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Ils entreprennent à, avec et après Sciences Po

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Alors que les idées et projets d’entreprenariat se bousculent à Sciences Po, qui sont les entrepreneurs de notre école ?  En vérité il n’y a pas de réponse à cette question. Les sciencespistes de l’incubateur de l’IEP viennent de milieux différents et de trajectoires étudiantes parfois radicalement opposées. Le directeur de SciencesPo Entrepreneurs Maxime Marzin affirme ne pas pouvoir établir de profil type : des étudiants provenant de masters très variés montent leur start-up avec l’aide de “la maison”.

Bien que nous ayons rencontré des entrepreneurs issus en majorité du Master Finance et Stratégies, l’idée de diversité des parcours et des profils s’est vue confirmée au fil de nos discussions. Ainsi rien ne prédestinait Pierre Moreau, normalien et fils de professeurs, à créer le concept store masculin Sauver le monde des hommes avec Alexandra Mulliez. Il en est de même pour Benjamin Dupays, à l’origine passionné de philosophie, qui a fondé Centimeo, un producteur de distributeurs de chewings-gums acceptant les pièces rouges. Quant à Xavier Pinon, il a monté avec Aurian de Maupeou Selectra, premier comparateur de fournisseurs d’énergie en France, sans avoir au départ d’appétence particulière pour ce secteur.

 

Une idée qui vient de loin

Tout projet présenté à l’incubateur découle d’une idée, qui germe souvent assez tôt. Pour Xavier, il s’agissait d’informer le consommateur d’un marché qui venait tout juste de s’ouvrir à la concurrence, celui de l’énergie. Il était alors en troisième année.

Benjamin a cherché dès la sortie du bac un moyen de récolter et réinjecter la petite monnaie dans l’économie, en remarquant combien de pièces rouges il trouvait par terre, frappées à perte, sans que personne n’ait idée de les ramasser.

Pierre, quant à lui, a constaté le peu d’offre vestimentaire de moyenne gamme pour les hommes, ainsi que le peu de concepts shopping proposés à la gente masculine. Alors qu’ils n’étaient initiés ni au secteur de l’énergie, ni à ceux du textile ou du cheming-gum, leur idée seule leur a permis de monter un solide projet.

Benjamin Dupays fondateur de Centimeo

Benjamin Dupays fondateur de Centimeo

Sciences Po, un cadre propice à l’entreprenariat

Aujourd’hui, 80% des diplômés de Sciences Po se destinent au monde de l’entreprise. L’IEP a su s’adapter à cette orientation nouvelle de ses étudiants. En 2008, le programme Sciences Po Entrepreneurs proposant des cours sur l’entreprise et l’entreprenariat a été mis en place. Ce système permet à long terme d’intégrer l’Incubateur de Sciences Po pour un an, offrant un lieu de travail et de nombreux services à des étudiants méticuleusement sélectionnés.

Le programme se fait en plusieurs étapes, dont trois sont rigides : d’abord le cours d’initiation à l’entreprise présent dans chaque maquette pédagogique, donc indépendant du choix de master ; puis des cours de Business Plan sur sélection ; et enfin le passage devant un jury de Sciences Po Entrepreneurs pour intégrer l’incubateur. Depuis sa création, quelques étapes intermédiaires se sont également rajoutées dans la compétition pour l’incubateur. Cette année les étudiants peuvent en plus suivre des cours « d’experimental learning » comme celui de Business model, Life is a pitch ou Computer science.

Dernière machine Centimeo

Dernière machine Centimeo

 

Outre ce programme, la 3A apparaît comme un avantage indéniable pour nos jeunes entrepreneurs. Pour Xavier, elle a permis d’acquérir un anglais courant et de découvrir un nouveau marché, le Japon, qu’il compte bien remporter. Quant à Benjamin, c’est lors de sa 3A qu’il a cherché ses premiers prestataires, à Singapour puis en Inde. De plus, cette première expérience de l’étranger élargit l’horizon des start-ups et leur permet d’envisager plus facilement un avenir international. Enfin, le label « Sciences Po » est un atout majeur. Il est surtout très convaincant auprès des banques pour acquérir des fonds, chose sur laquelle a assisté chacun de nos interviewés.

Toutefois, Sciences Po semble ne pas avoir les moyens à la hauteur de ses ambitions, c’est en tout cas le constat amer d’un étudiant de 5A. Selon lui, Sciences Po Entrepreneurs manque de visibilité, surtout au Collège universitaire. Le principal obstacle à l’accompagnement des étudiants est sûrement l’absence d’un bureau physique, notamment en période de pré-incubation. En réalité, le programme repose entièrement sur Maxime Marzin, « qui ne répond qu’au dixième mail, et encore », et quelques autres praticiens, incapables de s’y consacrer pleinement.

Notre interviewé regrette également le faible nombre de places disponibles pour le cours d’initiation à l’entreprenariat, tout comme l’intérêt que trouvent certains masters à placer leurs diplômés dans de grosses entreprises « pour leurs statistiques » plutôt que de soutenir leur projet de start-up. Selon lui, Sciences Po Entrepreneurs doit se manifester et accompagner les étudiants dès le Collège Universitaire, en leur expliquant clairement que « supers études ne riment pas toujours avec grosses boîtes ».

Pierre Moreau et Alexandra Mulliez fondateurs de Sauver le monde des hommes

Pierre Moreau et Alexandra Mulliez fondateurs de Sauver le monde des hommes

L’incubateur de Sciences Po, pouponnière des entrepreneurs

L’incubateur de Sciences Po a été créé il y a cinq ans, avec à sa tête Maxime Marzin. Trois cents projets y sont présentés chaque année pour seulement dix places. L’incubateur héberge les jeunes entreprises pour douze mois, leur prête le matériel nécessaire et leur apporte une aide précieuse d’un point de vue juridique, administratif ou fiscal. Ainsi, « le test est assuré par Sciences Po », selon les mots Xavier. Les entreprises ayant intégré la structure peuvent également bénéficier de diverses bourses.

Selon Benjamin, dans les projets retenus par l’incubateur, « l’idée vient avant celle de vouloir monter sa boîte », ce qui le différencie d’un incubateur d’école de commerce. Maxime Marzin explique quant à lui que les projets retenus doivent répondre à la question suivante : « Mon idée va-t-elle sauver la vie de quelqu’un ? ». C’est d’ailleurs ainsi que Pierre a trouvé le nom de sa start-up, Sauver le monde des hommes.

Nos jeunes entrepreneurs ont gardé un excellent souvenir de l’incubateur, un lieu d’émulation et d’entraide. Selon Maxime Marzin, il y règne « une ambiance mêlée de rêve et d’énergie ». En travaillant ici, il n’a pas vu la crise. Au contraire, jamais depuis 2008 il n’a connu « un espace avec autant d’enthousiasme au centimètre carré ».

Xavier Pinon cofondateur de Selectra avec Aurian de Maupou (1)

L’esprit start-up

L’esprit start-up est revendiqué chez tous nos interviewés : une structure dynamique, sans bureaucratisation, avec des équipes jeunes et des évènements festifs. Chaque nouveau projet apparaît comme une nouvelle start-up à développer, l’ambition ne s’épuise pas. Selectra souhaite devenir le premier informateur à échelle mondiale du marché de l’énergie, Centimeo se rêve comme service public racheté par l’Union européenne et Sauver le monde des hommes espère ouvrir plus d’une centaine de boutiques en France et à l’étranger.

Xavier, Pierre et Benjamin nous ont parlé de leur start-up avec passion et enthousiasme, débordant de motivation et de projets. Pour ne citer que Pierre : « Monter sa boîte c’est ludique, on ne s’ennuie jamais. Je suis endetté jusqu’à la fin de ma vie, mais c’est passionnant. Je n’ai pas l’impression de travailler. » Deux choses à retenir avant de se lancer : la première, une grande idée vaut largement de petits moyens ; la seconde, il est facile de créer une entreprise en France aujourd’hui, la complexité vient ensuite dans son administration.

Sauver le monde des hommes. Le concept Sauver le Monde des hommes propose des sélections de pièces de prêt-à-porter, de livres, d’accessoires, et d’objets en tout genre. Toutes ces sélections sont présentées sur un ton vraiment masculin, singulier, et décalé, et dans le cadre d’opérations thématiques qui parlent aux hommes (les Agents du Secret, Miami Vice, Les Intrépides, Mafia, pour citer quelques exemples de 2014).
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Centimeo. Centimeo exploite un réseau de distribution de produits écoresponsables monoformats, vendus pour quelques centimes d’euros dans des distributeurs automatiques permettant d’utiliser les pièces rouges (1, 2 et 5 centimes d’euros), circulant très peu dans l’économie.
 
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Selectra. Selectra propose différents services d’aide à la réduction de la facture d’énergie :comparateur.selectra.info permet d’estimer son budget annuel avec toutes les offres de fourniture d’énergie du marché afin de trouver la plus avantageuse, alors que club.selectra.info rassemble les particuliers intéressés par un achat groupé d’énergie et négocie pour eux des offres spéciales à tarif de groupe. D’autres sites d’information sont également contrôlés par le groupe, comme www.prix-gaz.fr et www.prix-elec.com qui lèvent le voile sur les mécanismes de formation des prix de l’énergie,  ou www.fournisseurs-gaz.com et fournisseurs-electricite.com qui analyses les offres d’énergie disponibles à la souscription
  • « En réalité, le programme repose entièrement sur Maxime Marzin, « qui ne répond qu’au dixième mail, et encore », et quelques autres praticiens, incapables de s’y consacrer pleinement. »
    Cette partie de l’article est très dure et injuste : le travail effectué au niveau de l’incubateur est excellent au regard du budget et des moyens mis à sa disposition.