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De Boutmy à la gastronomie, rencontre avec une jeune diplômée

La Péniche est partie à la rencontre de l’une de nombreuses diplômées qui commence à travailler à l’étranger. De l’école de la communication aux restaurants avant-gardistes américains, retour sur un atypique parcours.

Victoire Louapre

Quel était ton projet ?

Après SciencesPo, j’ai souhaité intégrer une start-up afin de recevoir une formation plus « spontanée » que dans les grands groupes. En fait, j’ai tenté de commencer une carrière dans les parfums pour satisfaire la tradition familiale. Lors d’un stage chez L’Oréal, j’ai eu le sentiment de me heurter au plafond de verre des stagiaires et ai donc postulé au Fooding, où j’ai pris goût à l’adrénaline d’une plus petite structure.

Et aujourd’hui ?

Après un stage dans le département partenariats du Fooding (business development), je me suis occupée de la communication : relations presse, réseaux sociaux, mise en avant des sponsors grâce aux différents outils de comm…

What is « Le Fooding » ?

Il s’agit de la marque d’un guide de restaurants et d’événements gastronomiques créée en 2000 par Alexandre Cammas. Le Fooding est un guide qui parait chaque année en novembre, une appli et un site bilingue qui répertorie des chambres de style et tables de genre. Nous organisons également des évènements, en France et à l’étranger pour des partenaires tels que S.Pellegrino, MasterCard ou encore Nespresso …

Tu es en ce moment à Los Angeles, et pour plusieurs mois. Pourquoi avoir choisi les Etats-Unis ?

Il y a de nombreux restaurants à explorer ces derniers mois aux Etats-Unis, que cela soit à New York, San Francisco, Portland, Los Angeles… Pour les chefs, il est très intéressant de jouer la carte frenchie sans en faire trop : savoir jongler par exemple entre un bistro très « à la française « , avec des croque-monsieurs et des escargots, et un restaurant plus expérimental, s’affranchissant des codes tricolores. C’est le cas de Ludo Lefebvre, Dominique Creen, Daniel Boulud…

Ludo Lefebvre © Charles Roussel

Quels sont ces codes tricolores ?

Aux Etats-Unis comme ailleurs, les bistrots français vont manier les traditions et parfois les clichés pour satisfaire les clients français et étrangers : Edith Piaf en bande-son, soupe à l’oignon et escargots au menu, serveurs français… Peut-être est-ce ce fameux « je ne sais quoi », que les anglophones citent en français pour décrire une qualité indéfinissable.

Pour toi, qu’est-ce que la gastronomie ?

Un ensemble de règles, parfois trop contraignantes. Pour cette raison, je préfère la langue anglaise qui utilise le mot « food », un entre-deux parfait alors que nous sommes obligés de parler de nourriture ou de gastronomie.

Ne trouves-tu pas justement que le fait d’avoir un seul terme, le mot « food », prête à confusion ?

Il n’y a pas qu’un seul terme : on peut également parler de « gastronomy » en anglais, si on le souhaite. Mais est plus facile de dire « I work in the food business » plutôt que « je travaille dans la gastronomie », car il est important de mettre en valeur tous les types de restaurants, de la street-food aux grandes tables.

Avais-tu déjà un attrait particulier pour la ripaille, avant d’y plonger ?

Oh oui ! J’ai toujours aimé manger, découvrir des pays par leurs traditions culinaires, et pour chaque anniversaire je préférais demander une table plutôt qu’un cadeau.

Le chef Daniel Boulud (à droite), lors d’un événement du Fooding à Brooklyn

Que t’a apporté Sciences Po ?

Un réseau, une capacité d’analyse, une culture plus générale qu’on ne le croit… Mais surtout, une assurance à l’oral et la capacité de parler vingt minutes de n’importe quel sujet, en deux parties deux sous parties !

Et pourquoi l’école de la communication en particulier ?

Car c’était la plus « professionnalisante » : après quatre années de Bachelor, j’avais hâte d’être en situation d’entreprise. Les enseignants de l’Ecole de la Communication nous faisaient travailler sur des cas concrets, dont un projet pour Nivea qui verra le jour dans quelques mois.

Un conseil pour des plus jeunes ?

Avec du recul, je conseillerais à tous les sciencespistes de partager leur césure entre une grande entreprise et une petite structure. Par ailleurs, une bonne surprise a été de ne pas suivre les conseils que l’on me donnait. Et d’accepter un salaire plus bas durant quelques mois !

Où te vois-tu dans dix ans ?

Entrepreneur j’espère, mais je ne sais dans quel pays.