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Retour sur une AG mouvementée à Sciences Po

Hier, jeudi 19 avril au soir, s’est déroulée la 4ème Assemblée Générale de l’année du mouvement Sciences Po en lutte, en amphithéâtre Boutmy – renommé Adama Traoré par les occupants – en présence d’environ 400 élèves, dont beaucoup vivaient là leur première expérience en AG militante.

Les portes de l’amphithéâtre Boutmy. Crédits photo : Lucas Vidal

Beaucoup de temps a ainsi été consacré à rappeler les règles de la prise de parole, ainsi qu’à régler des questions techniques telles que la diffusion ou non du débat sur les réseaux sociaux, ou la possibilité ou non pour ceux qui étaient restés dehors d’assister à l’AG. Finalement, une diffusion de l’audio a pu être mise en place, et les élèves à l’extérieur n’ont pas pu rentrer.

Des tensions autour de la prolongation du blocage

Par ailleurs, la différence sémantique entre « blocus » et « occupation » a été rappelée : alors que le premier terme désigne le fait d’interdire l’accès au bâtiment – ce qui a été fait hier par l’administration, qui invoquait des raisons de sécurité – le deuxième mot représente le choix de prendre une partie ou la totalité de Sciences Po et de l’occuper de l’intérieur, sans forcément en restreindre l’accès. C’est cette seconde option qui a été choisie jusqu’à hier soir par l’AG. Les discussions se sont déroulées dans une atmosphère plutôt tendue, avec des dissensions au sujet de la légitimité de la consultation organisée par Sciences Po dans l’après-midi – avec 64,2% de voix contre le blocus sur 6396 suffrages exprimés – ou encore sur la multiplication des revendications portées par les bloqueurs.

« Vous défendez une certaine vision de la démocratie, mais nous, opposés au blocus, on constate qu’on a pas accès au débat avec vous. » Un participant à l’Assemblée Générale

Des prises de parole – paritaires – ont ensuite eu lieu, alternant entre « pro » et « anti » mouvement d’occupation. On a ainsi pu entendre un élève opposé au blocus plaider : « On peut être contre ou pour Macron, mais on a surtout le droit d’étudier. On a le droit de parler mais pas celui d’occuper », ou un autre déclarer : « Vos revendications sont nobles et légitimes, mais il y a des problèmes : vous défendez l’état de droit et le droit à l’éducation, mais en bloquant ScPo, vous niez ce droit à l’éducation. Vous défendez une certaine vision de la démocratie, mais nous, opposés au blocus, on constate qu’on n’a pas accès au débat avec vous ».

Dans une salle du 27, les noms des médias ayant évoqué le blocage sont inscrits sur un tableau. Crédits photo : Lucas Vidal

A l’inverse, ceux qui soutiennent Sciences Po en lutte se sont félicités de pouvoir « créer un espace démocratique de débat » grâce à cette AG d’une ampleur inédite, et ont fait part de leur souhait d’avoir accès à Sciences Po à un local permettant aux étudiants de se retrouver de façon régulière pour débattre. Les partisans de l’occupation ont par ailleurs réaffirmé la légitimité de leur lutte à leurs yeux. « On nous dit qu’on n’est pas légitime à parler de sélection parce qu’on est à Sciences Po, mais on n’a pas choisi cette école parce qu’elle est sélective, mais parce qu’on ne voulait pas laisser le monopole du pouvoir à des élites qui se reproduisent. C’est parce qu’on est issu de la sélection qu’on en connaît les travers. Oui, on est les gagnants, mais on a le droit de penser aux autres. », a expliqué un étudiant. L’action ne suffira pas pour eux à « tout changer » à la politique du gouvernement, mais les manifestants l’envisagent plutôt comme une « étape nécessaire dans la construction d’un rapport de force ».

Vers midi, Sciences Po se débloque

Aux alentours de 20h50, un certain nombre d’élèves déçus de ne toujours pas avoir pu procéder au vote ont quitté l’amphithéâtre, puis le vote concernant le blocage de l’établissement a eu lieu autour de 21h15, avec 36 abstentions, 156 pour et 124 contre. A la suite de ce résultat, la majorité des étudiants présents ont choisi de partir à leur tour, laissant leur place à d’autres restés dehors. L’AG s’est poursuivie quelque temps encore, avec des débats plutôt animés notamment autour d’une éventuelle consultation en ligne organisée par Sciences Po En Lutte, ou du drapeau palestinien accroché sur la façade du 27 rue Saint-Guillaume depuis deux jours, avec cependant très peu de questions finalement soumises au vote.

L’accès au jardin du 27 est bloqué par des chaises. Crédits photo : Lucas Vidal

L’AG s’est conclue aux alentours de 22h30, laissant les occupants passer la nuit sur place… et depuis ce matin, les entrées des élèves dans la rue Saint-Guillaume sont filtrées par des CRS, qui demeurent à l’extérieur des bâtiments. Cependant, en milieu de journée, le blocage des lieux a été levé, permettant aux étudiants de retourner à l’intérieur du 27, rue Saint-Guillaume.