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Tour d’horizon de la rentrée politique de Sciences Po

Cet article s’adresse particulièrement aux 1A curieux de découvrir la vie politique sciencepiste, l’occasion de dessiner un rapide bilan du ressenti de l’année écoulée et des ambitions envisagées pour la rentrée.

Bien des étudiants de Sciences Po ont ressenti un dégonflement de la vie politique pour l’année qui se clôt, comme en attestent deux récents articles, le premier de la Péniche (http://lapeniche.net/lengagement-politique-des-jeunes-a-sciences-po/), le second des Echos (https://start.lesechos.fr/continuer-etudes/vie-etudiante/sciences-po-paris-la-vie-politique-a-beaucoup-decline-12280.php).
L’engagement politique bat de l’aile pour beaucoup de militants et l’école n’échappe pas à la restructuration de la période post-élections. Mais d’autres facteurs entrent aussi en compte : ce qui est parfois considéré comme un dispersement politique avec les campus de région, la part des étudiants internationaux, et dorénavant la mise en place d’un parcours civique qui avantage l’engagement public face à l’action partisane, tout cela concourt à ce sentiment de déclin. Certains y voient un militantisme plus « pragmatique », dédié à une cause par laquelle on se sent touché, plutôt qu’un militantisme professionnel. Et si les cafés politiques attirent plus de curieux – intellectuels ou militants – que le traditionnel tractage, quelles sont alors les actions de la rentrée ?

Le bilan d’une année creuse ?

Quel ressenti vis-à-vis de l’année pour les associations partisanes ? Certaines se revendiquent très actives dans leurs interventions. Alexandre Freu, Président des Républicains Sciences Po, énumère le bilan de sa formation : « un Campus d’Hiver avec un maximum de représentants des campus délocalisés, un déplacement à l’étranger [à Bruxelles], un partenariat avec les conservatives de UCL à Londres, une soirée de section, une moyenne d’un événement toutes les deux semaines… ».
De son côté, plus d’un an avant les échéances européennes, l’organisme transpartisan des Jeunes Européens Sciences Po a non seulement organisé un voyage dans la capitale européenne et fait vivre son partenariat avec la section londonienne, mais s’est aussi consacré au programme de sensibilisation « l’Europe Par les Jeunes ».
Son association « concurrente » Critique de la Raison Européenne a pour sa part convaincu Marcel Gauchet, Emmanuel Todd, Hélène Carrère d’Encausse – entre autres intellectuels et politiques – d’exposer leurs idées aux étudiants. De plus, « Nous avons considérablement développé nos liens avec certains médias proches de notre ligne [tels] Le Figaro.Vox, Marianne, Polony.tv. » se réjouit Joachim Imad de la CRE.
En ce qui concerne la section FI de Sciences Po, aux conférences de députés insoumis (Eric Coquerel, Danièle Obono) se sont ajoutés de nombreux moments militants, entre départs de manifestations et Assemblées Générales.
LREM a naturellement plutôt orienté son projet dans l’explication de la politique gouvernementale : « Créée en septembre 2016, deux mois avant la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron, l’association s’est très vite engagée dans une campagne électorale particulièrement intense. À l’issue, notre association, comme l’ensemble du mouvement d’ailleurs, a vécu une transition, qui n’est jamais simple effectivement », déclare un membre de la section sciencepiste.

Pour d’autres associations partisanes, l’année post-électorale n’a naturellement pas été trépidante. Si les partis de Sciences Po ne sont pas un miroir de la vie politique nationale, il est bien clair qu’ils n’ont pas échappé aux restructurations. Le PS s’est montré notoirement silencieux : « après une défaite subite, beaucoup d’étudiants ont été démobilisés avec la reconfiguration des offres politiques. Puis avec l’émergence de Générations, il y a une offre beaucoup plus concurrentielle à gauche » reconnaît Joseph Thomas, le secrétaire général de la section PS.

Des émissions politiques au programme…

Avec les quelques dates politiques de l’année, les médias sciencepistes ont déjà prévu leur coup. Sciences Po TV annonce la reconduction de son partenariat avec l’Emission Politique sur France 2, tandis que le journal interuniversitaire La Gazelle poursuit son cycle de conférences du Séminaire et dévoilera prochainement ses invités. De même, Radio Germaine a prévu une programmation politique ambitieuse. L’année dernière, Jean-Christophe Cambadélis, Nicolas Dupont-Aignan et Thierry Solère sont passés dans le studio de la radio. « « Ondes politiques » est reconduite pour la troisième année consécutive. Cette année, c’est Louis Dutheuil, qui connaît bien la maison puisqu’il était déjà sur Radio Germaine à l’émission politique lors de la saison 2015/2016, qui animera l’émission et qui sera chef du service politique, avec autour de lui, une équipe de cinq à dix personnes. » explique Maxime Martinez, le directeur de rédaction. « Nous pourrons compter notamment sur plusieurs étudiants en journalisme, qui nous permettront d’avoir un œil plus pointu sur la politique ».  Les étudiants désireux pourront écouter la diffusion les vendredis à 19 heures.

… et des indices d’événements prévus par les associations

Du côté des associations partisanes, les projets se mettent en place pour les élections européennes. Valérie Pécresse, la marraine des LR, interviendra lors de l’assemblée générale de rentrée mi-septembre, puis un café politique avec des députés suivra. Quelques initiatives se mettent en place : « peut-être plus que lors des autres années, plusieurs intellectuels seront invités » promet Alexandre Freu, qui souhaite aussi développer la formation des militants.
Des députés aussi pour LREM, qui souhaite avant tout organiser des conférences techniques pour expliquer les projets de loi.

A l’opposé, grande rupture souhaitée par les socialistes. Pour Joseph Thomas, « le but cette année, c’est de tourner la page. On a réussi à tisser un fond militant assez important cet été qui va permettre de proposer aux étudiants de Sciences Po des événements divers et variés ». Avant d’inviter des personnalités, les socialistes veulent « changer le logiciel de la section, en faire une section beaucoup plus productive, produire des contenus, réfléchir, avoir des débats sur un certain nombre de sujets. On ne veut pas forcément d’une section qui invite des gens pour réfléchir à sa place, on a envie qu’une réflexion parte des étudiants parce qu’on estime qu’à Sciences Po, il y a un un vivier d’idées ». Programme, donc : une Assemblée générale de rentrée, une séquence de réflexion sur l’identité sociale-démocrate, et , surtout au second semestre, des conférences sur les politiques publiques européennes méconnues ou marginalisées (précisions à venir au courant de l’année).
Chez Génération.s, des conférences, comme celles avec Benoît Hamon et Cohn-Bendit l’année-dernière, et des débats sur l’UE sont prévus : « On a pas mal d’idées, que ce soit sur les sujets, les intervenants. Il y a la matière, que ce soit dans l’actualité : l’affaire de l’Aquarius, l’affaire Benalla… ou dans nos « thèmes » de prédilection, comme l’Europe » commente Paul Surel.
L’Union des Etudiants Communistes est par ailleurs « impatient[e] de renouveler la Semaine de La Pensée Marxiste ». Et de promettre de tout faire pour que les  sciencepistes soient présents dans les mobilisations à venir.
Sur le débat européen, la Critique de la Raison Européenne annonce un emploi du temps chargé. Pour la rentrée, on peut s’attendre à une conférence cruciale pour l’association, dont le contenu demeure une surprise jusqu’à présent. Plus tard en avril, ce sera un grand débat entre partis souverainistes (FI, DLF, UPR, LP, RN). « Il faut aller plus loin, continuer à nous construire intellectuellement et surtout à être cohérents dans notre démarche. […] Il est de plus en plus facile de s’assumer comme souverainiste, détracteur du libéralisme, voire conservateur à Sciences Po, et je crois que cela est essentiel. La pensée que beaucoup ont longtemps qualifiée d’unique ne l’est plus vraiment », estime Joachim Imad.
Ce à quoi répondent les JE par une autre table ronde prévue avec des représentants de partis politiques. Des éditions spéciales pour le journal le « Taurillon en Seine », et le lancement de « Taurillon Radio » sont aussi à l’agenda.

Les 1A sauront-ils où donner de la tête ? Par Albane Miressou-Got

Les projets communs entre partis sont-ils envisagés ? Oui, tous s’accordent à le dire. Génération.s en a déjà fait l’expérience avec sa conférence en partenariat avec LREM l’année dernière. De même, la section PS imagine une coopération, notamment des discussions sur la présentation du budget par le gouvernement. Pour les Républicains, « à ce stade de l’année, des contacts personnels ont déjà été pris, et les élections européennes auront vocation à être au cœur des débats cette année, y compris entre les différentes associations politiques de l’Ecole ».
Maria Popczyk des JE confie : « on compte créer de nombreux partenariats pour ouvrir la thématique européenne à un public le plus large possible, que ce soit avec des associations (Sciences Po Environnement, Association des Polonais de Sciences Po…) ou des sections de partis ».

Des mesures sur le long-terme pour s’adapter aux chamboulements

Un bon recrutement chez les 1A  est attendu. La plupart des associations partisanes se déclarent d’ailleurs optimistes malgré le prochain déménagement du campus. Pour rappel, l’acte II du Collège U déplacera le programme général de Paris à Reims, un changement qui concerne les deux premières années excepté, bien sûr, les bicursus. Les étudiants en 1A et 2A s’occupant souvent d’une grande part du travail associatif concret, les militants ont peur d’une forte baisse de la vie politique sur le campus de Paris.

Pourtant, Paul Surel (Génération.s) ne croit pas à une dépolitisation. « Les Master ne sont pas absents des associations militantes. Ils ont cependant une autre façon de faire vivre la vie politique : […] plutôt des événements comme des conférences, ou du style think-tank ; quoique quand on regarde ceux qui étaient le plus engagés lors de l’occupation des bâtiments de Sciences Po, on remarquera que beaucoup d’entres eux étaient en Master, et c’était les plus motivés, les plus investis ».
Le même avis est partagé par le PS, qui rappelle que la création du Collège U est finalement récente dans l’histoire de Sciences Po.
Les LR ont quant à eux anticipé les changements : « Un membre du bureau [est] spécialement dédié à ces questions, comme l’année dernière. Sur les campus délocalisés, un rapprochement des antennes de campus avec des élus locaux et régionaux est déjà en cours, notamment à Dijon et Menton ». Même voie pour LREM, qui a créé le poste de vice-président en charge des campus, et veut attirer les masters : « si les étudiants en Master sont moins investis dans les associations politiques, c’est aussi parce qu’elles ne leur offrent pas suffisamment de raisons de le faire. Cette année, nous ambitionnons de nous adresser plus particulièrement à eux en développant des conférences plus techniques qui pourraient faire écho à leurs spécialisations, avec des invités pas forcément politiques qui pourraient les aider dans leur projet professionnel futur ! ».

Voilà pour un dessin de la rentrée politique : élections européennes, mid-terms américains… restez alertes cette année !

N.B : Les partis et les associations politiques évoqués ne constituent pas une liste exhaustive, de même que les événements prévus. Il s’agit plutôt d’un petit panorama de la rentrée 2018 avec une attention accordée aux élections européennes.

Aude Dejaifve