A la une

Semaine de la Pensée Marxiste : le communisme contre la fatalité

L’Union des Etudiants Communistes de Sciences Po a célébré le bicentenaire de la naissance de Karl Marx à travers une semaine de conférences et projections sur le thème de la “Victoire”. Les étudiants ont notamment pu découvrir le film “Le Jeune Karl Marx” de Raoul Peck, film qui met en scène sa jeunesse et sa quête intellectuelle. Mais ce n’est pas tout : au programme, il y avait aussi lunea conférence de Philippe Martinez à propos des succès et des propositions du syndicalisme actuel, ainsi qu’une analyse d’Alain Badiou. En filigrane, une volonté commune chez les étudiants et les intervenants de rajeunir et d’inspirer à nouveau l’engagement marxiste.

À l’écran, les tourments du jeune Marx

La semaine a débuté avec le film très commenté de Raoul Peck, réalisateur de “I Am Not Your Negro”. Le documentaire romancé se focalise de 1841 à 1848 sur Marx, alors jeune bourgeois indigné et passionné. C’est à cette période qu’il théorise le matérialisme historique et le combat des classes, et bascule avec Engels vers l’action directe, révolutionnaire, au contraire de la majorité de ses contemporains. Les grands débats houleux avec d’autres figures comme Proudhon et des penseurs utopistes, dont Wilhelm Weitling, se mêlent à la vie plus personnelle de Marx. Un film sur la construction de l’idéologie communiste qui dépoussière l’image un peu austère du philosophe et leader politique, reconstitution historique pour les moins persuadés mais permettant à d’autres de dresser des ponts avec la période actuelle.

« Le mot ‘communiste’ a été criminalisé. » Alain Badiou, professeur à l’ENS

La pensée marxiste a-t-elle encore une actualité ? Alain Badiou, invité sur le sujet, est un philosophe inspiré par Sartre et Althusser et professeur émérite à l’ENS. Connu pour son engagement communiste et ses critiques de la démocratie parlementaire, il a réuni 200 personnes dans l’amphithéâtre Albert Sorel pour sa conférence. D’après lui, l’intérêt de la pensée marxiste est qu’elle imaginait l’organisation économique comme comportant “des contradictions internes qui faisait qu’elle n’allait pas forcément se détruire, mais allait ouvrir sur une autre forme d’organisation”. Le philosophe explique l’échec des régimes communistes par leur instauration d’un Etat rigide à l’échelle nationale, ce qui n’est pas réellement conforme aux théories marxistes. “Le mot communisme a été criminalisé” déclare-t-il.

L’amphithéâtre Chapsal rempli pour la conférence d’Alain Badiou. Crédits photo : Damien Garcia

Un plaidoyer pour le « syndicalisme de lutte »

Comme Alain Badiou, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez ne remet pas en cause le militantisme traditionnel influencé par la pensée marxiste, malgré la critique actuelle adressée au syndicalisme dit de “lutte”. Il voit la CGT comme un syndicat de classe et de masse, détaché des partis politiques, qui revendique entre autres les 32 heures et un statut du travail. L’idée d’un cumul des droits attachés à la personne  (comme les congés) quelques soient ses changements professionnels est aussi proposée.

Affiche de la conférence donnée par Philippe Martinez

 

Il rappelle pourtant les adaptations nécessaires aux changements professionnels. C’est aussi “un défi majeur du syndicalisme de s’adapter aux nouveaux statuts.” “Je pense à tous ceux qui travaillent grâce à des applications numériques et qui échappent souvent au syndicalisme”, a déclaré le leader du syndicat lors de son intervention. Pour lui, les non-syndiqués sont majoritairement des personnes craignant la répression, mais aussi parfois de jeunes souhaitant prouver qu’ils peuvent se débrouiller sans syndicat. La CGT doit alors aider à régler les problèmes, pas à leur place mais avec eux.

“Les retours ont été globalement positifs” selon l’UEC, qui donnera par la suite peut-être plus de temps de parole aux intervenants. La semaine marxiste ne convainc pas tous les étudiants, mais remet au moins en cause le schéma d’un communisme entièrement défait. Badiou nous dirait: “il n’est pas vrai que la modernité soit asservie au capitalisme”.