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Une ferme dans la ville : petit itinéraire de l’agriculture urbaine

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Extrait du site Internet de V’île fertile

 

Le dimanche 22 mars, Sciences Po Environnement et l’association Pavés sont venus se joindre à V’île fertile, une ferme urbaine participative dans le Bois de Vincennes, pour initier de nombreux étudiants à l’agriculture en milieu urbain.

Dans le cadre de cette journée intitulée « La Fourmi parisienne », La Péniche revient sur le défi du projet V’île Fertile, le déroulement de la journée et quelques enjeux de l’agriculture urbaine.

 

L’agriculture urbaine, une solution d’avenir

À l’heure où la moitié de la population mondiale vit en ville, un phénomène de réappropriation de l’espace urbain est en marche aux quatre coins du globe pour concilier biodiversité cultivée et dalles de béton. Repoussée à l’extérieur de la ville au moment de l’industrialisation, l’agriculture s’engouffre de plus en plus dans l’espace urbain et à sa périphérie. Jardins partagés, vergers urbains, fermes dans la ville, … Des structures professionnelles de maraîchage urbain et périurbain côtoient des projets associatifs amateurs, qui visent eux aussi à relier l’univers de la cité à l’univers rural. L’enjeu est de taille pour faire de la ville un espace nourricier tandis que la densification galopante réduit de plus en plus les parcelles exploitables. Les premiers jardins communautaires sont fondés à New York dans les années 70 et s’inspirent des petits espaces cultivés par les ouvriers à la fin du XIXe siècle. Les jardins partagés sont de véritables lieux de mixité sociale : à Marseille comme à Berlin, les jardins prennent racine dans des quartiers aussi bien aisés que populaires.

Des green guerilleros du Bronx aux agriculteurs urbains de Toronto en passant par les jardins partagés du 18e à Paris, l’agriculture urbaine et ses différentes pratiques foisonnent pour former un large mouvement militant et politique.

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Fresh City Farms, une ferme urbaine biologique à la limite de la ville de Toronto (Crédit Photo : Fresh City Farms)

 Une ferme à Paris : le projet V’île Fertile

Dans cette perspective, l’association V’île Fertile a été créée en mai 2013 en réponse à un appel à projet de la mairie de Paris intitulé « Végétalisations innovantes ». Les membres de la jeune asso ont gagné le projet le 11 juillet 2013 après une remise de dossier et un oral dans le volet ‘agriculture urbaine’. Lauréate de l’appel à projet, V’île Fertile reçoit le lieu aux confins du jardin d’Agronomie Tropicale du Bois de Vincennes. Les membres disposent d’un pavillon, d’un jardin de 600m2 et d’une serre de 100 m2, dont l’aménagement continue aujourd’hui. « En mars de l’année 2014, nous avons commencé à déchaumer le terrain » retrace Vanessa Mariotto, cofondatrice du projet qui nous accueille à notre arrivée dans le jardin.

« J’étais dans les jardins partagés pendant quelques années », nous confie Raphaël Luce, archiviste audiovisuel au Musée d’Orsay et à l’INA, qui est à l’origine du projet. « Ce sont les rares lieux où tu peux passer la journée sans dépenser un euro, à poil, pieds nus. Des lieux précieux donc, dans une ville comme Paris. J’ai une sensibilité écologique depuis longtemps et j’avais envie de passer à la vraie production alimentaire car le jardin partagé reste avant tout un lieu de lien social : le jardinage est secondaire » explique-t-il. L’appel à projet de la mairie de Paris fait office de tremplin pour un projet auquel il tenait depuis plusieurs années. « Nous avons proposé la conception d’une micro-ferme urbaine participative qui valoriserait les déchets organiques urbains. On a constitué un premier groupe et on a lancé un appel au financement participatif sur Kisskissbankbank. On a levé 6000€ en un mois ».

Comme le souligne Raphaël, la ferme V’île Fertile n’est pas un simple jardin partagé mais un projet sérieux souhaitant devenir à terme rentable. « Nous ne venons pas ici pour faire notre petit carré de  jardin mais pour participer à une vraie ferme avec des objectifs à long terme », rappelle Vanessa au moment de la présentation de son association. Un projet professionnel donc qui compte bien pérenniser sa dimension pédagogique, d’apprentissage de l’écologie et sa dimension militante. « V’île Fertile est une démarche globale, nous voulons que notre ferme s’intègre dans l’environnement urbain », défend Vanessa.

Le recyclage et la proximité sont d’ailleurs au centre de la dynamique du projet : la valorisation des déchets par la collecte des invendus sur les marchés et l’utilisation de matériaux de proximité pour la restauration du pavillon sont autant d’actions qui s’inscrivent dans ce désir de rentabilité économique mais surtout de respect de l’environnement.

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Françoise Pennec, membre de Vîle Fertile devant le jardin (Crédit Photo : Nadim Bel Lallahom)

Raphaël, Vanessa et Françoise Pennec, infirmière scolaire qui a rejoint l’association à ses débuts, sont unanimes lorsqu’il est question de l’avenir plus lointain du projet. « Les subventions que nous avons obtenues sont consacrées à la réalisation de la serre et à la création d’un emploi, ce qui est une très grande fierté », nous apprend Françoise qui a passé son bac dans un lycée agricole avant de s’orienter vers un BTS de commerce fruits & légumes puis vers une école d’infirmière. « Je connaissais bien l’endroit. J’ai vu une annonce dans un journal local et je me suis dit que je voulais faire ça. Depuis, j’y passe beaucoup de temps ». Les adhérents de l’association se relaient tous les week-ends pour œuvrer dans l’espace du projet, également ouvert au public.

 

La “Fourmi parisienne”, une immersion étudiante dans le jardin d’Agronomie tropicale 

Pour la journée « La Fourmi Parisienne », l’idée de Sciences Po Environnement et de l’asso Pavés était de venir prêter main forte à la ferme urbaine, dans la bonne humeur, afin de continuer les travaux en tout genre et cuisiner une grande quantité d’invendus du marché.

C’est à l’initiative de Laurène Petit, en première année du master Environmental Policy et membre de l’asso Pavés, ainsi que Kerstin Mumme, également en 4A dans ce master et coordinatrice pour Sciences Po Environnement, que la journée « La Fourmi Parisienne » a vu le jour.

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À gauche, Kerstin Mumme, à droite, Laurène Petit, toutes deux en 4A dans le master Environmental Policy de la PSIA (Crédit Photo : Nadim Bel Lallahom)

« Je fais partie d’un projet collectif à Sciences Po qui est proposé dans le cadre du master nommé “ Alimentation responsable et promotion des systèmes alimentaires territorialisés “. On y réalise une typologie d’initiatives en France autour de l’alimentation responsable et V’île Fertile en faisait notamment partie » nous répond Laurène quand nous lui demandons par quels moyens elle est tombée sur le projet. « Ils ont à la base cette dimension pédagogique qui fait que nous pouvions nous insérer assez facilement dans le projet » complète Kerstin.

Motivés comme jamais, des étudiants de toutes années confondues ont trimé sur différents chantiers. Près du compost, Mathias en 1ère Année d’Affaires publiques et son frère ébéniste Jordan construisent un banc à partir de palettes récupérées à Rungis. Dans la serre, d’autres étudiants s’activent pour rempoter, trouer, percer et s’initier à la maçonnerie.

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Une fine équipe prépare un système d’irrigation pour la serre et ses tomates pendant que d’autres se consacrent à la réalisation du banc (image du haut) (Crédit Photo : Nadim Bel Lallahom et La Péniche)

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Disco’ Soupe, circuits courts, AMAP  : l’avenir de l’agriculture en milieu urbain et des solutions au gaspillage 

L’enjeu de l’indépendance alimentaire est capital pour une association comme V’île Fertile et la récupération des invendus fait partie de leur stratégie d’attaque. « C’est tout à fait possible et même nécessaire car il faut savoir que si le marché de Rungis n’est plus approvisionné, Paris n’a plus de nourriture en l’espace de trois jours : c’est très court. […] Une agriculture peut être productive sans utiliser beaucoup d’espace » ajoute Laurène. Pour pousser le challenge jusqu’au bout les deux organisatrices ont réalisé avec un grand nombre de volontaires une Disco Soupe en utilisant exclusivement des invendus.

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Une infographie du site Disco Soupe (www.discosoupe.org) et la confection de soupes et ratatouilles avec les invendus du marché (Crédit Photo : Nadim Bel Lallahom)

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« L’idée de Disco Soupe commence à être largement connue » nous raconte Kerstin. « Au niveau des invendus, nous avons fait un plan d’attaque : on s’est réparti sur trois marchés (Marché de la Place d’Aligre dans le 12ème, Marché Cours de Vincennes à Nation et un dernier marché à Vincennes). On a été surpris par la qualité des produits jetés à la poubelle mais aussi par leur quantité. On a pu nourrir 70 personnes et il y a encore des restes » ajoutent Laurène et Kerstin. À noter que de nombreux membres de V’île Fertile sont aussi originaires des AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne – ndlr) et continuent à promouvoir le circuit court comme solution de distribution de denrées alimentaires.

V’île Fertile

Site internet : www.vilefertile.paris

Adresse : 45 Avenue de la Belle Gabrielle, 75012 Paris

S’y rendre : RER A, Arrêt Nogent sur Marne puis 5 min à pied jusqu’au jardin d’Agronomie Tropicale

Quand : Tous les weekends et jours fériés de 13h à 17h