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Cornelia Woll remplace Françoise Mélonio : bilan, projets

« L’innovation à l’international » titrait Sciences Po dans un article relatif au remplacement de Françoise Mélonio par Cornelia Woll, au prestigieux poste de Directrice des Etudes et de la Scolarité. D’origine allemande, Cornelia Woll a dirigé deux laboratoires, le Centre Max Planck Sciences Po (MaxPo), symbole de la coopération franco-allemande en matière de recherche socio-économique, et le Laboratoire Interdisciplinaire d’Evaluation des Politiques Publiques (LIEPP), qu’elle a co-fondé avec Etienne Wasmer. Elle est aussi professeur titulaire à Sciences Po… en science politique, sa discipline de prédilection. Forte de son expérience d’enseignante-chercheuse, et tournée vers l’international, Cornelia Woll semble avoir toutes les cartes en main pour succéder avec brio à Françoise Mélonio, à ce poste depuis 2 ans. Cette dernière, professeur de lettres, quitte en effet son fauteuil afin de reprendre ses recherches. La Péniche croise leurs portraits, entre bilan et projets.

 

Françoise Mélonio, l’intellectuelle au service de l’administratif

© Sciences Po

Parlez-nous de votre parcours professionnel.

J’ai fait des études à l’Ecole Normale Supérieure avant de passer avec succès l’agrégation de lettres. Ma thèse, dont le jury était présidé par René Rémond, portait sur Tocqueville. J’ai ensuite commencé une carrière de chercheuse en histoire, au CNRS, puis d’enseignante-chercheuse en littérature à Nanterre et à la sorbonne où j’ai présidé l’UFR  (Unité de Formation et de Recherche) de littérature française. Je n’ai donc jamais été élève à Sciences Po. J’ai intégré l’équipe administrative et professorale il y a six ans, en étant doyenne du Collège Universitaire. Puis j’ai pris  la tête des études et de la scolarité, durant les vingt-quatre derniers mois.

Malgré cette fonction administrative, vous avez continué d’enseigner à Sciences Po. Pourquoi était-ce important pour vous ?

En effet, j’ai enseigné à Sciences Po en première année pendant sept ans ainsi qu’en master de recherche pendant deux ans. Je le désirais et c’était aussi très important pour ma fonction.  Tout d’abord parce que l’on gagne en légitimité auprès des autres enseignants mais surtout le contact avec les étudiants permet de ne pas oublier que le processus administratif n’est pas une fin en soi. Il faut savoir faire de la gestion, sans oublier que l’essentiel ce sont les étudiants.

Quels projets ont marqué votre mandat de Directrice des Etudes et de la Scolarité ?

Quand je suis arrivée à la DES, la Cour des Comptes venait de rendre son rapport sur Sciences Po. Mon premier travail a donc été de mettre en place ses recommandations… Ensuite, nous nous sommes tous mobilisés sur l’organisation et l’accompagnement des écoles actuelles. Et, avant mon départ, nous avons revu la structure du département des langues.

En parlant des langues, pourquoi avoir voulu supprimer la LV3 ?

Je reste convaincue qu’un étudiant ne doit pas avoir plus de vingt heures de cours par semaine. Pour deux raisons : d’une part pour profiter de la vie associative proposée à Sciences Po et d’autre part pour avoir le temps de réfléchir et de se constituer une cullture personnelle. Il faut laisser du temps au travail personnel. Par ailleurs, je redoute beaucoup le shopping intellectuel. Un des objectifs à Sciences Po est que les étudiants aient l’impression d’avoir reçu une formation cohérente et la dispersion ne va pas dans ce sens.

Vous quittez aujourd’hui Sciences Po. Quelles vont désormais être vos activités ?

Je veux consacrer du temps à écrire. Je me suis engagée à finir les œuvres complètes de Tocqueville que je dois désormais continuer. J’ai d’ailleurs promis sa biographie à Gallimard. Ensuite, je souhaite voyager, faire des conférences (je vais au Japon par exemple en septembre) , et approfondir mes engagements civiques. Je verrai dans un second temps si je reprends des enseignements.

Vous allez donc retrouver une activité plus centrée sur la recherche. Cela n’était-il pas compatible avec votre poste à Sciences Po ?

Je n’ai eu ces dernières années que très peu de disponibilité pour les travaux de recherche. Je ne regrette pas mon poste, mais j’ai choisi le métier de professeur pour la recherche et l’enseignement et je serai heureuse de reprendre mes travaux.

Au final, qu’est-ce que les étudiants vous ont apporté ?

En tant que Directrice des Études et de la Scolarité, j’ai été amenée à porter un regard différent sur la société en découvrant les  difficultés que les étudiants rencontrent et la diversité de leurs parcours. Je mesure mieux encore à quel point chaque étudiant est différent et doit être accompagné individuellement.

Avez-vous des regrets ?

J’ai un regret. Je pense qu’on ne donne pas encore, ou pas assez, le goût de la recherche et le désir d’un savoir difficile aux étudiants.

Cornelia Woll va prendre votre place à la DES. Quelles sont les qualités requises pour ce poste ?

Il faut tout d’abord avoir une expérience d’enseignement. Ensuite, il faut le goût du travail en commun et celui de l’administration. Par ailleurs, il est utile d’ avoir une expérience internationale et particulièrement à Sciences Po, ce que Cornelia Woll possède bien plus que moi. Enfin, il faut une dose considérable de patience.

Avez-vous pour terminer un mot à transmettre aux étudiants ?

Je dirais que c’est une chance immense d’étudier à Sciences Po mais il faut aussi savoir en sortir. On n’est pas ancien(ne) élève toute sa vie. Il ne faut surtout pas penser qu’il y a des routes toutes tracées ou des privilèges acquis. Aucun diplôme ne prédestine à être un « leader » et aucune orientation n’est définitive. Ce qui est acquis à Sciences Po est un savoir et un savoir être qui doivent permettre  à chacun de tracer son propre chemin et je me réjouis de voir les anciens étudiants s’orienter dans des carrières très diverses, et s’engager au service de la société.

 

Cornelia Woll : l’innovation et la mondialisation à Sciences Po

© Sciences Po

Avant de devenir enseignante, Cornelia Woll, et de rejoindre notre Ecole, quel a été votre parcours et votre formation académique ?

Je suis titulaire d’un doctorat de sciences politiques, obtenu en cotutelle franco-allemand. J’ai commencé mes études à l’université de Chicago, en me spécialisant en sciences politiques et en relations internationales, puis j’ai rejoint Sciences Po pour un parcours doctoral joint avec l’Université de Cologne. Après plusieurs années à l’Institut Max Planck de Cologne, j’ai eu la chance d’obtenir un poste de chercheur au CERI de Sciences Po, avant de devenir professeur. J’ai par ailleurs travaillé à la Direction Scientifique de l’Ecole, en tant que directrice adjointe, avant de prendre la direction du LIEPP. Mon profil est très orienté vers la recherche.

Pourquoi cette nomination à la tête de la Direction des Études et de la Scolarité ? Quelles seront vos futures obligations et prérogatives ?

Lorsque l’opportunité de succéder à Françoise Mélonio s’est présentée, j’étais très motivée. On a pensé à moi pour remplir cette fonction, et j’ai manifesté tout mon intérêt. La DES a vraiment un rôle de pilier au sein de notre École, tant au niveau académique, en préparant et orientant les parcours des étudiants, qu’au niveau de la scolarité, en gérant par exemple les diplômes, les procédures d’admissions ou les examens. Enfin, elle intervient également au niveau de la vie associative étudiante et veille à ce que tout soit uniforme, et coordonné, entre les différents services et Écoles qui composent Sciences Po Paris.

Votre nomination à un poste aussi important et prenant vous contraint-elle à renoncer à la recherche ou à l’enseignement ?

Je continuerai d’enseigner, car il y a toujours un retour sur expérience lorsqu’on dispense ses cours. C’est important pour moi. Quant à la recherche, j’y renoncerai le temps de mon mandat. Mais j’espère bien reprendre mes travaux par la suite.

Quelles qualités et compétences comptez vous apporter à Sciences Po, en assumant cette nouvelle fonction ?

La réponse se trouve dans mon parcours. Mon profil est tourné vers la recherche et l’international. J’ai donc la volonté de refonder et de revitaliser les enseignements, ainsi que de créer davantage de liens entre la recherche et l’enseignement, pour que les deux aillent de pair, comme c’est déjà le cas aux États Unis.

Quels grands projets comptez-vous entreprendre ?

Je continuerai le très grand projet lancé il y a quelques années de création d’Écoles distinctes à Sciences Po, avec deux grande lancement cet automne : l’Ecole d’Affaires Publiques et l’Ecole Urbaine. Nous préparons aussi la création d’une Ecole de l’Entreprise, car Sciences Po se doit d’être concurrentiel dans ce domaine en formant des étudiants prêts à entreprendre et à occuper des fonctions importantes dans le monde de l’entreprise.

Au niveau du Collège Universitaire, il me tient à coeur de maintenir l’équilibre entre Paris et la Province. Il faut également mener une grande réflexion sur la pédagogie innovante. Comment transmettre le savoir ? Il faut, selon moi, que l’apprentissage passe davantage par un lien étroit entre réflexion et participation.

Pouvez-vous nous éclairer sur le transfert du Collège Universitaire à Reims ?

En 2017, à l’issue de la réforme, il y aura plus de 1000 étudiants à Reims, autant qu’en première et deuxième année sur le campus parisien. A cela s’ajouteront les étudiants en échange. Resteront à Paris notamment les étudiants du Collège Universitaire suivant un double-diplôme avec les universités parisiennes partenaires.

Vous avez publié une étude sur le lobbying à rebours. Pensez-vous qu’il en existe à Sciences Po ?

Le lobbying à rebours décrit le fait que l’administration sollicite parfois la société civile pour s’exprimer sur un enjeu politique afin d’orienter ou appuyer une réforme. Une bonne politique se fait toujours par le biais de la consultation, et il faut pour cela que toutes les parties prenantes puissent s’exprimer. Les étudiants, par le biais des syndicats ou associations, font pression sur l’administration pour obtenir des réformes, principalement au niveau pédagogique, et cela nous aide à comprendre quels sont leurs besoins, pour mieux y répondre.

Sciences Po se réjouit d’avoir de plus en plus de femmes membres de la direction.

Il y a certes beaucoup de femmes dans l’administration de Sciences Po, mais également beaucoup d’hommes. Il est vrai que des femmes ont été nommées à certaines postes clés de l’administration de Sciences Po, mais la plupart de nos écoles ou de nos laboratoires de recherche sont dirigés par des hommes. Il y a encore peu de temps, il était rare d’avoir un cours magistral enseigné par une femme. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Je pense qu’il est important de voir que des décisions peuvent être prises et la connaissance peut être transmise par des femmes autant que par des hommes. Dans les deux cas, cela peut être bien ou mal fait, et il faut pouvoir juger les personnes sur ce contenu. Le genre ne doit pas avoir une importance en soi à la fin. Mais pour commencer, il faut donc s’habituer à voir des femmes à des postes importants.

 

Face à un défi d’ampleur, nous vous souhaitons, Madame la Directrice, nos plus sincères encouragements.

 

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