A la une

Quelle télé pour demain : le récap’ de la conf de SciencesPo TV

 Sciences Po TV a voulu marquer le coup pour leur dernière conférence de l’année. Ce mardi 18 avril, l’association a présenté à l’amphi Chapsal rempli aux deux tiers ses cinq invités de marque prêts à débattre sur le sujet Quelle télé pour demain ?.

Alessandra Sublet, l’animatrice « la plus craquante » en 2011 selon les internautes du magazine gay et lesbien Têtu et actuellement aux commandes d’Un soir à la Tour Eiffel (France 2) était l’invitée phare de la conférence aux côtés des quatre hommes qui l’accompagnaient : Bruno Patino, numéro 2 de France Télévisions délégué aux programmes (accessoirement Directeur de l’école de Journalisme de Sciences Po), Mathieu Vergne, directeur des jeux et divertissement de TF1, Nicolas Coppermann, président d’Endemol France (et enseignant dans notre école), et Adrien Labastire, fondateur de Golden Moustache.

Un large panel de professions souhaité par Nicolas Davila, le président de Sciences Po TV : « On voulait vraiment représenter toutes les fonctions de la télévision avec des personnalités importantes ». Vous avez zappé ? La Péniche non. On a retenu ce qu’on pouvait d’une conférence laissant libre cours aux intervenants, de l’avenir de la Télé à Secret Story, en passant par la place des réseaux sociaux et une déclaration digne d’un talk-show italien.

 

“La Télé, avec nous pour toujours.”

La Télé ne mourra pas” ! répondent d’une même voix les cinq invités aux questions de Benjamin Duhamel, le futur président de l’association sur ce premier thème. « La Télé se diversifie et a encore de beaux jours devant elle » explique Alessandra Sublet, malgré de nouvelles petites chaînes qui font petit à petit du mal aux audiences des autres. La télé sera quoi qu’il arrive avec nous pour toujours explique Mathieu Vergne, car « on a toujours besoin de vivre des émotions ensembles ! Les gens ont besoin d’avoir vu la même chose la veille pour que le lendemain ils puissent en parler ensemble : la télévision est alors le seul vecteur qui le permet ».

Un certain optimisme gagne alors la salle : la concurrence du web reste fragile car difficilement finançable selon le créateur de Golden Moustache. Et il reste avant tout un contenu complémentaire à la télévision. Quant à l’arrivée de Netflix, et la « télé de recommandation » (comprenez « à la demande »), le risque de faire disparaître la télé comme on la connaît aujourd’hui n’inquiète pas nos professionnels. Celle-ci est préservée par le besoin de se rassembler qui semble, pour le coup, fédérer tous les invités : l’exemple du film du dimanche soir sur TF1, déjà vu et revu, mais qui fait pour autant d’excellentes audiences appuie cette thèse qui fait de la télé, un outil immortel.

« On ne se lassera jamais de regarder Secret Story »

Avec le président d’Endemol France et le directeur des jeux et téléréalités de TF1 comme invités, qui aurait oser prétendre échapper à quelques digressions sur Secret Story ? « Dans 15 ans, oui on regardera Secret Story le vendredi soir. On ne se lassera jamais de regarder Secret Story » lance le producteur de l’émission comme pour justifier l’immortalité de la télévision.

C’était sans compter Mathieu Vergne qui travaillant en ce moment à plein temps sur le programme présent sur les ondes en août, a voulu nous préciser ce dont on ne doutait pas : « Surtout qu’on vous prépare des beautés. Ça va être palpitant ». Si la télé-réalité continue de sévir, c’est bien parce qu’elle propose sans cesse de nouvelles innovations.

C’est notamment le cas de Loft Story, une “véritable révolution” pour Bruno Patino. : « Quand je travaillais au Monde, on a fait une dizaine de comités de rédaction pour le Loft. On a quand même fait trois unes sur le Loft !! ». Une émission dont la fonction est nette : divertir. C’est ce que confirme Mathieu Vergne :  « On apprend pas forcément des choses mais cette fonction de divertissement a toujours existé dans notre monde ».

Nicolas Coppermann finit par rappeler ses confrères au sujet de la conférence :  « Ce qui m’étonne c’est qu’on est là pour parler de l’avenir de la télévision et que là, on parle de Loft Story ». Soulagements côté public.

L’interactivité du public : la TV de demain ?

Depuis quelques années, les réseaux sociaux pèsent de plus en plus sur les épaules des animateurs. Sur Twitter, les critiques de 140 caractères leur laissent souvent un goût amère. Quant à Facebook, qualifié par Adrien Labastire de « plus gros média dans le monde actuellement », le moindre impair peut inspirer des centaines de milliers de commentaires.

Face à ces pressions, Alessandra Sublet nous avoue qu’elle a « vu certains animateurs avoir leur portable sur scène parfois même en direct pour savoir ce que les gens disent d’eux ». Néanmoins, le phénomène est loin d’être généralisé dans la mesure où seulement 3% de téléspectateurs seraient en même temps sur Twitter.

Les nouveaux programmes cherchent de plus en plus l’interactivité sur le plateau. Rising Star, l’émission lors de laquelle les téléspectateurs désignaient en direct les talents qu’ils voulaient se voir, ou non, qualifiés en est l’exemple parfait.

Sa déprogramation précoce de M6 montre toutefois qu’il n’y a pas de formule magique de réussite. Pour Bruno Patino, c’est la raison pour laquelle il faut « lancer le plus possible de programmes, afin d’en avoir un qui marche ». D’où l’inondation de nouveautés, pour quelques semaines seulement ou plusieurs années.

Vincent Malapert de la Minute Yep en émoi face à Alexandra Sublet cheveux au vent. Photographie : Capucine Personnic.

Vincent Malapert de la Minute Yep en émoi face à Alexandra Sublet cheveux au vent. Photographie : Capucine Personnic.

« Alessandra Sublet, vous êtes sublime, voulez-vous m’épouser ? »

Après cette heure de conférence, il ne reste que quelques minutes consacrées à l’échange avec la salle. C’est alors qu’un étudiant du fond de l’amphi lance : « Alessandra Sublet, vous êtes sublime, voulez-vous m’épouser ? ». La salle se lâche et applaudit. C’est Un brun d’humour qui manquait à cette conférence. Malgré sa réponse négative, l’animatrice précise qu’elle “aurai(t) adoré qu’on soit dans une série tous les deux ». L’écran qui s’était installé entre les cinq invités et le public tombe.

Face à ce manque d’interactions avec la salle, nous demandons à Alessandra Sublet pourquoi avoir accepté l’invitation du média audiovisuel de Sciences Po : « Il est toujours intéressant de se confronter à ceux qui feront la télévision de demain et il est donc important de donner notre point de vue et de savoir comment eux la perçoivent ». Il va sûrement falloir revenir pour savoir…

C’est en réalité ce qui résume cette conférence : riche, avec des points de vue différents et un réel éclaircissement de la part de professionnels de la télévision sur l’orientation que celle-ci semble prendre. Mais la complicité des invités entre eux, et avec l’animateur, leur a fait oublié, de temps à autre, l’existence d’un auditoire. Dommage.

  • Maël Deschamps

    Après l’insipidité, la désinformation.