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Triplétades d’Art Oratoire : une finale qui « déchire »

En préambule : si vous avez raté la finale des Triplétades d’Art Oratoire, ne paniquez pas. Vous pouvez la retrouver en intégralité ici : https://livestream.com/sciencespo/events/7770173/videos/163710444

Dans cet amphithéâtre historique de Sciences Po qu’est l’amphi Boutmy s’est jouée mercredi soir une finale des triplétades d’Art Oratoire non moins historique. Dans une ambiance survoltée, la crème de la crème de la promotion Simone Veil s’est mesurée au gratin de l’administration, du corps pédagogique et du monde politique. Revivez cette exceptionnelle soirée qui a marqué, marque encore et marquera longtemps l’art oratoire sciences-piste.

Un jury hésitant mais impertinent

Sur les premiers rangs de Boutmy, le jury accueilli par un tonnerre d’applaudissements rassemble des habitués de l’administration comme Bénédicte Durand, Frédéric Mion ou encore Pauline Bensoussan, Directrice du Campus de Paris. Pour le corps professoral, Pascal Perrineau a su se démarquer entre les 3 élus – deux députés et un maire – et les deux journalistes présents à ses côtés. Mais on se souviendra surtout de l’arrivée sur les bancs de Raphaël Charpentier, ancien étudiant fidèle des concours d’arts oratoires et désormais chargé aux discours de la Ministre des Armées.

« Les candidats étaient tous à la hauteur, et le niveau de ce soir était très homogène » a déclaré Bertrand Périer, fidèle avocat au Barreau de Paris assumant la lourde tâche de la reprise. Le jury aurait-il eu des difficultés à choisir la triplette gagnante ? Il faut admettre que le niveau fut particulièrement élevé : voici un résumé des plus belles envolées de nos candidats orateurs mais également du jury brisant les tabous les plus osés…

La triplette « Besoin de rien envie de 3 »
Sujet – « L’histoire de la vie est-elle un cycle éternel ? »

Alice et Elyon ont ouvert le bal et ont défendu la triplette Besoin de rien envie de 3 sous la question : « L’histoire de la vie est-elle un cycle éternel ? » Alice semble y répondre à l’affirmative : « Dans Germinal, Zola décrit à quel point qu’il difficile d’être mineur au 19e siècle. Refoulée par deux fois aux soirées du BDE, j’ai compris qu’il était toujours aussi difficile d’être mineur au XXIème siècle. ».

« Tâchons d’honorer Balzac, et si la vie est une comédie, tâchons de la rendre humaine. »

Elyon s’est ensuite lancé dans une sérénade pour tenter de séduire Bénédicte Durant alors que la salle, elle, est déjà bien conquise. Affirmant avec ferveur que Béné « dicte ses humeurs », l’orateur n’a par la suite pas hésité à clamer son goût pour la liberté, liberté qui le pousse à déclarer sa flamme devant une assemblée en extase. On pardonnera au jeune homme certaines blagues fort douteuses, que la déontologie journalistique nous empêche de répéter ici.

La triplette « Queen, only seventeen »
Sujet – « Le prince viendra-t-il un jour ? »

C’est alors au tour de la triplette Queen, only seventeen représentée par Pierre Louis et Martha, qui offre à la salle l’un des points d’orgue de la soirée. Le prince viendra-t-il un jour ? « Il est là, devant vous », répond le premier, avant que la seconde lance une provocation : « Les filles sont les putains de votre imagination ». Phrase ayant attiré l’attention du jury, à tel point que Pascal Perrineau, posant une question des plus malicieuses, est venu s’enquérir auprès des orateurs Axel et Donna des tarifs et des prestations.

« Soif d’idéal ? Je suis votre foule sentimentale. »

Tout en restant sur le même registre, on demande à Donna que « Plutôt que d’attendre le prince charmant, ne faudrait-il pas sortir les doigts de la prise ? » Gênée, c’est Axel qui lance finalement : « Ça dépend si tu veux travailler dans le public ou dans le privé […] : dans le privé, il faut mettre les doigts au milieu de la prise, c’est l’entreprise », achevant de conquérir les planches et le public totalement électrisé.

La triplette « Syl20 Durif, le Christ Cosmique »
Sujet – « En faut-il peu pour être heureux ? »

Difficile de succéder à une telle démonstration oratoire, mais la triplette Syl20 Durif, le Christ Cosmique, le Grand Monarque se lance dans l’arène avec Valentin, qui nous délecte de son quotidien marseillais pour nous rappeler à quel point il en faut peu pour être heureux : « une échelle sert à monter, un pistolet sert à descendre ».

« J’ai un coach à ne pas décevoir, de toute façon il bosse au noir. »

Ortense et Lina ont donc eu à répondre « Marseille a-t-il se réjouir d’avoir comme 1er supporter le Président de la République ? », question ô combien difficile face à un public très parisien : « c’est un peu trop polémique je pense ».

La triplette « The 29th Show »
Sujet – « Doit-on quitter le monde des enfants ? »

Enfin, la triplette The Tow Nine Show se confronte à un public déjà bien exigeant pour répondre la question : doit-on quitter le monde des enfants ? Alors que Madeleine précise que si la sieste appartient aux enfants, « certains adultes continuent, mais il faut tout de même reconnaître que les sièges du Sénat ne sont pas très confortables. », Manon rejoue une comédie où se côtoient hommes et femmes politiques de tous bords. Le lieu de l’action ? La cantine d’une école élémentaire.

« À défaut d’être princier, nous sommes tous des petits princes. »

Manon nous montre le petit Benoit pleurant dans son coin, alors que « Florian mange son couscous avant de se faire engueuler par Marine ». Les dernières questions sont réservées à Gabrielle et Jules. Ce dernier, né par césarienne, fut interpellé par une subtile interrogation de Lola Elbaz, présidente de Sciences Polémiques : « Est-ce que sortir du monde des enfants, ça déchire ? ». Et Bertrand Périer de se précipiter : « Ça déchire sa mère !». C’est sur ces paroles que s’est achevé le numéro de nos finalistes.

« Beaucoup d’entre vous ont vraisemblablement fumé la moquette »

Durant la délibération des jurys, le public est maintenu en haleine grâce à la traditionnelle mais excellente reprise de Bertrand Périer, avocat au Conseil d’État et à la Cour de Cassation, et Alexis Goin, vainqueur du Prix Philippe Séguin en 2013, qui revient sur les planches de Boutmy pour l’occasion. Presque toutes les triplettes y passent, mais c’est au moment de passer aux dernières questions que le jury annonce qu’il a rendu son jugement.

Suivant un éternel discours de remerciements ne manquant pas de remarquer l’incohérence des noms de triplettes – « beaucoup d’entre vous ont vraisemblablement fumé la moquette », Frédéric Mion révèle enfin la gagnante de cette épreuve des triplétades. Celle qui succède aux Petits fours-teen en remportant la palme n’est autre que la triplette 17, surnommée « Queen, only seventeen ». En deuxième position vient le 29th Show. Enfin, la médaille de bronze revient à Besoin de rien envie de 3. Axel, membre de l’heureuse triplette gagnante, a tenu à remercier la triplette 5 qui s’était désistée en leur faveur en demi-finale. Une victoire à l’arrachée, mais cependant bien méritée.

L’esprit des triplétades d’art oratoire a en tout cas bien été présent, avec les traditionnelles déclarations d’amour faites par des candidats aux membres du jury, agrémentées de nombreuses références aux costumes de notre Directeur. Une « blague disette » nous confie Bertrand Perier : si candidats se trouvent réduis à accomplir ce comique de répétition chaque année, ce serait parce que Frédéric Mion serait un « homme parfait ». « Bien sûr que non » répond le principal intéressé au crayon de la Péniche : « Ils me méconnaissent encore beaucoup » souligne-t-il, alimentant sa légende auprès des étudiants de première année par cette éternelle pudeur et élégance qui ne le quitte jamais.

En résumé, nous avons eu droit à une finale des triplétades d’art oratoire à la hauteur des espérances du public, une finale qui, de par son classicisme, demeurera sans aucun doute une finale d’anthologie.

Le classement final des Triplétades d’Art Oratoire 2017 :

1 – La Triplette 17 ( « Queen Only Seventeen » )
2 – La Triplette 29 ( « The 29th Show » )
3 – La Triplette 3 ( « Besoin de Rien envie de 3 » )