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Solidaires,jusque dans la violence?

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Photographie : Amal Ibraymi

Dans le cadre des élections syndicales qui auront lieu le 4 et le 5 février, un troisième larron s’est immiscé dans le traditionnel duel entre l’Union Nationale des Étudiants de France (l’UNEF) et le Mouvement des Étudiants (le MET). Après cinq ans d’absence, Solidaires a en effet décidé de monter une liste, pour donner de la visibilité à un « syndicat de lutte et de transformation sociale, anti-fasciste, anti-raciste, anti-sexiste, anti-capitaliste, anti-autoritaire ».

Plus concrètement, les grandes lignes du projet défendu par Solidaires sont le rattachement de Sciences Po au service public, la fin de l’ingérence des entreprises et des logiques du marché dans l’enseignement et la fin des rémunérations exorbitantes des dirigeants. Un programme qui s’inscrit également dans une perspective dépassant le seul cadre de l’IEP avec l’institution d’un revenu étudiant  pour accéder à l’autonomie de vie et la volonté de défendre les étudiants et les salariés du monde professionnel dans son ensemble.

Pour Dariouche Tehrani, un des responsables du mouvement à Sciences Po, l’objectif est clair : « cette année nous avons décidé de nous présenter pour être présents dans les conseils afin d’être informés au mieux de ce qui se passe du coté administratif ». Mais dans quelle mesure la liste de Solidaires pourra bousculer le rapport de force au Conseil de Direction ?

Entre 2007 et 2009, la liste alors baptisée SUD avait obtenu des scores compris entre 6,7% et 8,7% des suffrages exprimés. Pas suffisant pour obtenir un représentant au CD, mais un résultat qui reste honorable et surtout suffisant pour grignoter des voix à l’UNEF, qui aura bien du mal à retrouver son score de l’an passé (76,5% des suffrages exprimés).

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Solidaires et la violence : quelle part de responsabilité ?

Mais au sein de l’IEP, Solidaires souffre d’une réputation pour le moins sulfureuse. Son appel à l’annulation de la conférence organisée en novembre dernier par l’association EuropeansNow « Quelle Europe pour demain ? » en présence de Florian Philippot avait fait grand bruit. Et avait nécessité la venue des forces de police pour faire face à « l’éventuelle venue de groupuscules issus d’autres établissements franciliens, motivés par cette ambiance générée par le communiqué de Solidaires et qui pouvaient constituer un risque réel de débordements » assure Théo Casciani, président d’EuropeansNow SciencesPo. Sur Facebook et sur le site de coordination Démosphère, de nombreux groupes s’étaient en effet organisés pour contribuer au blocage de l’IEP, notamment des  militants violents venus de Nanterre.

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Visuel de campagne de Solidaires.

A Nanterre, les militants du syndicat Solidaires assument clairement la violence de leurs formes de revendication politique. Nous avons rencontré un responsable du MET de Nanterre qui nous a rapporté avoir subi en novembre dernier une véritable ratonnade digne des plus zélés militants du GUD. « Nous étions six à tracter quand quarante militants de Solidaires et du NPA arrivent au niveau de la station du RER A pour nous mettre des coups de genoux. Nous avons fui, puis ils nous ont encerclé à 180° autour du bâtiment de droit : un militant clairement identifié comme un membre de Solidaires a alors donné un grand coup de ceinture dans le bas ventre du responsable du MET de Nanterre. ». Pendant, un tractage plus récent, un militant du MET aurait même été « projeté sur une barrière en béton ».

A l’université Paris I de Tolbiac, les violences sont du même acabit. En 2012, pendant les élections centrales, le président national du MET Antoine Diers avait été évacué à l’hôpital de l’Hôtel Dieu après avoir été agressé par des militants de SUD-FSE, un groupe qui a fusionné avec Solidaires en janvier dernier.

Toutefois, assimiler les membres de Solidaires Sciences Po à l’ensemble de leurs acolytes franciliens au motif qu’ils se réclament de la même fédération syndicale ne relève pas de l’évidence. Car Solidaires reste une fédération de syndicats autogérée, extrêmement décentralisée, avec des liens très lâches entre les différentes sections, et la perspective de voir les membres de la liste sciencepiste débouler en Boutmy avec des barres de fer pour tabasser les copéistes du premier rang paraît peu crédible. « Les positions d’un syndicat local n’engage que ce syndicat » affirme Dariouche Tehrani. Certes. Mais en se réclamant de la même structure qu’eux, Solidaires Sciences Po ne peut pas se désolidariser complètement des actes de ses camarades de Nanterre et de Tolbiac.

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Rassemblement d’antifascistes.

Un antifascisme assumé 

Si les liens entretenus par la section sciencepiste de Solidaires et les autres militants radicaux franciliens de la fédération sont flous, Solidaires ne cache en revanche pas ses accointances avec le très décrié collectif « Action Antifasciste Paris-Banlieue » (le CAPAB), jusqu’à afficher leur logo sur ses visuels.

Plusieurs des membres de la liste présentée par Solidaires à SciencesPo sont d’ailleurs des membres actifs du CAPAB : c’était notamment le cas de Clément Méric, décédé l’an passé. Le 24 octobre dernier, le syndicat avait même organisé une réunion publique en collaboration avec l’UNEF intitulée «l’antifascisme aujourd’hui » au sein des locaux du 13U. Parmi les invités, un bon nombre d’organisations antifascistes et notamment le CAPAB.

Or, le CAPAB est souvent présenté comme l’héritier du mouvement redskin des années 70, dont il s’est réapproprié les codes et les valeurs ainsi que le rapport ambigu à la violence politique. D’ailleurs, pour Samuel Laurent, journaliste au Monde, « les « antifas » adoptent des attitudes assez proches de celles de leurs ennemis les skinheads d’extrême droite« . Interviewé par les Inrocks, un militant de l’Union Antifasciste toulousaine affirmait ainsi que les antifas « ne rejetaient pas totalement la violence physique, au nom d’une démarche d’autodéfense. ». Sur la Horde, le site des antifascistes, le même discours est tenu : « la violence est un mal nécessaire dans le cadre d’une lutte qui se veut autonome ».

La proximité de Solidaires SciencesPo avec le CAPAB pose donc clairement question. Mais le syndicat a au moins le mérite d’avoir une ligne claire et sans ambiguïté en reconnaissant ses liens avec la sphère antifasciste . Pour Lorraine Monclar, tête de liste du MET au conseil de direction, « Solidaires est révolutionnaire et eux au moins, l’assument complètement« . Devinez qui est visé.

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Aurélien Terrassier
1 année 3 mois plus tôt

Une partie des anti-fas font monter le Fn bien plus qu’ils ne le combattent véridique. Quand certains ont cassé des vitrines et brûlé des voitures à Rennes, ça n’a fait que le jeu du Fn. Quand certains disent ne pas aller voter c’est pathétique et après ceux-là se comportent comme des rageux moralistes dès qu’on n’est pas d’accord avec eux. Ben voyons… Ces cyber-warriors justifient l’anonymat en trouvant comme prétexte les menaces physiques… Ce ne sont pas les Red-warriors qui eux ont fait le vrai travail en marginalisant les skinheads néo-nazis. Aujourd’hui les Red-Warriors sont très peu formés dans les… Read more »

Gael
1 année 11 mois plus tôt

Pourquoi y a pas de réponse au commentaire de Claire ? Si l’auteur sait qu’il y avait des « groupes violents venus de Nanterre », pourquoi est-ce que la formulation reste aussi floue ? A-t-il des sources pour étayer ce qu’il avance ? Comment sait-il qu’ils viennent de Nanterre si il ne sait pas qui ils sont ?
Franchement allez voir le droit de réponse de Solidaires, ça permet de mieux comprendre : http://lapeniche.net/droit-de-reponse-de-solidaires-etudiant-es-sciences-po-au-sujet-de-lautogestion-et-de-lautodefense/

Mao
1 année 11 mois plus tôt

Bravo à Alex Baptiste Joubert pour son travail de journaliste républicain de qualité.

Pierre
1 année 11 mois plus tôt

Bravo pour cet article et pour les réponses de l’auteur aux commentaires.

Colette
2 années 3 jours plus tôt

Je salue l’initiative de cet article. Je trouve tout à fait méprisable que certains groupuscules usent de violence envers autrui pour affirmer leurs idées en démocratie. C’est une honte, et dans des facs comme Paris X, j’estime que des mesures bien plus sévères devraient être prises à l’encontre de ces individus qui n’ont même pas les c*uilles d’affronter les autorités responsables lorsqu’ils commettent des actes de vandalisme ou de pure et simple violence. Ça crache sur la démocratie dans cette section en particulier, et ça veut empêcher les autres de s’exprimer, alors qu’on y défend absolument pas les positions fascistes… Read more »

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