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Tribune : « Les inespérés bienfaits de la méditation à Sciences Po »

La Péniche donne la parole aux syndicats étudiants, aux sections des partis politiques et plus largement aux étudiants souhaitant publier un texte ou une tribune, dans notre rubrique « Tribunes ». La position des auteurs de ces tribunes n’engage pas la rédaction de La Péniche. 

Un texte de Martin Monin, pour l’association étudiante Médiation&Action.

Combien de fois par jour, par semaine, se fait-on de fausses impressions sur les choses ? Tel ou tel évènement ou impératif se présente à nous, et nous réagissons de manière automatique en espérant une retombée peu profitable au mieux, vraiment désagréable au pire. Tous nos repas de famille, toutes nos rentrées scolaires ont-elles réellement été des calvaires ? Ces rendez-vous chez le dentiste ou ces rencards imprévus se sont-ils tous soldés par des dents cassées ? Peut-être que la réalité, en fin de compte, n’est pas toujours conforme à ce que l’on espérait d’elle. Peu importe si elle finit par nous décevoir ou nous surprendre agréablement, au fond reconnaissons simplement que tout n’est pas prévisible et calculable.

Lorsque la méditation a été introduite à SciencesPo, certains ont du se faire une idée pré-conçue de ce qu’est cette pratique, vieille de 2500 ans et pourtant toujours très actuelle. Leur en voudrait-on ? Après tout, c’est bien ce à quoi nous prépare notre institution : pouvoir affronter n’importe quelle situation sans avouer notre manque d’expertise et de ce fait perdre la face.

Alors donc, qu’est-ce que la méditation ? Est-ce une forme de relaxation visant à nous abriter de notre anxiété et nous permettre de ressourcer nos capacités cognitives ? Ou bien la porte d’entrée vers un état de transe visant à nous reconnecter à l’être cosmique créateur de toute chose ?

Ne concerne-t-elle que les hipsters devenus aussi proches de leur bien-être que de leur plan épargne-logement ? Ou bien est-elle la redécouverte hippie de pratiques oubliées provenant d’Asie ?

 

De multiples fruits ramassés au bord de la route

Chercher a priori les bienfaits procurés par la méditation risque de nous faire tomber dans le piège de l’utilitarisme. Cette pratique, par le saut dans l’inconnu qu’elle nous invite petit à petit à faire, sans violence et sans champignons, vise précisément à nous faire quitter cette oeillère de l’utilité, qui obscurcit déjà trop nos vies.

Cependant, vouloir résumer en une phrase, en une idée, la pratique de la méditation, serait un peu trompeur et vendeur. Puisqu’elle nous met simplement et véritablement en rapport avec ce qui est, elle ne peut avoir un seul visage.

Chögyam Trungpa, un des premiers maîtres orientaux à avoir quitté l’Asie, où la méditation est devenue aussi absente et vidée de son sens que les « Notre Père » d’ici, pour la présenter en Occident, déclare :

« La vie est un voyage sans fin, elle est comme une autoroute très large qui s’étend jusqu’à l’infini. La pratique de la méditation fournit un véhicule pour parcourir cette route. Bien que le voyage soit fait de hauts et de de bas constants, d’espoirs et de peurs, il en vaut la peine. La pratique de la méditation permet de faire l’expérience de toutes les textures de la route, et c’est justement là l’objet du voyage. Par la pratique de la méditation, on commence à voir qu’il n’existe, somme toute, aucune raison de se plaindre de quiconque, ni de quoi que ce soit. »

Ainsi, méditer nous aide à voir les choses plus clairement, et cette clairvoyance nous permet de trouver plus justement notre place dans le monde, de nous y engager sainement, sans rajouter plus de névrose et de confusion.

Prenons le temps, un court instant, de nous interroger sur ce qui nous a poussé à poursuivre nos études dans l’institution de la rue St-Guillaume. Peut-être que le doute rencontré alors par certains fera face à l’aspiration profonde d’autres de leurs consoeurs et confrères de changer les choses, durablement.

Avant que nous ayons besoin d’obtenir un Oscar pour le dire, rendons-nous compte que certaines choses bloquent dans les rouages de nos organisations contemporaines. Sans en faire l’étendard guidant notre identité et notre conduite, simplement prenons acte de cette réalité, entièrement, et dégageons de ce constat une nouvelle manière d’agir.

C’est cela que la méditation nous propose. Elle nous fait découvrir, apprivoiser et travailler ce mode d’être et d’action.

D’abord, se rendre compte de l’état premier des choses, de leur nature simple et profonde. Puis, mettre à jour les liens qui nous y unissent, les ponts qui existent en nous et avec ce qui nous entoure.

Et enfin, sans que cet ordre pédagogique ne soit au fond le principe véritable de l’agencement de ces étapes, accepter les réalités de ces rapports, et se mettre à les cultiver, à dévoiler leur fond premier.

 

Sortir du cocon pour retrouver le sens de l’engagement

Alors, nous découvrons qu’il n’est plus besoin de distinguer pour penser, de catégoriser pour organiser, d’agencer pour développer, de gérer pour vivre. On découvre qu’on peut être en rapport très direct avec ce qui est, sans tenter d’en tirer fierté auprès des autres ou de se retirer dans son cocon pour contempler ce nouveau trésor.

Pour nous les deux notions semblent contradictoires : ce qui est méditatif serait de l’ordre de l’intime et ce qui est révolutionnaire serait de l’ordre du social.

Fabrice Midal

Voilà qui est faux et dangereux. « En vérité tout questionnement réel doit venir d’une expérience personnelle. Le nier, c’est condamner l’homme à être le porte-parole malheureux de l’idéologie », insiste Fabrice Midal, philosophe enseignant en France la méditation de manière laïque depuis plus de 15 ans, et qui viendra le 15 mars à SciencesPo présenter le lien entre méditation et engagement.

La méditation n’est donc pas une nouvelle technique réinventée par Google pour nous rendre plus performants, ni un rite censé combler le manque de spiritualité en Occident. Autrement dit, elle ne peut, en nous faisant travailler notre présence face à la réalité, que nous rendre plus libre. La pratique de la méditation ne nous aliène donc pas à une nouvelle idéologie, qui par une méthode transcendante, nous transformerait de l’extérieur, selon un dogme et une conduite pré-établis.

Et peut-être que la meilleure manière de vous montrer que la méditation est avant tout une expérience personnelle, surprenante et pourtant très simple, serait de vous proposer de prendre le temps, pour une seconde, de lever les yeux de votre écran, de tourner votre buste légèrement d’un côté ou de l’autre, et de regarder ce que vous voyez.

Une paire d’yeux, une luge, le reflet d’un arbre sur une fenêtre… À rien ne sert de nommer ce qui rencontre votre regard, simplement prenez une seconde de plus pour l’embrasser, quoique vous rencontriez. Attention, le contraste entre ce moment hors le temps, et le retour à votre écran, peut être frappant !

Cette clairvoyance enfantine et gratuite (qu’est-ce que cela nous coûte de regarder un instant de plus, sans raison ?) est peut-être la clé d’une relation plus présente et respectueuse avec ce qui nous entoure, à travers chacun de nos actes. Nous pourrions alors cesser de toquer à chacune des portes du couloir pour trouver un sens à notre vie, mais ouvrir ce qui nous fait face et entrer ainsi dans l’espace qui nous est le plus juste.

Des séances gratuites de méditation laïque, accompagnées d’enseignements et de débats sont organisées chaque semaine à SciencesPo par Méditation & Action. Le 15 mars prochain, une conférence sur le thème de la méditation et de l’engagement aura lieu, avec le philosophe Fabrice Midal.

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