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Tribunes : l’UNI soutient le budget 2015, l’UNEF appelle à la mobilisation

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 Frédéric Mion a présenté vendredi dernier aux élus étudiants du Conseil de Direction le budget prévisionnel de SciencesPo pour 2015. Ce budget prévoit notamment une hausse des frais de scolarité de l’ordre de 0,9%. L’UNI et l’UNEF ont accepté de publier dans nos colonnes une tribune afin d’exprimer leur position sur le budget présenté par la direction.

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Budget 2015 : pourquoi il faut se mobiliser cette année (encore) !

par Enora Naour, présidente de l’UNEF SciencesPo

Il y a comme un sentiment de déjà-vu, une vieille rengaine qui, chaque dernière semaine de novembre, s’insinue dans les esprits avec un désagréable arrière-goût de fatalité. Et cette année encore, il faut se mobiliser. La direction a présenté aux représentant-e-s UNEF son budget prévisionnel pour 2015, qui sera voté par le conseil d’administration le 9 décembre prochain. Ce budget, comme les années précédentes, compte faire peser davantage le financement de Sciences Po sur les étudiants en augmentant en moyenne les frais d’inscription de 0,9%.

Accepter une hausse, quelque soit son montant, c’est oublier qu’elle s’applique à des frais d’inscription déjà trop élevés. La hausse de cette année ne doit pas faire oublier celle de 1,3% l’année dernière – au lieu des 3% prévus à l’origine, grâce à la mobilisation de l’UNEF – et plus largement, le quasi-triplement des frais d’inscription moyens depuis 2008.

Cette hausse représente 210 000 euros supplémentaires dans le budget, en plus des 2,5 millions apportés par l’augmentation du nombre d’étudiants, alors même que le budget de Sciences Po est excédentaire de 1,7 millions d’euros. Comme l’année dernière, la hausse des frais d’inscription n’est justifiée par rien d’autre que les exigences d’un conseil d’administration déconnecté des réalités. Un tel excédent est révélateur des choix de la direction qui préfère répondre aux impératifs posés par les agences de notation plutôt qu’aux besoins des étudiants..

.Certains n’hésiteront pas à dire qu’augmenter les frais d’inscription sur les tranches les plus élevées, c’est favoriser la justice sociale au sein de Sciences Po. A cela, nous apportons trois réponses.

Premièrement, les principaux concernés par la hausse des frais d’inscription sont les étudiants étrangers extérieurs à l’EEE qui paient d’office les frais d’inscription maximaux (actuellement 9400€ en collège universitaire et 13 700€ en master), quelques soient leurs revenus ou leur origine sociale.

Deuxièmement, il est erroné de la part de l’administration de croire que tous les étudiants bénéficient d’un soutien parental à hauteur de celui qui est implicitement considéré comme acquis dans le barème des frais d’inscription de Sciences Po, basé sur les feuilles d’imposition parentales. Que tous ceux qui ont du s’endetter personnellement et subissent de plein fouet chaque hausse s’expriment et fassent comprendre à la direction et au Conseil d’administration que non, 80, 100, 120 euros… en plus chaque année n’ont rien d’anodin.

Enfin, le budget annonce une diminution du poste bourses et aides sociales de 1,5%, soit une baisse de 150 000€. Alors que ce poste inclut les compléments de bourses, le budget de la Commission de Suivi Social, la bourse Boutmy, les aides à la mobilité…force est de constater que moins de fonds seront disponibles pour aider les étudiants.

Militant de l'UNEF lors de la mobilisation contre la hausse des frais de scolarité en 2013-2014.

Militant de l’UNEF lors de la mobilisation contre la hausse des frais de scolarité en 2013-2014. Photographie : Amal Ibraymi.

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Derrière le gel des frais d’inscription, notre mobilisation vise plus largement l’ensemble du budget et les postes de dépense qui annoncent une dégradation de nos conditions d’étude et de la vie étudiante. La réforme de la vie étudiante est un prétexte pour diminuer de 20% les subventions aux associations, soit une baisse de 55 000 euros par rapport au budget 2014, ce qui portera assurément un coup dur au dynamisme et à la diversité des évènements et projets proposés dans l’école. La baisse des dépenses pour l’investissement informatique ne laisse rien présager de bon pour les futures inscriptions pédagogiques ou la consultation des notes tandis que la baisse de 5,5% du poste documentation impactera directement la richesse du fonds de la bibliothèque.

C’est pour cela que l’UNEF incite l’ensemble des étudiants à se mobiliser contre ce budget. Ce n’est pas une hausse qui est soumise au vote des élus c’est une grille de frais d’inscription. C’est contre celle-ci qu’il faut se battre inlassablement, pour demander leur gel immédiat, pour supprimer le système de paliers en mettant en place la linéarisation et pour intégrer les étudiants étrangers dans le système dégressif. Plus largement, il est nécessaire de rappeler que l’enseignement supérieur ne peut être un bien soumis aux lois du marché et que l’Etat doit s’engager pour assurer un financement durable de Sciences Po qui ne reposerait pas sur les épaules des étudiants.

Prenez donc le temps de réfléchir à la pente glissante sur laquelle l’IEP s’est engagé, demandez vous combien représenterait une hausse de 1% par an au bout de vos 5 ans d’études, partagez vos témoignages sur http://unef-sciences-po.tumblr.com/ et signez la pétition de l’UNEF, pour montrer que les étudiants n’accepteront pas d’être avant tout considérés comme une source de financement intarissable de l’IEP.

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Pourquoi l’UNI-MET a fait le choix d’assumer la complexité

par Céline Bentz, représentante de l’UNI en Commission Paritaire

 

« Le grand intellectuel est l’homme de la nuance, du degré, de la qualité, de la vérité en soi, de la complexité. » écrivait André Malraux dans l’Espoir, et comme souvent, il écrivait avec justesse. Si l’UNI-MET fait aujourd’hui le choix de se positionner en faveur du budget proposé par l’administration c’est qu’elle ne doute pas de la capacité et de l’envie des étudiants de Sciences Po de comprendre les subtilités de ce dernier, et de ne pas s’en tenir à la rhétorique simpliste qui envahit aussi bien la Péniche que les réseaux sociaux depuis quelques jours. L’UNEF avance que le budget prévisionnel pour 2015 n’est autre qu’une monstrueuse aberration destinée à accroître la pression financière qui pèse sur les étudiants et leur famille. Mais s’est-elle seulement plongée dans le détail de cette hausse des frais de scolarité ?

Aux premiers abords, il serait tentant de dire que non. En effet, ce budget n’a d’autre objectif que d’opérer une indexation des droits d’inscription sur l’inflation. Cette démarche qui apparaît comme une condition sine qua non à la pérennisation d’un budget équivaut à une évolution moyenne à la hausse de 0.9%, c’est-à-dire une bagatelle.

Cette hausse moyenne a par ailleurs été proposée avec discernement et ne concerne pas tous les ménages dans les mêmes proportions. Ainsi, les boursiers continueront de se voir exonérer de droits de scolarité. La population la plus fragile de l’établissement verra donc la sécurité financière qui lui était jusqu’à lors assurée pérennisée. En outre, dans une volonté de préserver les classes moyennes, les quatre premières tranches seront épargnées par l’augmentation des frais.

Cela signifie que toute famille disposant d’un revenu global annuel (pris en considération pour un ménage composé d’un couple et de deux enfants (soit trois parts fiscales)) s’élevant jusqu’à 57 999€ ne sera absolument pas sollicitée. Les frais de scolarité augmenteront ensuite très progressivement de 20€ à 100€ et 120€ annuels respectivement pour le bachelor et le master. A savoir que cette dernière hausse s’appliquera à des ménages au revenu annuel supérieur à 200 000€. Il est donc fort à parier qu’ils n’en souffriront que peu.

Eu égard de ces considérations techniques, la démarche de l’UNEF apparaît purement et simplement démagogue et s’inscrit -à n’en pas douter- dans une précampagne électorale destinée à s’assurer un terrain favorable dans l’optique des élections étudiantes à venir. Les étudiants de Sciences Po sont trop éclairés pour se laisser duper par cet argumentaire de bas étage et ne pas saisir à quel point il est fallacieux.

Ceux qui supporteront les efforts budgétaires les plus conséquents pour cette année 2015-2016 ne seront pas les familles des étudiants, mais bel et bien les employés de l’établissement qui ont vu la hausse de leurs salaires drastiquement atténuée depuis 2014. Employés que l’UNEF a généralement à cœur de défendre…C’est donc pour se défaire de la rhétorique électoraliste qui mine le débat intersyndical à Sciences Po que l’UNI-MET a choisi d’assumer la complexité.

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  • Prospy

    On peut acceder au document du budget ?

  • Louis

    Je passerai sur la notion de « bagatelle » de l’UNI, on lui rappellera juste que même 20 euros c’est à peu près 6 repas au CROUS ou un peu plus d’une nuit de loyer pour certains, mais bon de la part d’un « syndicat » qui de toute façon a quasiment toujours voté les hausses de frais d’inscriptions quel que soit le montant de la hausse je ne suis pas étonné…
    Par contre qu’ils aient la malhonnêteté intellectuelle de n’accorder pas à un mot de leur tribune aux coupe du nouveau budget à la bibliothèque, dans les aides sociales et dans la vie associative… ou simplement au fait que le budget soit en réalité excédentaire… là je suis déçu, je m’attendais à un peu plus de décence… Tant pis.

  • Léa

    @UNI-MET je ne vois même pas comment l’UNI peut encore oser se définir comme un syndicat étudiant. Un syndicat ça défend des droits, ça ne lèche pas les bottes d’une direction qui augmente des frais d’inscription déments CHAQUE ANNEE (merci pour la notion de « bagatelle de 0,9% » l’UNI, vous êtes vraiment géniaux, parce que je ne sais pas si vous avez compris mais l’idée c’est que ça va augmenter tous les ans maintenant, donc à force ça augmente beaucoup, pour des gens qui parlent d’assumer la complexité omettre le caractère systématique de l’augmentation, voilà qui est fallacieux…) avec un budget excédentaire et en se permettant de financer l’augmentation des budgets consacrés à la publicité, entre autres…
    La fin est aussi vraiment savoureuse, en gros ce sont les employés de Sciences Po qui vont tout prendre donc qu’est-ce qu’on en a à faire ? De plus, on se demande qui a une attitude électoraliste là-dedans : la tribune de l’UNEF ne fait pas une seule fois mention de l’UNI, quand la votre ne fait que cracher sur le travail syndical réalisé par l’UNEF (faire semblant de douter du fait que les militant-e-s de l’UNEF se soit penchés sur « le détail de cette hausse des frais de scolarité », c’est faible non ?).
    Vous m’écoeurez.

  • Luca

    @UNI-MET : « ce budget n’a d’autre objectif que d’opérer une indexation des droits d’inscription sur l’inflation ». Phrase intéressante sachant que d’après l’INSEE et l’UE, l’inflation sera de 0,5%. Donc l’augmentation est presque du double. De plus, l’inflation concerne principalement des biens de première nécessité : denrées alimentaires, matériel scolaire. A l’inverse, l’énergie coute de moins en moins cher.
    Or, le budget de Sciences Po c’est :
    – la masse salariale des profs (qu’ils ne vont pas augmenter)
    – la masse salariale des employés (idem)
    – les locaux (la taxe foncière n’a pas augmenté à ce que je sache)
    – le chauffage (voir plus haut)
    – l’électricité (idem)
    – divers
    Donc l’inflation n’impacte presque pas le budget de Sciences Po. Finalement c’est un argument tout terrain, mais totalement fallacieux.

    Surtout, ce que j’ai aimé, c’est la « bagatelle ». Les frais augmentent tous les ans, c’est donc ça + ça + ça + ça qui font beaucoup, et c’est votre rôle en tant que syndicat d’être vigilant là dessus. Mais bon il y a encore du chemin