Vie du campus

Richard Descoings reparle de supprimer le concours !

055z9.jpgCe mardi à 17h s’est tenu un débat entre direction, syndicats et étudiants, autour de l’épineuse question de la réforme de l’examen d’entrée. Il faisait suite au lancement d’une consultation étudiante sur l’avancement du « concours ».

Opération communication réussie pour Richard Descoings et son « staff » : délaissant les fauteuils et bouteilles d’eau préparés pour l’occasion, le directeur de l’IEP a choisi un dialogue de proximité avec les étudiants, au demeurant peu nombreux.

Il a commencé par rappeler les deux critiques quant à la date de l’examen d’entrée. D’une part, peu de temps s’écoule entre la publication des résultats et la rentrée ; d’autre part, les « préparations tarifées dans des officines privées » introduisent un biais social entre candidats. C’est le premier argument auquel le chef d’établissement a été sensible. Mais plusieurs obstacles doivent être surmontés : comment recruter des correcteurs après la publication des résultats du bac, mais aussi comment éviter que les élèves « qui peuvent se payer le luxe d’avoir deux objectifs » supplantent ceux qui doivent concentrer leurs efforts sur le bac ? De la date au contenu, jusqu’au maintien même du concours, Richard Descoings a fait mine de tout mettre sur le tapis, ouvrant rapidement le débat.

Arnaud Bontemps, président de l’UNEF, a proposé que l’examen d’entrée soit le plus proche possible du baccalauréat : « la préparation du bac deviendrait ainsi la meilleure et la plus égalitaire des préparations au concours ». La question de la date ne saurait cependant être séparée de celle du contenu, et le syndicat majoritaire propose plusieurs moyens de lutter contre les biais social, géographique et de genre. Afin de minimiser les frais de logement et de transport, il faudrait concentrer les épreuves sur une journée, et les décentraliser dans les campus délocalisés et les Dom-Tom. Quant au contenu, le syndicat propose un calquage de l’épreuve d’Histoire sur le programme du bac – de 1945 à nos jours – et une repondération de l’épreuve de langues, qui favorise les élèves ayant les moyens de se payer des séjours linguistiques.

Charlotte Joubert, de l’UNI, a défendu un point de vue fort différent. Son mot d’ordre, qu’elle répète à tout-va : ne pas « baccalauréiser » le concours. Le syndicat de droite affirme la nécessité de maintenir un temps de révision entre le bac et l’examen d’entrée, dont il n’envisage aucune réforme. Prétextant que les prépas privées perdureront quelque soit le date choisie, il préconise la création d’une prépa publique d’excellence – avec tutoring, e-learning, et autres gadgets – dont le coût serait fonction du revenu des parents. Charlotte a fini par une envolée lyrique sur le « service public » qui a laissé perplexe une partie de son auditoire : l’UNI aurait-elle était infiltrée par d’affreux gauchistes ?

Son camarade Clément Rouveyrol ne s’est pas embarrassé de telles précautions : pour Nouvelle Donne, la justice sociale ne doit pas devenir synonyme de nivellement par le bas. L’objectif du concours est bel et bien d’ « opérer une sélection » selon le « capital intellectuel et culturel » des candidats.

Enfin, Mathieu Albouy de la Confédération étudiante a proposé que le concours soit avancé au mois de mai, ce qui laisserait aux étudiants le temps de préparer le baccalauréat. Appelant de ses vœux la création d’une commission d’experts sur démocratisation de l’examen d’entrée, il a également suggéré la mise en place d’un oral – l’aisance orale étant mieux répartie socialement.

Richard Descoings s’est félicité qu’ « à Sciences Po, on se prenne la tête » sur des questions de justice sociale dont certaines grandes écoles ne se préoccupent guère. Et de fait, le débat n’a pas été sans accrochages entre direction et syndicats. Refusant de « sélectionner parmi les ignares », le directeur de l’IEP a affirmé vouloir recruter des « personnalités aussi diverses que possibles, se démarquant par leur curiosité et leur rigueur intellectuelle ».

Une dernière phrase n’aura pas échappé à l’oreille des étudiants : « si on pouvait supprimer le concours, ce serait quand même vachement bien » a osé le directeur, peu avant de quitter l’amphithéâtre…

Illustration: Waseda.

  • Tanguy

    De toute façon c’est simple, M. Descoings n’en veut plus de ce concours, et c’est pas l’UNI qui lui fera changer d’avis. C’est le but ultime de sa réforme en PROFONDEUR.
    Ceux qui sont passer par le concours veulent le garder, mais tous les autres s’en lavent les mains. Donc pour tous les glands qui sont à SciencesPo grâce à leurs « capacités », bah merde va faloir se mettre à bosser son bac !!

  • Julien

    un autre conseil: lire autre chose que les cours de wasmer si vous voulez comprendre quelque chose à l’économie. Par exemple, Alex Callinicos fait des livres très bien.

    (bon, et y’a Jacques Généreux aussi)

  • Arthur S

    Pauvre Wasmer, s’il savait que tout son cours serait résumé par un magnifique :

    « Mais je connais les lois du marché… Tout le monde connait les lois du marché… Moins un produit est rare, moins sa valeur est forte, et moins il est recherché… »

    C’est vrai que les 20 000 étudiants de Harvard sont vraiment nuls…. et les 35 000 de Berkeley ? Hein, des tafiolles. 11 250 à Yale, à ils doivent être un peu plus fort déjà, surtout si comparés à Columbia et ses 25 000. Et Oxford ? 20 000. King’s College ? 21 000. Cambridge ? 18 000. L’avantage c’est qu’on découvre que Paris IV Sorbonne avec ses 23 000 étudiants

    Un conseil : Aller revoir les notes des derniers cours de Wasmer, sur les pool de selection.

  • Yeah les jeunes!

    Charles, tu es un crétin. Le king est très désappointé à te lire.
    Ce qui est rare est cher, prétends-tu? Un cheval bon marché est rare, donc il est cher? Post hoc ergo propter hoc… Tu invoques les lois du marché, en bon pipoteur qui se respecte, mais as-tu noté les imperfections du marché? As-tu remarqué que depuis un an, le marché est ROCK’N’ROLL baby? La main invisible nous as mis une sacré baffe carlito, rends-toi en bien compte. Tu dervrais aussi savoir que pour qu’un patron t’embauche, il faut que la situation économique le permette. Et pour ça, il faut de la croissance. Or, toutes less études, mêmes celles de scientifiques pas rock’n’roll du tout et super serious montrent que plus de diplomés = plus de croissance. Donc tu as interet à ce que le nombre de diplomés augmente, pour que le croissance augmente, et que ton diplome te permette de trouer du taff. Car le King te le dit comme il le pense Charles, t’as beau avoir pour prénom le nom d’un autre King de la musique avec qui il fait des boeufs pour faire marrer St-Pierre, tu n’as pas l’air prêt à vivre d’amour et d’eau fraiche… et encore moins de servir de roadie à la caravane infernale de la vie de ceux qui savent la vivre.
    Enfin mon pote, sache que c’est le contenu du diplome qui fait sa valeur, et pas sa rareté. Si les enseignements sont bons, ton diplome vaudra quelque chose…
    Alors il est temps de prendre son destin en main baby! A little less conversation, a little more action!

    VOilà les jeunes, je retourne à mes grattes celestes

    Live fast, die young
    Ici et ailleurs
    un pur moment de rock’n’roll

    Le King

  • Lucas B

    Pourquoi vouloir réformer le mode d’entrée dans l’IEP reviendrait à diminuer l’excellence des diplômés de Sciences Po?

    Personne ici, à aucun moment que ce soit, n’a proposer de supprimer le concours pour ouvrir bien grandes les portes de Sciences Po. L’idée est plutôt de concerver un recrutement d’excellence, mais que celui se fasse avec moins de discrimination sociales.

    Alors on peut juger que c’est une chimère bien entendue. Mais bon gardons à l’esprit deux choses:
    – statistiquement les étudiants acceptés sur mention très bien réussissent mieux que ceux entrées sur concours (preuve que le bac, malgré la « chute de ses exigeances depuis 20 ans », remplit encore bien son rôle).
    – la procédure CEP, même si elle ne rentre pas completement dans le débat, nous rappel néanmoins une chose importante, à savoir que lorsqu’on rentre à Bac+0 on a tout à apprendre, et qu’on à 5 ans devant nous pour ça. Libre à chacun de juger si oui ou non les étudiants de ZEP ont le même niveau que les autres, mais ce qu’il en ressort, c’est qu’à la sortie ils sont tout aussi performants que vous et moi. Pour faire un rapprochement parlant (certains diront peut être qu’il est malheureux), la procédure ZEP est en partie à l’image du recrutement à Lakanal: on prend (certains) des étudiants qui ont une forte capacité d’évolution pour les amener au niveau souhaité.

    Si les étudiants à la sortie de Sciences Po ont tous le niveau d’excellence désirée, alors le diplôme ne perdra en rien de sa valeur. Les recruteurs se fichent des exigences du concours, Sciences Po a fait ses preuves et fait encore ses preuves, et les étudiants de ZEP ont eu aussi fait leurs preuves.

    Alors oui on peut parler de la suppression du concours, et ce sans avoir immédiatement l’idée que le ciel va nous tomber sur la tête. Le tout est de bien garder à l’esprit qu’une sélection socialement juste, fondée sur les capacités et la volonté de l’étudiant, peut permettre de conserver, si ce n’est d’améliorer, l’excellence des promotions sortantes de Sciences Po.

  • Charles L

    « Forcément si tu utilise ceux de l’UNI, tu va devenir grave de droite ». Voilà ce que l’on lit dans les commentaires des blogs de SciencesPistes… Classe, très classe…

    Mais cela n’est pas l’objet du débat et n’est pas non plus le but de mon commentaire. Je suis simplement choqué par deux choses que je lis ci dessus. Dans mon esprit, Sciences Po est une école d’excellence, un « label » garantissant une qualité de formation d’exception reconnue par les employeurs, plus tard. Mais je connais les lois du marché… Tout le monde connait les lois du marché… Moins un produit est rare, moins sa valeur est forte, et moins il est recherché…
    Or, on parle d’augmenter les effectifs de sciences po, de supprimer le concours, ou de permettre a des élèves devant concentrer leurs efforts sur le bac ( dixit Richie) de rentrer a Sciences Po. mais une selection d’excellence doit juger au mérite, au capital intellectuel et culturel des étudiants un point c’est tout…
    Alors je suis inquiet, très inquiet pour l’avenir de mon école, pour l’avenir de mon diplome aussi, par egocentrisme, en lisant ceci. Et je tenais simplement a le faire savoir…

  • Moa

    Ne t’inquiète pas, il y a assez à commenter avec le fond de ton discours, pas besoin de diverger sur la forme pour dire des trucs.

    « Le concours reste le meilleur moyen d’assurer l’excellence académique des élèves admis à l’école ! »
    Pas tout à fait correct : La difficulté d’un concours, et d’un moyen de sélection est uniquement due au taux de sélection qui s’exerce. Pourquoi recruter sur Mention très bien serait un moins bon moyen ? Quand bien même les exigences au bac auraient baissé depuis quelque temps, on prend toujours les meilleurs lycéens, ceux qui ont eu d’excellents résultats, et ce sont même eux qui statistiquement réussissent le mieux à l’IEP ! L' »excellence académique » n’est pas forcément là où l’on peut le croire.

    « J’ai toujours été étonné par cette idée de promouvoir la mixité sociale… »
    Ca tombe bien, ce n’est pas celle qui est défendue. Ce qui est critiqué, c’est la discrimination sociale induite par le concours : à résultats équivalents au bac, un étudiant issu de CSP- aura deux fois moins de chances d’intégrer qu’un étudiant issu de CSP+. Et ça c’est un vrai problème de JUSTICE sociale. C’est cela qui est entendu par la réduction du programme d’histoire notamment : rétablir l’égalité entre les lycéens afin que chacun possède pleinement sa CHANCE d’intégrer l’IEP.

    « Aligner les exigences du concours d’entrée sur celles du baccalauréat conduirait à une véritable dévalorisation du concours. »
    Pas d’accord du tout : dire que les exigences du concours seraient celles du bac revient à sous-entendre que le bac serait la seule sélection pour rentrer à l’IEP, et que tout lycéen le possédant pourrait s’inscrire à Sciences Po. Ce ne serait pas une dévalorisation du concours mais une suppression de la sélection. Quoi qu’on pense de cette option, ce n’est pas du tout la question ici : la question est de savoir sur quelles exigences on choisit les étudiants de l’IEP. Le sacro-saint concours restera bien difficile comme souhaité, pas de souci. Seulement dire que l’on calque les programmes du concours sur ceux du bac revient à choisir des étudiants non en termes de capital culturel demandé EN PLUS de celui du bac (donc socialement construit (ou acheté)), mais en fonction des capacités de réflexion et d’analyse dont ils feront preuve. Plus besoin d’apprendre en prépa un programme d’histoire supplémentaire à celui demandé au bac. Et cela serait une bonne chose pour progresser en termes de justice sociale à l’IEP.

    Voilà pour le concours : pas de « dévalorisation », ni de « mixité sociale », mais une « égalisation des chances » pour plus de « justice sociale ».
    Avec les bon termes, sans déformation, peut-être que c’est plus facile de convaincre des étudiants de « centre gauche » de résister aux sirènes de l’UMP.

    Ensuite ça part en latte sur les ZEP, ce n’est plus le sujet de l’article. Mais il y a quand même des élements choquants dans ce que tu racontes : tu sous-entends que les étudiants entrés pas CEP n’ont pas le niveau de l’IEP, et qu’ils devraient bénéficier de cours supplémentaires pour se hisser au niveau des étudiants entrés pas concours. C’est un peu grave, tout de même. Ce n’est heureusement pas du tout l’esprit des CEP ! L’idée est que le concours est socialement discriminant (au risque de me répéter). Donc le capital culturel fait réussir. Donc ceux qui ne l’ont pas échouent. Or ils ont énormément d’autres capacités. Donc on les prend quand même.

    Pas de « remise à niveau » insultante et condescendante. Pas de quotas non plus. Juste une forme de sélection palliative qui permet de rétablir un semblant d’équité entre les étudiants.
    Encore une fois, ne nous trompons pas sur les termes, il yen a des réacs et d’autres progressistes. Forcément si tu utilise ceux de l’UNI, tu va devenir grave de droite.

  • martin pochet

    Et s’il vous plaît ne m’attaquez pas sur mon orthographe, je sais qu’elle est affreuse mais je ne me relis jamais mes messages…

  • martin pochet

    Bien qu’au centre-gauche, sur la question du concours je défend plutôt la position de l’UNI. Le concours reste le meilleur moyen d’assurer l’excellence académique des élèves admis à l’école! Lorsque l’on sait à quel point les exigences du baccalauréat ont chuté depuis 20 ans, on se rend bien vite compte qu’aligner les exigences du concours d’entrée sur celles du baccalauréat conduirait à une véritable dévalorisation du concours.

    Oui, il faut décaler la date du concours pour permettre aux provinciaux de pouvoir profiter de l’été pour pouvoir trouver un logement à Paris et installer des centres d’examens en province afin de limiter au maximum les coûts de transport et de logement des candidats.

    J’ai toujours été étonné par cette idée de promouvoir la mixité sociale… Au nom de quoi devrais t-on promouvoir cette dernière? de la « discrimination positive »? de la représentation des minorités? Une grande école n’a t’elle pas pour but de promouvoir l’excellence académique avant tout? Je sais d’avance ce que l’on va me répliquer : « Oui mais il faut bien lutter contre les inégalités scolaires entre les classes les plus et les moins favorisés! ». Je suis d’accord mais le meilleur moyen est-il d’avoir recours à la discrimination positive qui au final ne fait que déplacer la discrimination au lieu de la combattre? (car désormais les élèves les plus désavantagés sont ceux des moins bons lycées mais qui ne sont pas « étiquetés » ZEP!). L’idée de base des conventions ZEP était tout à fait honorable : pouvoir permettre à des élèves de ZEP de profiter de cours intensifs pour se mettre au niveau du concours de l’IEP (un peu sur le même principe que la CPES d’Henri IV). Mais Descoing est allé trop loin en instaurant un concours d’entrée différent pour ces élèves. Ils devraient passer le même concours que tout les élèves, là au moins la discrimination ne sera ni « positive » ni « négative ».

    Au final, ces conventions sont je crois une forme de « quotas » assez habilement déguisée. Si l’on veut vraiment imposer la mixité sociale à Sciences Po, autant fixer des quotas à l’entrée de l’école, au moins ce sera plus explicite (les Etats-Unis le font bien après tout).