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Jean-Christophe Lagarde à Sciences Po, la conférence anti-langue de bois de l’UDI

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La conférence organisée hier soir par l’UDI Sciences Po en présence du président du parti, Jean-Christophe Lagarde, concordait avec les demi-finales du Prix Philippe Séguin de Sciences Polémiques et nous pourrions légitimement nous demander au cours duquel de ces deux évènements la beauté de la formule a réellement été mise au service de la sincérité du contenu.

Sans langue de bois, Jean-Christophe Lagarde a probablement surpris une partie de son auditoire par des propos sans concession, ignorant peut-être notre présence dans la salle.

Pour vous qui aviez choisi les sonorités musicales des discours des demi-finalistes du Prix Philippe Séguin ou vous qui deviez écouter le long monologue de vos maîtres de conférences, retour sur une conversation sans filtre avec le président de l’UDI.

 

« Je ne connais pas la politique de Juppé »

« Un UMP, c’est un UDI en devenir » répond ironiquement Jean-Christophe Lagarde à la question d’un militant du parti de Nicolas Sarkozy portant sur les primaires des futurs « Républicains ». D’ailleurs, les oreilles de la rangée de membres de l’UMP Sciences Po ont dû bourdonner un peu plus encore lorsque l’invité centriste prétend d’une voix assurée que « François Hollande a une chance sur deux d’être reconduit dans les fonctions présidentielles » en concluant son intervention par l’avertissement « Méfiez-vous des Français ! »

En réalité, M. Lagarde préfère se garder de faire des pronostics sur les futures élections présidentielles de 2017 ou bien sur l’issue des primaires UMP. « L’UDI n’a pas vocation à être l’arbitre entre Juppé et Sarkozy. » Le président de l’UDI se montre donc plus prudent que François Bayrou, son voisin centriste du Mouvement démocrate qui a d’ores et déjà apporté son soutien à Alain Juppé. Jean-Christophe Lagarde a maintenu hier en effet que le maire de Bordeaux RPR n’est pas centriste, s’appuyant sur les positions de M. Juppé sur l’Europe ou le libéralisme économique.

Mais qu’en pensent les militants UDI ? Comment appréhendent-ils l’hypothèse d’une victoire de Juppé aux primaires UMP quand Jean-Christophe Lagarde met en doute la participation même du ténor de l’UMP à cette étape décisive pour la droite ? Christine Samandel, responsable du pôle conférences dans la section science piste de l’UDI, se détache de la position du président de son parti, jugeant que « la plupart des centristes se retrouvent beaucoup dans la personne de Juppé ». Marine Denis, présidente de la section, se montre plus indécise, n’excluant pas non plus l’hypothèse d’un éventuel « deal » entre Nicolas Sarkozy et Jean-Christophe Lagarde. En tous les cas, qu’il s’agisse de l’UDI ou du MoDem, le centre indépendant, ça ne semble pas aller de soi .. 

Jean Christophe Lagarde aux côtés de Marine Denis, présidente de l'UDI Sciences Po et Christine Samandel, responsable du pôle Conférences.

Jean Christophe Lagarde aux côtés de Marine Denis, présidente de l’UDI Sciences Po et Christine Samandel, responsable du pôle Conférences

La fraîcheur du « ventre dur du centre » détonne

Il l’affirme lui-même, le président de l’UDI est un self-made man. Maire de Drancy, député de Seine-Saint-Denis, fraîchement élu à la présidence de l’UDI, il a mis en avant les efforts et le travail qu’il a dû accumuler pour accéder à de telles fonctions.

N’étant passé ni par Sciences Po, ni par l’ENA, il possède d’ailleurs un regard assez dur sur ces formations ; il déplore le profond fossé entre la politique et l’administration et dénonce le carcan administratif et fiscal devenu si lourd selon lui qu’il en est « crétin et débile ». Christine Samandel voit d’ailleurs cette critique envers Sciences Po formulée au 27 rue Saint-Guillaume comme une caractéristique clé d’un homme politique qui ne cherche pas à plaire mais à convaincre. C’est d’ailleurs pour ce franc parler et cette trajectoire originale que l’UDI Sciences Po a tenu à l’inviter, « en espérant qu’il pourra faire ses preuves et convaincre du bien-fondé du projet centriste. »

Un centre enfin « sexy » ? Le terme reste sujet à débats mais pour Marine Denis, il existe clairement une différence en termes d’expériences entre un homme qui exerce sa fonction « les pieds dans la merde dans un département compliqué » face à un François Bayrou qui a été ministre de l’Education et qui mène une vie « tranquille » à Pau.

La fraîcheur, le dynamisme, le refus de la langue de bois, des positions qui détonnent à propos par exemple de la légalisation du cannabis, tout cela tend à éloigner de l’UDI l’image traditionnelle que les citoyens possèdent du centre, à savoir des partis bourgeois de notables se complaisant dans leurs convictions libérales.

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La présidente de l’UDI Sciences Po défend la conception revigorante et originale de la politique de « JCL », loin de celle que développe la plupart des étudiants sciences pistes. « A l’UDI Sciences Po, on se bat davantage sur le terrain des idées que sur le terrain physique alors que Jean-Christophe Lagarde s’adresse particulièrement à une nouvelle génération de militants très dynamiques, notamment dans son département du 93» précise Marine Denis.

Un centre « sexy » ? Alors qu’Alain remplit Boutmy, Jean-Christophe peine à faire salle comble en Eugène d’Eichthal. C’est loin d’être une surprise pour Marine Denis : « on ne pouvait pas remplir Boutmy avec Jean-Christophe Lagarde. Même s’il commence à faire son petit bonhomme de chemin, il a commencé par être un élu local et ne jouit pas encore de la même renommée qu’Alain Juppé. » Les prestations des deux hommes politiques à Sciences Po se révèlent dès lors sensiblement différentes : Christine Samandel a jugé le discours du ténor de l’UMP comme « très consensuel, très préparé, formaté pour 2017. » 

 

« Hollande, tu te fous de notre gueule »

Cette intervention de Jean-Christophe Lagarde à Sciences Po a également permis de clarifier le programme de l’UDI, le premier axe demeurant le projet fédéraliste européen, victime de deux blocages actuellement selon lui. Tout d’abord, l’Union européenne est « gouvernée par des gens qui n’y croient pas » et, en second lieu, le contexte historique qui a favorisé la construction européenne, c’est-à-dire la confrontation avec l’Union soviétique, a disparu, ce qui la place dans une situation délicate de désarroi et d’incertitude. « L’Europe est au milieu du gué et l’eau est en train de monter » résume-t-il en ajoutant qu’il est dès lors urgent de changer de rive en précisant que le bord à choisir n’est pas celui voulu par Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, taclant au passage la gauche radicale grecque en train de « baisser son pantalon » face aux exigences de la Commission européenne.

La question européenne est d’ailleurs chère à Jean-Christophe Lagarde et le président de l’UDI défend corps et âmes les Etats-Unis d’Europe, quitte à prendre des positions iconoclastes. Il a ainsi réaffirmé son opposition au traité constitutionnel de 2005 et à l’élargissement de 2004, qui a intégré dans l’UE « une dizaine d’Angleterres qui refusent le fédéralisme« .  

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Un autre axe récurrent dans le discours de Jean-Christophe Lagarde correspond à une féroce envie de lutter contre le carcan administratif jacobin. L’initiative locale, la décentralisation et le fédéralisme européen, voilà la combinaison que souhaite M. Lagarde jugeant le système vertical comme un « système de gouvernance débile. »

Le regard du leader centriste demeure relativement sombre sur la société actuelle : des journalistes qui « travaillent peu », la promesse républicaine non tenue au regard d’une forte endogamie sociale – M. Lagarde salue d’ailleurs au passage l’ouverture de la procédure des CEP par Richard Descoings –, le potentiel pas assez exploité en France et surtout un esprit critique des citoyens français qui disparaît selon lui trois mois avant les élections.

Cela aurait ainsi permis à François Hollande de mener une campagne antisarkozyste faisant du Président sortant l’unique responsable de la crise et expliquerait le revirement de situation quelques mois après avoir gagné contre Nicolas Sarkozy, lorsque M. Hollande déclare avoir mésestimé l’importance de la crise en France. « Hollande tu te fous de notre gueule » lui rétorque crûment M. Lagarde. Dans ces jours de printemps naissant, voilà le Président habillé pour l’hiver. 

Cette conférence, si elle n’a pas rassemblé les foules sciences pistes, aura en tous les cas su surprendre par un franc-parler politique rafraîchissant. Est-ce le début d’un centre dynamique à défaut d’être totalement indépendant de l’UMP ? Malheureusement, La Péniche est un journal comme les autres, et à en croire M.Lagarde, nous ne travaillons  probablement pas assez pour pouvoir vous en assurer.

Dans la même catégorie : « Pour Juppé, le premier round a été réussi » Anciens collaborateurs parlementaires, férus de marketing, de numérique et de nouvelles technologies, Cyril Courson et Julien Peres ont co-fondé l’Agence Wecare à la rentrée 2014. Ils accompagnent aujourd’hui élus, collectivités, institutions publiques et entreprises dans la définition et mise en oeuvre de leur stratégie de communication digitale. Lire la suite.

  • Rafraichissant??

    Un article résumant très bien l’intervention de Jean Christophe Lagarde.
    Un bémol cependant: le langage de ce personnage n’était pas toujours » rafraichissant », il était souvent « grossier ».
    On aurait meme dit Nicolas Sarkozy à certains moments.
    Sur le terrain de la langue, JC Lagarde est bien loin d’Alain Juppé.
    JC Lagarde semble se concentrer avant tout sur le carcan administratif et économique, et a très peu parlé des problèmes de société.
    Lorsqu’il a dénoncé de la reproduction des élites et le manque de cohésion, il n’a proposé aucune proposition concrète.
    Qualifier les partisans d’un islam intégriste de « tarés barbares » n’apporte rien de constructif au grand débat sur le manque de cohésion sociale et sur l’égarement de certains enfants de la République qui occupe les Français (ou une partie au moins des Français)