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UNEF / UNI : blanc bonnet et bonnet blanc ?

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Les syndicales approchent, et ça se sent. Depuis lundi, UNI et UNEF se bousculent – encore plus que d’habitude – en Péniche pour distribuer leurs tracts, en vantant les mérites de leur bilan. Parfois même profitant de l’occasion pour fustiger les propositions adverses. Le choix s’impose comme binaire – Solidaires ne se manifestant que très peu – mais l’est-il vraiment ? Et sur quoi repose-t-il ?

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Deux syndicats loin d’être apolitiques

D’emblée, l’UNI-MET ne se définit pas comme un syndicat : “nous ne sommes pas dans un rôle syndical, explique Léo Castellote président de l’UNI, on ne se bat pas contre l’administration. Notre objectif est de donner aux étudiants les moyens de réussir par eux-mêmes”.

Dès lors, une divergence significative s’installe entre les deux structures. Car pour Enora Naour, présidente de l’UNEF,  “il y a un rapport de force à construire. Il faut parfois aller chercher les droits, ils ne s’obtiennent pas en claquant des doigts”. L’UNEF s’engage alors dans une véritable démarche syndicale s’inscrivant dans l’héritage historique de la gauche.

“L’UNEF est un syndicat apartisan, mais pas apolitique. On se considère comme un syndicat progressiste” explique ainsi Enora Naour. Mais elle réfute tout alignement politique : “On manifeste quand on considère que les droits des étudiants sont en danger, sous un gouvernement de gauche comme sous un gouvernement de droite”. Au contraire, l’UNI-MET se veut un syndicat rassemblant “la droite et le centre” recherchant une véritable alternative à la gauche.

“On manifeste quand on considère que les droits des étudiants sont en danger, sous un gouvernement de gauche comme sous un gouvernement de droite”. Enora Naour, présidente de l’UNEF Sciences Po

Et cette nette opposition se reflète dans les valeurs revendiquées. “Nos valeurs sont comprises dans le tryptique : mérite, responsabilité, excellence explique Léo Castellote. Attachée notamment aux bourses au mérite et au concours, l’UNI-MET ne compte pas laisser Sciences Po “devenir une fac” et compte perpétuer – si ce n’est renforcer – la sélection à l’entrée.

Beaucoup moins explicites mais sous-jacentes, les valeurs de l’UNEF pourraient se résumer à “égalité des chances, démocratisation de l’enseignement supérieur, émancipation intellectuelle” selon sa présidente. Pourtant, si l’UNEF et l’UNI-MET semblent irréconciliables, la facilitation de la vie étudiante reste de manière évidente leur terrain d’entente..

Manifestation de l'UNEF contre la hausse des frais d'inscription fin 2013. Photographie : Amal Ibraymi.

Manifestation de l’UNEF contre la hausse des frais d’inscription fin 2013. Photographie : Amal Ibraymi.

Un consensus relatif sur la vie des étudiants

On ne compte plus les conflits entre l’UNEF et l’UNI. Les deux structures semblent en perpétuel désaccord, oubliant leur objectif commun : faciliter la vie des étudiants. L’’IELTS est particulièrement parlant à cet égard. Qualifiant l’obtention de son remboursement de “victoire partagée”, l’UNI-MET s’est alors vue vivement attaquée par l’UNEF.

Pourtant loin de vouloir entrer (à nouveau) dans la polémique, Léo Castellote se contente d’un simple constat : “c’est une des rares batailles qu’on a menées ensemble, qu’on a gagnées. Je trouve que c’est dommage de se battre après”. “Ce n’est pas une victoire partagée, pour qu’il y ait victoire il faut un combat, l’UNI-MET s’est contenté de voter et encore heureux” explique Enora. On retrouve ici le syndicalisme combatif de l’UNEF. “On partage les mêmes valeurs que les syndicats de travailleurs” commente sa présidente.

Ceci explique notamment la position de l’UNEF sur les heures d’ouverture tardives de la bibliothèque ou les vacations étudiantes : “Nous sommes contre le travail le dimanche et le travail de nuit”. L’ouverture de la bibliothèque de 8h à 00h 7 jours sur 7, prise en charge par des vacataires étudiants fait en effet largement partie du programme de l’UNI-MET et semble une solution adéquate en période de révisions. “En plus, cela crée des jobs, c’est une bonne chose” assure Léo Castellote.

Mais l’UNEF reste moins catégorique qu’elle n’en a l’air : Dans l’absolu, nous ne sommes pas contre une telle mesure mais il faut faire attention à ce que cela pourrait entraîner, on craint les dérives” explique Enora. Selon elle, une ouverture aussi tardive des locaux pourrait signifier à long terme des cours instaurés sur une plage horaire allant de 21h à 23h. Ainsi, l’UNEF plaide plutôt pour une ouverture des salles de cours vides pendant la journée, le premier problème étant le nombre de places limité sur les heures d’ouverture actuelles.

Concernant les inscriptions pédagogiques, UNEF et UNI s’accordent : il faut un système facilitant les attributions de cours. “C’est dans notre programme depuis des années, soupire Enora Naour, il existe en fait deux problèmes : le système informatique et le système d’inscription”. Car pour certains à la difficulté d’obtenir les cours convoités, s’ajoute les beugs de serveur. “Nous proposons une bourse d’échange institutionnalisée par Sciences Po, affirme Léo, les étudiants pourraient ainsi échanger leurs cours après leurs inscriptions pédagogiques”.

« Nous proposons une bourse d’échange institutionnalisée par Sciences Po : les étudiants pourraient ainsi échanger leurs cours après leurs inscriptions pédagogiques”.. Léo Castellote, responsable UNI-MET. 

Dans une approche plus américaine, l’UNEF propose l’instauration d’une semaine “add’n’drop” : la première semaine de cours permettrait d’essayer plusieurs cours auxquels les étudiants s’inscriraient pendant toute une semaine, plutôt que sur une plage horaire de quelques heures seulement. Mais sortir totalement du système “premier arrivé, premier servi” semble compliqué..

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Léo Castellote, responsable de l’UNI et Paul Bernardet, l’ancien président de l’UNEF Sciences Po lors de la campagne du CROUS en 2014.

 

A un long terme, un fossé entre deux visions antagonistes

Finalement, la divergence principale des deux syndicats reste leur vision de Sciences Po sur le long terme. “C’est important que Sciences Po soit une grande école. On est très attaché aux concours” atteste Léo Castellote. L’UNI-MET milite notamment pour la restauration de la culture générale et l’instauration d’un oral de langue au concours. Et d’ajouter “nous ne sommes pas non plus pour l’admissibilité sur dossier, il n’y a rien de plus méritocratique que le concours.

« C’est important que Sciences Po soit une grande école. On est très attaché aux concours”. Léo Castellote, responsable UNI-MET.

Au contraire, pour l’UNEF, le concours crée un “biais social” favorisant les étudiants ayant bénéficié de prépas ou de la scolarité de grands lycées parisiens.  « La suppression du concours d’entrée s’inscrit dans une vision de l’enseignement supérieur, dans laquelle tous les étudiants pourraient avoir un accès à l’enseignement supérieur de qualité du niveau de Sciences Po et sans différence entre Sciences Po et la FAC parce que les universités auront eu des moyens suffisants pour arriver au niveau de Sciences Po. Donc on est pour une ouverture au maximum du concours, explique Enora Naour.

Plus de concours sur le long terme donc, mais une sélection sur dossier privilégiant le parcours scolaire des candidats. Sortir de la sélection s’inscrit dans une conception selon laquelle “la valeur du diplôme vient de la qualité de l’enseignement et non de la compétition à l’entrée”. À très court terme, l’objectif de l’UNEF est donc de réduire les biais sociaux en donnant notamment moins de poids à l’écrit et aux langues étrangères au concours.

« La suppression du concours d’entrée s’inscrit dans une vision de l’enseignement supérieur, dans laquelle tous les étudiants pourraient avoir un accès à l’enseignement supérieur sans différence entre Sciences Po et la FAC parce que les universités auront eu des moyens suffisants pour arriver au niveau de Sciences Po » Enora Naour, présidente de l’UNEF Sciences Po

Second point sujet à discorde : le financement de Sciences Po. “Dans l’état actuel, le financement privé baisse et les frais de scolarité augmentent, il faut donc un financement de l’État” affirme Enora Naour. Mais pour Léo Castellote c’est inenvisageable : “Avec la conjoncture économique le financement public est forcément amené à diminuer, il faut donc faire appel au financement privé notamment au mécénat des anciens et des entreprises”. L’idée est alors de payer des étudiants pour établir des partenariat.

Aujourd’hui le financement privé représente 9% du budget de Sciences Po ce qui est très peu comparé aux universités américaines – à titre d’exemple en 2008, Harvard était financée par donation privée à hauteur de 34%. Mais outre les questionnements sur l’indépendance idéologique et la concurrence grandissante entre établissements, c’est la stabilité du financement qui pose problème et par conséquent, la part allouée aux frais de scolarité.

Les frais de scolarité ont en effet encore augmenté dans le budget 2015. Ce qui n’a pas empêché l’UNI-MET de le voter. “Il y a eu une hausse de 0,9%, ce qui équivaut à un alignement avec l’inflation notamment sur les locaux et le personnel. Cette hausse est au maximum de 120 euros pour la dernière tranche en master” explique Léo Castellote.

Qu’est-ce qui a donc valu une mobilisation si significative de la part de l’UNEF ? “Les tranches les plus hautes sont les étudiants les plus aisées ET les étudiants internationaux, et eux ne sont pas forcément les plus riches” répond Enora. Et d’ajouter “l’argument de l’inflation est fallacieux”, les revenus des parents, déjà indexés sur l’inflation, conduisent à une progression positive du niveau de frais de scolarité dus à Sciences Po. “Multipliés par la nouvelle indexation des frais de scolarité eux-mêmes sur l’inflation, l’augmentation est double” assure-t-elle.

Mais elle admet que l’opposition virulente à la hausse de ces frais était également stratégique : “À partir du moment où on vote pour quelque chose, on a peu de marge de manœuvre de négociation”.

Dans la même catégorie : « Comprendre enfin les élections syndicales en 4 points » Ce jour dans l’année qu’évoque Victor Hugo est, à Sciences Po Paris, celui des élections syndicales. Mieux, il ne s’agit pas seulement d’un jour, mais de deux jours – les mardi 10 et mercredi 11 février – durant lesquels le peuple estudiantin de Sciences Po, dans tous les campus, par-delà les mers et les continents, se déplacera tout entier vers l’isoloir pour désigner ses représentants. . Lire la suite.

  • R

    « Beug » ce n’est pas un mot, on écrit simplement bug ou bogue, mais « beug » c’est définitivement une déformation liée à la prononciation parisienne du mot.

  • Morsay

    Pourquoi ne pas faire un article sur Solidaires ? Histoire d’augmenter le pluralisme toussa toussa

    • Alex Baptiste Joubert

      Parce qu’ils refusent de répondre à nos mails.

  • ourson jovial

    Bon article éclairant sur les visions différentes de chacun,

  • Paul

    L’UNI qui revendique la réforme de l’IELTS, quel lol. La bataille a commencé pour l’UNEF il y a plus de deux ans, en obtenant le remboursement pour les 2A boursiers suite à une erreur de l’administration. Un an plus tard, nous revendiquions la gratuité de l’IELTS pour tous lors d’une campagne globale sur les aides sociales à l’IEP. Forts de plus de 1500 pétitions, nous avons alors proposé comme compromis à l’administration de pouvoir se le faire rembourser une fois dans sa scolarité et de ne pas avoir à le repasser en master si obtenu en 2A (Mme Dubois Monkachi le confirmera), puis la bataille a été menée dans les conseils pour que aboutir au vote. Voilà ce qu’est une démarche efficace, bravo à l’UNEF Sciences Po.

  • Michel Michel

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