Le tour de Sciences Po des municipales – Rémi Tell

il y a 5 mois par dans Vie du campus

A l’occasion des élections municipales, La Péniche interviewe des sciences pistes qui ont décidé de s’engager sur une liste électorale. Après le projet de Pierre Cazeneuve la semaine dernière, c’est au tour de Rémi Tell, étudiant de  deuxième année. 2014 est l’année où il saute le pas : il se présente sur une liste UMP-UDI dans les Yvelines.  Egalement auteur d’un livre qui paraîtra début avril prochain, il nous raconte son engagement et surtout pourquoi il lui apparaît essentiel que la jeunesse dans son ensemble s’engage aujourd’hui.

remi

En quoi consiste ton engagement, concrètement ?

Je suis en engagé pour les élections municipales à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. C’est une ville de 40 000 habitants, assez symbolique politiquement, puisque des personnalités comme Michel Rocard ou Jean-Paul Huchon en ont été les maires. Je suis candidat sur une liste avec laquelle on monte un projet pour proposer une alternative, apporter un souffle nouveau dans la ville, quelque chose qui soit neuf.

C’est une liste politisée ?

Oui, c’est une liste apparentée UMP-UDI. Mais c’est un combat local, donc nous essayons d’être le plus a-partisans possible. Je pense que le clivage gauche-droite est largement dépassé aujourd’hui. C’est quelque chose qui n’est plus de notre temps, puisqu’on peut avoir des positions plutôt de gauche sur certains sujets, et plutôt de droite sur d’autres. Je pense même que cette opposition binaire participe grandement à la défiance des citoyens face à la politique dans notre pays. Elle maintient la France dans l’immobilisme et nous en mourrons à petit feu.

Puisque le clivage pour toi n’existe pas, pourquoi t’engager à droite ?

Ah…c’est la question piège (rires). Parce je me retrouve plus dans des valeurs de droite et parce que le projet m’intéressait vraiment. Ce ne sont pas les partis en eux-mêmes que je dénonce, mais l’absence de dialogue constructif entre toutes les sensibilités politiques dans notre pays. Nous ne serons jamais d’accord sur tout, et c’est plutôt sain, mais le système tel qu’il est aujourd’hui ne tient plus. Il est contreproductif. J’ai été personnellement surpris de l’attitude de certains ténors de ma propre famille politique qui se sont indignés devant le pacte de responsabilité proposé par François Hollande, alors que c’est ce que l’on demande depuis des mois. Les Français, eux, sont bien conscients que tout cela n’a plus de sens. Après, bien sûr, je ne nie pas que l’on puisse défendre des projets, des visions, des valeurs différentes : j’en suis la preuve.

La liste au complet.

La liste au complet.

Au niveau de la liste, comment te situes tu ?

Je suis l’un des plus jeunes et je serai sur la liste, mais à quelle place exactement, je ne le sais pas encore.

Dans tous les cas je ne fais pas de figuration. Nous avons véritablement la volonté d’apporter un nouveau dynamisme, et la présence de jeunes va bien au delà du symbole. Notre candidat a 27 ans, et nous portons un projet audacieux pour la ville. A titre d’exemple, beaucoup de nos propositions concernent l’environnement, la preuve que nous pouvons rassembler au delà de notre parti, et que nous avons cette volonté de ne pas rentrer dans le clivage systématique.

Au niveau de ton investissement, comment arrives-tu à concilier Sciences Po d’un côté, la campagne de l’autre ?

Une campagne prend énormément de temps et d’énergie. Pour parler de façon très concrète, je n’ai plus de week-end. C’est à dire que toutes mes fins de semaine sont exclusivement consacrées à cette bataille que nous menons pour Conflans : on va faire des marchés, du porte-à-porte, on va coller des affiches, tracter… Mais si c’est quelque chose qui est très prenant, ce n’est rien comparé à l’enrichissement que cela apporte d’un point de vue personnel. Sciences Po est une école extraordinaire, et je dis ça sans grandiloquence, mais Sciences Po est un monde à part et Sciences Po n’est pas la France. Nous vivons dans une bulle. Chaque week-end sonne donc comme un rappel à la réalité.

Et si jamais vous êtes élus ? Comment gérer avec la 3A ?

C’est une ville qui est compliquée pour la droite car la gauche est au pouvoir depuis quarante ans. Mais on de bonnes chances d’être élus tout de même, car on a un vrai projet, une vraie volonté de changement! En cas d’élection au conseil municipal, il y a des possibilités de déléguer ses pouvoirs. Aujourd’hui, avec internet, la distance n’est plus vraiment une limite. Et c’est en cela aussi que la politique a changé. Mais de toute façon je n’en suis pas là, tout ce qui compte c’est que nous donnions tout dans cette campagne pour servir l’intérêt général et celui des habitants.

Pourquoi en es-tu venu à t’engager en politique ?

Tractage sur le marché de Conflans

Tractage sur le marché de Conflans

J’ai toujours été très intéressé par la politique. Je viens d’une famille qui a plutôt des convictions marquées à gauche et donc nous avons toujours beaucoup débattu. C’est l’arrivée à Sciences Po qui m’a permis de m’engager, de rencontrer beaucoup de monde… L’engagement de la jeunesse est un sujet qui me préoccupe énormément, je vais d’ailleurs publier un livre sur le sujet dans les prochaines semaines. Je pense qu’aujourd’hui on a jamais eu autant de raisons de s’engager en politique, ou dans la vie citoyenne, en tant que jeune. On est à une période charnière de l’histoire du monde et de la France. Nous sommes dans un pays frappé par les crises économiques, politiques et sociales. La morosité et la désespérance sont partout. La politique semble ne plus avoir de prise sur la réalité. Les Français sont désabusés et en colère, donc tentés par les extrêmes. La manifestation récente du « jour de colère » pose par exemple des questions. C’est le signe que quelque chose ne va plus, et que notre démocratie est aux abois. Si l’on ne fait rien, je pense que d’ici moins de cinq ans tout cela risque de se solder par une explosion de violence. Notre capacité à relever un certain nombre de défis pour demain est donc essentielle: le défi de la révolution technologique, le défi du changement climatique, le défi des questions bioéthiques, le défi économique, le défi politique… C’est pour réinventer cette société en crise qu’il faut que les jeunes s’engagent. Parce que quand on est jeune on a l’énergie, la volonté de changer les choses, et l’insolence aussi. Et parce que le monde de demain, c’est déjà le nôtre. Ce qui manque à notre génération c’est l’espoir…il faut de nouveau croire à la possibilité que nous avons de changer les choses, pour pouvoir construire un monde radicalement différent. Tout cela pour dire…qu’il n’y a jamais eu autant de raisons de s’engager !

Tu as parlé d’un livre. Peux-tu nous en dire deux mots ?

Le livre va sortir juste après les élections municipales. C’est un manifeste à destination de la jeunesse qui résume les enjeux qui me semblent être ceux qui vont compter dans les années à venir. Notre génération devra être à la hauteur. Nous pouvons faire quelque chose de grand de ce que nous sommes malgré nos différences, alors ne nous en privons pas. J’ai pris beaucoup de plaisir à l’écrire, pour la suite…rendez-vous bientôt !

Le mot de la fin ?

Engagez-vous… ! 


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Eve Aubisse

Etudiante en première année, cursus normal.

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Une réponse à “Le tour de Sciences Po des municipales – Rémi Tell”


Arebours
13 février 2014 Répondre

Appréciation :

C’est quand qu’on a une interview de l’autre bord sinon ?

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