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Ruth Mackenzie et Abd al Malik : la (Grande ?) Révolution Culturelle.

Mardi dernier, les étudiants de Sciences Po ont eu l’occasion d’échanger avec Ruth Mackenzie, directrice artistique du théâtre du Châtelet  et Abd al Malik, chanteur, au sujet de la place de la culture dans nos sociétés. Une rentrée solennelle placée sous le signe de la question de la démocratisation de la culture.

Après un discours introductif de la part de Pauline Bensoussan, responsable pédagogique et  coordinatrice des programmes du campus de Paris à Sciences Po, l’amphithéâtre Boutmy a eu le plaisir d’écouter un court récital de piano joué par Hugo Panonacle et Nour Ayadi, étudiants en deuxième année. Puis, durant un discours prononcé par les deux majors de notre promotion, Edmond Huet et Romy Khonaisser, nos invités ont eu l’occasion d’en apprendre davantage sur le projet pédagogique de notre école ainsi que sur les spécificités de la promotion Simone Veil.

À la fin de cet exposé, nos majors ont convié Ruth Mackenzie et Abd al Malik à rejoindre le pupitre de l’amphithéâtre Boutmy, marquant le début de cette leçon culturelle.

Crédits photo : Frédéric Ivernel

Dès les premiers instants de son discours, Ruth Mackenzie montre un engagement marqué par la volonté de révolutionner le rapport des parisiens à la culture. En effet, la directrice artistique du théâtre du Châtelet revendique un théâtre au service de son public et dans lequel chacun participerait activement à l’élaboration du projet. Son intervention incitait notamment les étudiants de Sciences Po à devenir des citoyens actifs en participant à des débats citoyens dans les mairies de Paris. Cette initiative cherche donc à pallier le déficit démocratique de l’accès à la culture en faisant en sorte que le théâtre puisse parler à toutes les strates de la société, car il s’agit, selon les mots d’Abd Al Malik, d’un outil démocratique. À titre d’exemple, Ruth Mackenzie envisage notamment la création de représentations théâtrales au sein de stations de métro afin de pouvoir toucher un public encore plus large et sur le même modèle que les expositions créées avec l’artiste Ai Weiwei durant les JO de Londres.

À ses côtés, Abd Al Malik, second intervenant de cette matinée, a, durant des interventions incarnées, rappelé la visée humaniste du projet. L’artiste, compositeur et interprète, ayant grandi dans les quartiers difficiles de Strasbourg a rappelé à quel point, cette période de sa vie a façonné son regard. Celui ci a notamment rappelé que nous traversons actuellement une période particulière et que “ dans une période de transition, le meilleur comme le pire peut advenir”. Citant l’exemple des migrants, Abd Al Malik rappelle que la culture est le lien qui nous unit tous, “le miroir de l’humanité” et qu’elle permet de dépasser les frontières. Abd al Malik nous met en garde à ce titre : le monde est condamné à réussir cette union, au risque d’échouer collectivement et de céder à l’obscurantisme sinuant au sein de nos sociétés. Cela passe donc bel et bien à intervenir auprès des plus jeunes pour rappeler l’importance de la culture.  Il invite ainsi l’ensemble de la communauté étudiante de Sciences Po à venir dans les quartiers dits “difficiles”, afin d’inciter les “exclus” à renouer avec le monde de la culture.

Pour nos “combattants de la culture”, il est devenu essentiel de lier l’ensemble des acteurs d’aujourd’hui et de demain pour créer du lien, partager des connaissances, et ce, afin de s’unir dans un contexte politique où justement, cette solidarité est vulnérable. Cette expression prend aussi son sens dans la mesure où il n’a pas forcément été simple pour nos intervenants d’obtenir leur place dans ce milieu. Ruth Mackenzie évoque notamment le sexisme dont elle a été victime durant sa brillante carrière.

Après un discours d’une bonne heure et quart, les étudiants ont été invités à poser des questions à nos invités afin de marquer d’autant le plus le lien entre les intervenants et notre promotion ainsi que de répondre à certaines interrogations.

Plusieurs questionnements ont été soulevés, à commencer par la question du financement de tels projets. En effet, si l’on pouvait espérer un plan pour rendre les accès aux théâtres gratuits, Ruth Mackenzie explique que le fait de payer un billet, même de manière très modeste, est justement ce qui permet de faire venir les clients et de ne pas (paradoxalement) “vider” les salles de théâtre. Il est toutefois regrettable et regretté que les invités de l’amphithéâtre Boutmy n’aient pas non plus développé l’aspect “pratique” et novateur de leur “révolution” ; à l’heure des budgets municipaux collaboratifs, des initiatives citoyennes et de la volonté d’horizontalité entre les citoyens et les institutions, nous n’avons malheureusement pas ouï de propositions concrètes pour commencer cette grande révolution culturelle.

Zacharie Kartener et Alice Lechat