesse du parcours du candidat, « traduisant par son choix quelque chose de lui-même », plutôt  que d’un élément déterminant qui prendrait la place de la note de synthèse.

Le reste du parcours demeure inchangé pour les candidats puisque, comme les années précédentes, les admissibles seront invités à passer dans un second temps un entretien d’admission.

Par ailleurs, les conditions pour candidater restent identiques : il faut soit avoir validé un cursus d’études supérieures comprenant 180 crédits ECTS obtenus dans un établissement d’enseignement supérieur français , soit être titulaire d’un diplôme obtenu dans un établissement d’enseignement supérieur français validant au moins trois années d’études supérieures, soit bénéficier d’une validation d’acquis d’expérience pour les candidats professionnels. Enfin pour les étudiants issus d’un établissement disposant d’une convention avec Sciences Po, il est possible d’être dispensé de la phase d’admissibilité à condition d’avoir une autorisation de l’établissement partenaire.

Diversité des parcours, accès facilité, ouverture internationale

Marie*, étudiante en troisième année de classe préparatoire littéraire exprime sa satisfaction quant à la réforme de la procédure. « Cela nous permet d’avoir une épreuve écrite en moins quand on passe l’ENS en même temps » déclare-t-elle. Par ailleurs, pour elle la suppression de l’épreuve écrite et le fait de se baser sur un dossier permet aussi une évaluation « plus précise », dans la durée, qui évite « l’aspect aléatoire d’un concours écrit ». Ces remarques font écho à certaines des trois raisons majeures invoquées par l’école comme explication de cette évolution.

« Cela nous permet d’avoir une épreuve écrite en moins quand on passe l’ENS en même temps »

Tout d’abord, Sciences Po souhaite renforcer la diversité des parcours antérieurs de ses élèves. Farzad Khodabandehlou, responsable de la procédure française d’entrée en master, rappelle en effet qu’au sein des masters de Sciences Po se rencontrent des étudiants « venant d’horizons divers, faisant de Sciences Po un lieu de convergence et de confrontation à d’autres parcours et d’autres idées, et ce au sein d’un même master, le filtre de la sélection n’entamant en rien la diversité ». Cette grande diversité des parcours est donc déjà une réalité et doit être aussi encouragée par cette réforme, puisque cette dernière doit permettre à des candidats issus de parcours moins littéraires, par exemple, de candidater.

Cette diversification passe aussi par la possibilité donnée à des étudiants qui ne seraient pas disponibles le jour de l’épreuve écrite de candidater. En effet, Anne Lesegretain souligne que depuis quelques années, les parcours ont évolué et se sont internationalisés. Pour elle, ce serait donc « une situation ubuesque de demander à des étudiants en stage à Shanghai d’être présent à un instant t pour une procédure qui finalement ne leur correspond plus ». Cette plus grande ouverture  de la procédure d’admission entraînée par la suppression de l’épreuve écrite contribue donc à la diversification des profils et permet également de lever des barrières financières pour les candidats.

Enfin le troisième enjeu de la réforme, et non des moindres, est la volonté de se rapprocher plus grandement du système des grandes universités internationales afin d’offrir une plus grande lisibilité aux candidats. Pour Madame Lesegretain en effet, « Sciences Po, qui entend être une université de rang mondial, doit pouvoir être « située » par rapport à ses partenaires par les candidats ».

Une procédure toujours fiable et équitable ?

Camille*, elle aussi étudiante en classe préparatoire littéraire, se dit plus perplexe. Elle pense que le recrutement à Sciences Po ne serait plus assez rigoureux et désavantagerait les élèves des classes préparatoires, qui ne peuvent pas autant diversifier leurs engagements que d’autres étudiants.

Sur ces points, l’administration de Sciences Po se veut rassurante et explique que « dans l’immense majorité des cas, la note de synthèse confirmait la note de dossier ». Ainsi la qualité du recrutement « reste la préoccupation numéro 1 de Sciences Po ». La Direction des Admissions souligne enfin que ce mode d’évaluation « est déjà utilisé sur les procédures internationales pour l’admission en master et au Collège universitaire » et que pour un recrutement en master, le dossier est plus significatif qu’une épreuve écrite dans la mesure où il permet une appréciation plus globale du parcours du candidat et de son adéquation avec le projet professionnel.

« Dans l’immense majorité des cas, la note de synthèse confirmait la note de dossier. »

De plus, Farzad Khodabandehlou rappelle que les évaluateurs des dossiers tiendront compte de chaque parcours et de ses caractéristiques dans leur évaluation. Ainsi, ce ne sont pas les mêmes aspects du parcours du candidat sur lesquels sera portée attention selon la trajectoire antérieure du candidat et Sciences Po souhaite une diversité des profils qui n’induit pas une dépréciation des profils de classes préparatoires littéraires.

On l’aura donc compris, la réforme de la procédure d’admission en master est motivée par une convergence d’éléments la justifiant et qui rappellent le projet pédagogique de Sciences Po. Ces éléments sont résumés en ces termes par Anne Lesegretain : « La réforme découle de notre certitude de pouvoir bien évaluer les dossiers, mais aussi de la volonté de valoriser des expériences diverses, d’être lisible dans le système international et de porter une responsabilité sociale en faisant tomber certaines barrières financières ».

Cette réforme concerne les candidats ayant suivi un cursus universitaire français, la seconde procédure d’admission, la procédure internationale, ne connaît pas de refonte.

La procédure de recrutement pour les double-diplômes avec des institutions partenaires reste spécifique et n’est pas modifiée, toujours fondée sur le regard concomitant de Sciences Po et de l’autre institution sur le dossier.