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Sciences Po se met à table avec Guillaume Gallienne

Il adore imiter les femmes, a le verbe facile, et un visage reconnaissable, encadré de cheveux noirs et bouclés. Sociétaire de la comédie française, acteur, réalisateur et scénariste, son film, Guillaume et les Garçons à table, a raflé tous les césars. Décidément, cette année, Sciences Po a frappé fort : après Karl Lagerfeld, c’est Guillaume Gallienne qui était invité à l’occasion d’une masterclass exceptionnelle.

 

1393733_10202838046166669_1236912146_nIl est arrivé sans garde du corps, sans lunettes de soleil, et pratiquement à l’heure. Le talentueux artiste, le « fils prodigue » aux multiples facettes, s’est rendu dans l’amphithéâtre Emile Boutmy, le vendredi 11 avril, dans son plus simple appareil. Bonne humeur et gestuelle inimitable au menu, il était, en outre, extrêmement drôle. Comme s’il connaissait depuis toujours les centaines d’étudiants qui lui faisaient face, à boire chacune de ses paroles.

Après une longue et très élogieuse introduction de Frédéric Mion et de Jean-Michel Carlo, le directeur de l’Ecole de la Communication, c’est à cette question complexe que l’invité doit répondre : « Alors, racontez-nous quand et comment vous êtes devenu le fameux Guillaume Gallienne ? » le suspense est à son comble : que va-t-il nous révéler ?

« T’ES TELLEMENT PUTE, IL FAUT QUE TU FASSES DE LA POLITIQUE »

« Si la vie peut être aussi courte, alors il m’en faut plusieurs ». Telle fut sa réaction, à 18 ans, lors de la mort de sa cousine, Alexia. Elle n’avait que deux ans de plus que lui. Ce drame fût l’élément déclencheur qui lui fit prendre conscience qu’il pouvait être maitre de sa vie. C’est chose faite, Guillaume Gallienne claque alors la porte aux grandes études qui le guettaient, et se met au théâtre, qui s’impose à lui comme une évidence.

Au grand désespoir de son père qui lui prédisait une carrière de talent au sein d’un ministère « T’es tellement pute, il faut que tu fasses de la politique ! » disait-il. Oui, Guillaume Gallienne aurait pu choisir Sciences Po. D’ailleurs, il avait choisi Sciences Po, après ses deux années de classes préparatoires littéraires. Néanmoins, il a préféré, le jour du concours, dessiner sur sa copie, pour être certain qu’il n’y entrerait pas, enterrant ainsi les projections de son cher père.

Durant cette Masterclass, il revient sur son parcours. Les Cours Florent, où, en « gosse de riche maniéré et stéréotypé », il prend ses marques, doucement. Puis le conservatoire, qu’il rate une première fois. A la seconde, ce fût la bonne. On apprend que les gens le complimentaient sur la précision de son jeu, et que cela l’ennuyait. Gallienne ne voulait pas être prévisible. Aussi se mit-il à travailler l’imparfait, l’imprécis, l’imprévisible.

Il nous parle de ses rencontres. Des metteurs en scène qui ont jalonné son évolution dans l’art du théâtre. Parfois, il s’envole, tournoie dans son verbe poétique, et on ne comprend plus. On admire. Il revient sur terre « Mais pourquoi est-ce que je parle de ça… ? » On rit. Il parle de la danse, cet « art qui ne supporte pas la médiocrité ». Il parle de Canal Plus et de ses célèbres bonus, dans lesquels il joue, entre autres, une directrice de casting qui respire la méchanceté et l’ironie. Il revient sur Guillaume et les Garçons à table, lorsqu’il le jouait au théâtre. Il raconte Yves Saint Laurent, où il interprète Pierre Bergé, et durant lequel il a perdu beaucoup de poids « Je me suis rendu compte que raconter 20 ans d’amour pour un génie malade faisait maigrir ».

« C’EST LE TEXTE QUI ME FABRIQUE, QUI ME DESSINE »

Son récit est décousu, on se perd, parfois, dans sa chronologie. Mais on l’écoute, pris dans le tourbillon des mots qu’il sait si bien choisir.

Il raconte son travail de comédien. Travail, certes, mais presque seconde peau. « Le travestissement n’a jamais été un problème. Qu’il s’agisse d’un travestissement de sexe ou de conditions sociales. Tout est déguisement, mais en même temps je trouve que rien n’est déguisement. C’est le texte qui me fabrique, qui me dessine. »

Il nous parle des langues, et du monde, glissant au passage des commentaires percutant sur l’actualité. « Pour comprendre une culture, il faut passer par la langue. Par exemple, les Allemands ont le verbe à la fin et cela n’est pas anodin : on ne peut pas leur couper la parole. Les anglais eux, mettent la forme avant l’action réelle. Quant aux Russes, avec le perfectif et l’imperfectif, ils ouvrent un champ de possibles. Ils n’ont pas la Crimée, la Crimée est à eux ! Ce n’est pas de leur faute, c’est la Crimée qui est Russe !» Il nous confie son amour pour la langue française, dont l’accent tonique est libre de choix, ce qui donne la plus grande liberté possible aux acteurs. Il est possible de changer le sens des mots. Mais cet atout français, « c’est aussi ce qui fait que nous sommes les plus mauvais acteurs au départ ! » explique-t-il.

« J’AI JUSTE ENVIE DE DIRE QUE JE FAIS CACA COMME TOUT LE MONDE »

Il a réfléchi sur son succès. « Aujourd’hui je sens qu’on veut voir du Gallienne. On réduit mon travail à de la performance. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que je contrôle tout ? Quelle horreur ! » Et il ajoute à cela qu’il n’apprécie pas tellement poser avec ses fans pour des photographies. « Moi, je suis pas un dingue des selfies. Je ne peux pas dire que ce soit ma came du tout. C’est comme l’attente, ça me donne envie d’être très cru. C’est une protection, ça m’énerve. J’ai juste envie de dire que je fais caca comme tout le monde. »

Le mot de la fin ? Méfions-nous de la complaisance et du confort, ce sont deux mots dangereux. Pour trouver notre voie, il faut expérimenter, et ressentir.

A bon entendeur.

 

 

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