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Ce qu’il faut retenir du débat jeune de la primaire LR

Un article d’Albane Miressou-Got et de Thomas Hinzelin

Organisé mercredi 19 octobre par Les Républicains Sciences Po, La Péniche et Sciences Polémiques, le débat a confronté les présidents des mouvements jeunes des candidats à la Primaire de la droite et du centre. Parmi eux, certains étaient déjà lancés dans leur carrière professionnelle, d’autres commençaient leur première année de licence. Certains ont, du point de vue de Bertrand Périer, qui a fait la reprise du débat pour Sciences Polémiques, regardé « comme à Roland Garros », trois ou quatre représentants se lancer des piques et s’emporter dans la défense de leur candidat, en usant de tout leur temps de parole. Un malaise s’est installé dès la première question, car personne n’était vraiment au clair au sujet du caractère sérieux, proposé surtout par le porte parole de Jean-François Copé, ou plus détendu et plaisantin de l’événement, incité par la nature des questions de Sciences Polémiques.

Nous vous donnons dans ce rapporté de débat un bref aperçu de ce qu’ont pu dire les représentants sur leur candidat.

« C’est le meilleur, et les meilleurs ne gagnent pas toujours. » Malgré le fait que Jean-François Copé ne rassemble que 3% de votes dans les sondages, Jordan Jablonka le soutient, d’abord car il n’a pas été convaincu par Sarkozy, ensuite pour son expérience de terrain à Meaux et son concept de « droite décomplexée ». Jean-François Copé veut opérer un tournant sécuritaire, en rétablissant la double peine via une ordonnance ou en embauchant 50 000 fonctionnaires par exemple (policiers, magistrats, gardiens de prison). Durant le débat, Jordan est entré plusieurs fois en conflit avec Charles-Henri (Sarkozy), notamment au sujet du temps de parole. « On a compris tu es ancien élève de Sciences Po et organisateur mais il faut quand même respecter le temps de parole des autres, pas comme Nicolas Sarkozy. »

Malgré ses mille pages de programme, une question s’est tournée sur les écrits érotiques de Bruno Le Maire. Paul Guillot a répliqué au reproche de Sciences Polémiques, une autre question qui interroge sur la transparence et l’honnêteté du monde politique : « Aujourd’hui, quel Homme politique écrit véritablement ses livres ? ». Pour lui, pas de doutes, Bruno Le Maire est l’avenir de la droite française et c’est dans une pique à peine voilée contre Nicolas Sarkozy qu’il a présenté le candidat du renouveau : « Je pense que ce n’est pas dans les rancœurs du passé qu’on va trouver une candidature de renouveau qui permettra de mettre en place un projet très clair avec un calendrier de réalisation extrêmement précis ». Après des applaudissement nourris de jeunes soutiens à M. Le Maire, il s’est amusé : « je suis heureux de voir que l’on recrute à Sciences Po ». Dans sa reprise, Bertrand Périer a cependant souligné des manques dans son propos, notamment concernant les questions européennes où Paul avait répondu : « tant qu’on n’est pas élus, on peut pas savoir ».

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Le débat dans l’Amphi Caquot. Photographie : Thomas Hinzelin

« C’est le seul qui ait une vraie expérience du terrain, il a été maire député et surtout chef d’entreprise dans la métallurgie. Lui n’a jamais gouverné, ce qui peut le distinguer des autres » : c’est avec ces mots que Baptistes Laroche a présenté son candidat, Jean-Frédéric Poisson. Malgré ses dix-huit ans, il a pu être étonnant par son assurance et sa bonne capacité à répondre. Il s’est montré cependant imprécis, notamment au sujet de l’électorat de M. Poisson. « C’est un parti non-confessionnel et il y a même des musulmans au parti chrétiens démocrate ». Au sujet de l’Europe, il a parlé de redonner les compétences de la BCE aux différents États pour que chacun d’entre eux puisse agir sur sa politique monétaire. Le programme de Jean-Frédéric Poisson porte aussi beaucoup sur un renforcement de la maîtrise des frontières.

« Nous sommes la génération du 11 septembre 2001 quand on était enfants, la génération des émeutes de banlieue quand on était adolescents, et du déclassement social pour notre demain ». Charles-Henri Alloncle occupait le centre de la table. Lors de ce débat, il a défendu Nicolas Sarkozy auprès duquel il s’est engagé après 2007. Ce qui l’a attiré, c’était la manière « cash » dont il parle, tout en portant son amour de la France avant le clivage partisan. Pour Charles-Henri, les jeunes d’aujourd’hui sont une génération ayant connu de nombreux changements et événements : c’est comme cela qu’il justifie la nécessité d’un « homme d’action », efficace et lucide.

Cédric Rivet-Sow était présent pour représenter François Fillon, « celui qui a écouté les Français, qui à partir d’un constat, peut arriver à des solutions chiffrées et peut permettre aux jeunes d’avoir un emploi ». Lorsque Sciences Polémiques a mis en doute les chances de l’ancien premier ministre de l’emporter, il a répliqué : « Les réunions publiques et les meetings sont pleins, donc on continue ». Cédric est cependant resté un peu en retrait entre les affrontements de Charles-Henri et de Romain ce qui a amené Périer à ironiser sans demi-mesures : « le mec est complètement neurasthénique, tout comme son candidat, il est allé fumer chez NKM. »

Alain Juppé était représenté par Romain Millard. Pour ce dernier, le maire de Bordeaux « a montré par son expérience locale qu’il avait la capacité de faire approuver et comprendre un projet par ses citoyens et l’a fait appliquer sur la durée (…) C’est le candidat de l’équilibre entre identité heureuse et ambition pour l’avenir ». Romain s’est fait remarquer par un sens de la répartie à toute épreuve qui lui a été utile face à Charles-Henri. Lorsque ce dernier a accusé Alain Juppé de séduire l’électorat de gauche il a répliqué avec humour : « c’est très drôle, les sarkozystes sont ultra nerveux, ce sont visiblement les seuls qui souhaitent ne pas avoir d’électeurs. »

Gabrielle Amzal était la représentante jeune de Nathalie Kosciusko-Morizet. L’étudiante à Paris-Dauphine a d’abord remercié les organisateurs de la conférence et Sciences Po pour l’accueil. Elle a surtout insisté sur les nouvelles idées de sa candidate : « NKM propose des solutions pour les problèmes d’aujourd’hui et de demain, et pas des solutions pour les problèmes d’hier avec des moyens d’avant-hier ». Le programme de la candidate contient un soutien aux nouvelles formes de travail et une attention particulière à l’environnement, dont elle est la seule à porter au cœur du débat.

Un mot sur la reprise de Bertrand Périer.

Il a su faire rire l’amphithéâtre et les participants au débat, dont certains étaient très bon public, à en pleurer et en rougir jusqu’aux oreilles. D’une voix forte et portante, il a repris ses notes. Chaque candidat est passé sous les critiques de son regard amusé. Il a repris les formulations ratées, comme la nouvelle expression « les fonctionnaires de la fonction publique », les hyperboles comme « Juppé est attendu dans le monde », et a décrit chaque jeune, du pin’s au T-Shirt aux manches rouges.

Parmi les candidats, le choix se situe entre prise en compte ou non de l’environnement, le choix du renouveau, prôné par beaucoup d’entre eux, ou choix du déjà-vu, le choix d’un renforcement de l’autorité de l’État, de la prise d’ordonnance ou non.

Bertrand Périer a conclu dans sa reprise, que les jeunes n’étaient pas la reproduction identique de leurs aînés. Quelques drôles similitudes pouvaient être cependant relevées, comme un caractère rapproché des jeunes et de leur candidat (Charles-Henri semblait aussi trépignant que Nicolas Sarkozy). De plus, on pourra noter qu’il y avait autant de femmes parmi ces jeunes que dans le monde politique, en d’autres mots, une minorité frappante.